La tradition de France Catholique

par Gérard Leclerc

lundi 25 janvier 2016

Nous venons de vivre, comme chaque année, la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Une unité, qui, au fil des décennies, apparaît toujours aussi désirable que difficile. Certains pourraient s’en décourager, à l’instar de tous ceux qui incriminent un ralentissement de l’ardeur œcuménique alors qu’on aurait pu espérer – autour des années soixante – une évolution décisive qui ouvrait les horizons. Mais c’est oublier que la quête de l’unité ne peut se satisfaire d’approximations doctrinales et de compromis illusoires. Elle consiste d’abord dans une quête de vérité, une vérité qui seule peut rassembler durablement les enfants de Dieu dispersés. L’illusion qui consiste à tabler sur des moyens courts et immédiats afin d’accélérer le cours de l’histoire se paie de graves mécomptes. Sans doute convient-il d’envisager la vérité dans la lumière et l’élan de la charité, qui permet de se purifier des tentations de la jalousie, de la compétition et de la fureur polémique. On ne fera pas l’économie du temps nécessaire, celui qui a permis, par exemple, d’obtenir un accord aussi important que celui sur la justification entre catholiques et luthériens.

De ce point de vue, notre journal s’inscrit dans une tradition à laquelle nous demeurons fidèlement attachés. France Catholique a traversé des périodes de tourmente, notamment au moment du Concile et de la période qui a suivi. Notre hebdomadaire a toujours tenu une ligne qui excluait tout autant les facilités d’alignement sur les positions mondaines que les fermetures obstinées à tout renouveau intérieur. Si l’on veut se rendre compte de la pertinence d’une telle attitude, on pourra se reporter au recueil d’articles [1] que le père Louis Bouyer, religieux de l’Oratoire et grande figure de la théologie au XXe siècle, a publiés dans France Catholique de 1957 à 1987. C’est pour nous une vraie fierté d’avoir accueilli une telle autorité intellectuelle et spirituelle, dont la sûreté de jugement transparaît de façon si évidente, avec le recul du temps. Sur l’œcuménisme notamment, cet ancien pasteur protestant entré dans l’Église catholique romaine était préparé mieux que quiconque à exercer son discernement. Il nous est précieux d’entendre encore aujourd’hui sa voix, qui parfois n’hésitait pas à recourir à des formules imagées très expressives : « La vérité catholique, parce qu’elle nous est donnée (ou plutôt confiée) d’en haut, par le Christ, par Dieu, ne peut jamais être possédée par nous. C’est elle, au contraire, qui doit prendre possession de nous, et la chose, certes, n’est pas facile. L’Église catholique n’est pas notre Église, à qui nous pouvons donner le visage qui nous plaît, aujourd’hui vieille demoiselle renfrognée, demain jeune écervelée facile et compatissante, à notre goût, qui sera toujours le goût du jour. » Nous avons à faire valoir cet héritage vivant, qui n’a que faire, disait encore Louis Bouyer, de nos vieilleries ou de nos fantaisies. 


[1Louis Bouyer, Les Trente glorieuses. Articles-entretiens 1957-1987, Ad Solem.

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