Charles de Foucauld

La sainteté de l’intelligence

par Aymeric Pourbaix

mercredi 17 juin 2020

Dernière photo de Charles de Foucauld vivant, vers 1915.

Dans la vie de Charles de Foucauld, il est un autre aspect, moins connu, mais tout aussi édifiant que le récent miracle qui a fait grandement avancer sa cause de canonisation : c’est la sainteté de son intelligence. Certes le récit n’est pas aussi spectaculaire que pour ce dernier (cf. p. 15-16), le surnaturel y affleure moins. Mais il est très significatif pour notre époque. Le Père de Foucauld était considéré par le Père Congar comme «  l’un des deux phares du XXe siècle  » avec sainte Thérèse de Lisieux, au seuil de ce siècle «  atomique  ». Il se pourrait que ce soit vrai également, voire davantage, pour notre XXIe pétri de culture scientifique…

Aimer la culture touarègue

L’expression de «  sainteté de l’intelligence  » vient de Mgr Charles Molette, le fondateur de l’Association des archivistes de l’Église en France. Lequel y voyait un vrai motif de béatification du Père de Foucauld. Car toute rapportée à Dieu.
L’exemple le plus parlant, c’est l’utilisation de son esprit scientifique très précis pour connaître la culture touarègue. Converti, devenu moine-missionnaire au Sahara, l’ermite de Tamanrasset déploie cette faculté pendant plus de dix ans, pour mieux connaître la langue et la poésie des Touaregs, passant des heures à y travailler. Jusqu’au soir où il écoute chanter les femmes touarègues, pour découvrir leurs récits amoureux et guerriers…

Ce travail difficilement égalable, tant il implique de vivre avec ces populations, de se faire l’un d’entre eux, Charles de Jésus ne l’a pas effectué comme un simple ethnologue. Ce n’était pas la science pour la science, lui qui ne s’est jamais considéré comme un savant. Mais bien parce qu’il avait le don de l’amitié, et aussi – surtout – par esprit de foi. Son but était de se donner des outils pour exprimer l’Évangile, de mieux connaître ces populations pour mieux les aimer, et leur apporter la foi. «  La science, disait-il le 23 octobre 1905, n’est que l’histoire des œuvres de Dieu et de son gouvernement, elle vient de Dieu, reste en Dieu et conduit à Dieu.  »

C’est qu’il avait aussi, avant sa conversion, épuisé les charmes de l’ivresse rationaliste et relativiste de cette fin de XIXe siècle, dans laquelle, puisque toutes les théories se valent, aucune vérité n’existe. Nous en goûtons encore les fruits amers… Ainsi, lorsqu’il s’adresse à l’abbé Huvelin, grand intellectuel qui a converti Littré sur son lit de mort, Charles de Foucauld lui demande d’abord de l’« enseigner  ». Il dira plus tard : « La jeunesse a besoin d’être instruite non par des neutres, mais par des âmes croyantes et saintes. » Car autrement, « on jette les enfants dans le monde sans leur donner les armes indispensables... ».

Il cherche donc un maître de confiance, qui lui fera retrouver ses racines, la foi de ses pères, et des certitudes. La réponse de l’abbé Huvelin est foudroyante : «  Confessez-vous !  » Et l’acceptation de l’ex-officier est une nouvelle marque de cette sainteté de l’intelligence : celle qui a l’humilité de se mettre à genoux devant le mystère…

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