Loi bioéthique. L’esprit de résistance

par Gérard Leclerc

jeudi 17 octobre 2019

Manifestation du 6 octobre 2019 contre la PMA sans père et la GPA
© Michel Pourny

L’Assemblée nationale a donc voté le projet de loi bioéthique, en première lecture, à une majorité confortable. Nous ne sommes pas au terme du processus législatif qui va se prolonger quelques mois encore. Cependant, même si une opposition se dessinait au Sénat, le dernier mot reviendrait aux députés et l’on ne peut se faire aucune illusion à leur sujet. Ils sont conquis par l’individualisme contemporain et partagent le sentiment d’un mouvement inéluctable de la société qu’ils identifient au progrès. On peut néanmoins remarquer leur intérêt médiocre pour ces questions dites de bioéthique, du moins si l’on se réfère au petit nombre présent dans l’hémicycle tout long de la discussion du projet de loi.

Est-ce à dire que tout est plié, qu’il n’y a donc qu’à se résigner ? La grande manifestation du 6 octobre a montré que non. D’ores et déjà, elle est la plus importante réunie à Paris en cette année 2019, en dépit de tous les pronostics pessimistes et des manœuvres de démobilisation tentées ici où là. Certes, elles contrastent avec l’atonie de l’opinion publique en général, mais elles témoignent d’un rare esprit de résistance. Si c’est le fait d’une minorité, celle-ci est pleinement consciente de l’importance des enjeux, et l’histoire nous montre que ce sont les minorités qui accomplissent souvent les mouvements décisifs.

Il s’agit aussi de bien comprendre la nature fondamentalement civilisationnelle du débat engagé. Les promoteurs de la PMA et de la GPA se réclament d’un individualisme éthique qui revendique tous les droits. Au terme, c’est la destruction totale du lien social qui se profile, car, comme l’écrit Paul Thibaud, il y a impossibilité de produire du droit commun par la simple addition des droits individuels. Ce sera aussi « la plus grande victoire, pour reprendre les termes d’Henrik Lindell, du business et du capitalisme déshumanisant jamais obtenue : la famille – et il s’agit de l’idée même de père, voire de la mère (ça viendra) – sera engloutie dans l’inexorable extension du domaine du marché. Et l’enfant, lui, sera tout simplement privatisé. » Est-ce vraiment ce que veut le législateur, l’opinion peut-elle adhérer longtemps à ce projet nihiliste ? Plus que jamais, c’est l’esprit de résistance qui s’impose contre tous les défaitismes.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 17 octobre 2019.

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