Charles de Foucauld

« Un miracle opéré par Dieu »

propos recueillis par Aymeric Pourbaix

vendredi 19 juin 2020

Charles de Foucauld devrait bientôt être proclamé saint par l’Église. Le Père Bernard Ardura, postulateur de sa cause et président du Comité pontifical des sciences historiques, revient sur les raisons de cette canonisation.

Le miracle qui ouvre à la canonisation de Charles de Foucauld a eu lieu à Saumur. Que s’est-il passé ?

Père Bernard Ardura : Le 30 novembre 2016, un apprenti âgé de 21 ans, prénommé Charles, travaillait à la restauration de la charpente de la chapelle de l’Institution Saint-Louis de Saumur. Il se trouvait alors entre la voûte de la chapelle et le toit. Marchant sur la voûte, celle-ci céda et Charles fit une chute de 15,50 mètres. Il fut violemment précipité sur un banc de bois dont un accoudoir le traversa à la base de la cage thoracique. Charles ne perdit jamais connaissance, se releva immédiatement et alla demander du secours. Transporté à l’hôpital, il rentra chez lui au bout d’une semaine. Il reprit ses activités professionnelles, sans aucune conséquence tant physique que psychique. Pour les sept médecins de la Consulta Medica, la survie de Charles, avec des conséquences sans aucune proportion avec l’accident, ne peut être expliquée scientifiquement.

En quoi est-ce un miracle ?

Un miracle est une catégorie théologique, religieuse. C’est un signe donné par Dieu, à la prière du bienheureux Charles, invoqué quotidiennement non seulement dans sa paroisse de Saumur, mais prié dans le monde entier en l’année du centenaire de sa mort, afin d’en obtenir la canonisation. Après avoir étudié l’ensemble du dossier, les sept consulteurs théologiens ont conclu unanimement que ce cas pris en examen est une réponse du Ciel, un miracle opéré par Dieu, par l’intercession du bienheureux Charles de Foucauld, en faveur d’un jeune homme portant le même prénom que lui.

Qu’est-ce qui fait la sainteté de Charles de Foucauld ?

Sa sainteté ne peut se séparer de sa conversion. Il a découvert l’amour dont Dieu l’aimait alors même qu’il n’était pas lui-même «  aimable  », car loin de Dieu. Cette découverte à travers le sacrement du pardon, lui a fait comprendre que toute sa vie serait vouée au Christ et à lui seul, pour que son cœur dilaté par l’amour de Dieu puisse s’ouvrir à l’amour de tous les hommes. Aussi se désigna-t-il comme «  frère universel  ». Il vécut son existence de chrétien en vivant de l’Évangile et de l’Eucharistie.

Que représentait le Sacré-Cœur pour lui ?

Un 1er juin, début du mois du Sacré-Cœur, il écrivait : «  Mois où on célèbre votre amour, votre amour qui vous a fait vous incarner, naître, fuir en Égypte, vivre caché à Nazareth, jeûner au désert, prêcher l’Évangile, souffrir, mourir, vous montrer ressuscité pendant quarante jours, quitter la terre en la bénissant, envoyer le Saint-Esprit, et rester enfin avec nous, jusqu’à la consommation des siècles, non seulement par votre grâce mais par votre présence réelle dans la sainte eucharistie.  »

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le magazine.

Messages

  • Charles de Foucault espérait l’évangélisation des habitants musulmans de l’Algérie, cf. sa lettre à René Bazin, de l’Académie française, parue dans le Bulletin du Bureau catholique de presse, n° 5, oct. 1917.
    Il ne faut pas qu’on profite de sa canonisation pour occulter ou nier ce souci qu’il portait et pour louer le très controversé Louis Massignon, que Charles de F. tenta vainement de ramener à la raison et à une vraie foi catholique par une correspondance de plusieurs années.

  • En général, pour assurer des échanges sérieux et sereins, il est de coutume de respecter, autant que faire se peut, les limites des expressions et des
    idées. Il s’agit, ici, du "très controversé Louis Massignon "que Charles de F. tenta vainement de ramener à la raison et à une vraie foi catholique..." (fin de citation).

    On est en droit d’être ou non d’accord avec la pensée et le parcours de Louis Massignon, mais il conviendrait, peut-être, de laisser à Dieu Seul la légitimité de le juger. "Controversé..." et sujet à être ramené " à la raison et à une vraie foi catholique" sont des expressions qui, en fait, condamnent un homme, peut-être égaré aux yeux de certains, et frappent d’une sentence apparemment sans appel alors qu’un jugement, dans ce cas précis, ne relève que du Seul Seigneur.

    Que les sensibilités et parcours de Massignon et de de Foucault soient différents et même se heurtent, qui pourrait prétendre se prononcer de manière catégorique sur la relation intime de ces deux êtres avec le Seigneur ? ou, autrement dit : lequel des deux détiendrait-il la vérité ?

    La question reste posée.

  • Il serait souhaitable de ne laisser aucune place à un éventuel malentendu au sujet de Charles de Foucauld et Louis Massignon initié qu’il serait par une quelconque tentative de comparaison entre le caractère et sensibilité de chacun, leurs vies, leur recherche spirituelle et parcours respectifs, leur différence d’âge - de Foucauld étant l’aîné respecté et apprécié par Massignon -, le contexte politique où ils évoluent, leurs expériences personnelles, etc... Une chose paraît comme leur étant quelque part commune et vérifiée est leur perception de l’Islam : en effet, aussi bien Ch. de Foucauld que L. Massignon avaient compris ou plutôt, cru - bien souligné : cru - que l’Islam était comme, disons, le passage obligé de leur chemin vers la découverte de Dieu. Certaines traditions, habitudes et coutumes comme l’accueil, l’hospitalité, le sens du partage etc... trouvées en Orient et par ailleurs fort appréciables auraient-elles été révélées et interprétées par les deux hommes aux vies à un certain moment trépidantes et/ou désordonnées dans un Occident évolué ou dit développé comme la voie à suivre pour atteindre l’Absolu ?...

    La lettre de Ch. de Foucauld à son cousin Louis de Foucauld (lire dans l’article "Un enseignement pour notre temps" du 19/06/2020) est susceptible d’aider à la compréhension du personnage et de son expérience, aussi bien qu’une information - à bonne adresse - sur Louis Massignon, son parcours politique et spirituel, son action et enfin la conclusion de sa recherche ferait peut-être mieux saisir la complexité d’une telle personnalité.

    Finalement, l’Islam aurait-il été, en effet, le fil conducteur de ces deux esprits passionnés vers Dieu ... Ne serait-ce que par la découverte du fait que ce n’est justement pas une doctrine politico-socialo-religieuse qui les aura conduit vers la Trinité du Dieu Un ?...

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