La traque des gènes

par Gérard Leclerc

lundi 21 octobre 2019

Le débat parlementaire sur le projet de loi bioéthique n’a pas suscité le même écho que celui qui avait précédé le vote de la loi Taubira sur le mariage pour tous. On s’en est félicité du côté gouvernemental, où l’on souhaitait ce que l’on appelait « un débat apaisé ». Apaisé, le fut-il de façon si évidente ? Je n’en suis pas sûr du tout, car il s’y est dit, précisément du côté gouvernemental, un certain nombre d’énormités dignes, aurait dit Léon Bloy « de faire hennir les constellations ». Il faudrait ainsi collectionner les propos de Mme Buzyn ou de M. Touraine qui nous ont asséné, par exemple, que ce n’est plus le fait de donner naissance à un enfant qui qualifiait le titre de mère, mais celui d’avoir un projet d’enfant. Il faudrait prendre le temps de démonter la logique et la philosophie de ce genre de déclarations, qui, en d’autres temps, auraient fait dresser les cheveux sur la tête de tous les gens sensés. Pour en prendre conscience, je renverrai, une fois de plus à un ouvrage auquel j’accorde la plus grande importance, celui de Jean-François Braunstein sur, « la philosophie devenue folle » (Grasset).

Parmi les folies dénoncées par l’auteur, en vogue notamment dans les universités américaines, il y a celles qui concernent les vies qui, selon certains, ne mériteraient pas d’être vécues : celles des infirmes, y compris les enfants « défectueux ». Or, précisément, durant notre débat parlementaire, le député Philippe Vigier a prononcé une phrase terrible, qui correspond à cette mentalité : « Il faut traquer, oui je dis traquer, les embryons porteurs d’anomalies chromosomiques. » Face aux réactions indignées provoquées par ses propos, Philippe Vigier a tenté de les atténuer, sans vraiment convaincre tous ceux qu’il avait choqués et meurtris. Philippe de la Chapelle, directeur de l’Office chrétien des personnes handicapées, s’en est expliqué dans un entretien à notre confrère La Vie : « Je ne crois pas que ce soit un accident de langage (…). Je crois qu’il met en mots quelque chose d’inconscient. Cet homme, peut-être inconsciemment, met quelque chose à jour, de l’ordre du non-dit dans la société. Or la loi bioéthique renforce une forme d’eugénisme qui va plus loin encore qu’auparavant… »

Il ne saurait être question de laisser aller son cours une réforme qui comporte des conséquences aussi graves, avec l’obsession de la détection prénatale, qui correspond à un projet eugénique indéniable. L’esprit de résistance, dont je parlais la semaine dernière, est plus que jamais d’actualité.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 21 octobre 2019.

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