La mission de la Croix-Rouge

par Gérard Leclerc

jeudi 5 mars 2020

Les sœurs de la Miséricorde après la bataille de Gravelotte

J’abordais hier la question épineuse d’un conflit de devoirs entre Realpolitik et urgence humanitaire. C’était à propos du chantage de la Turquie pressant une foule de réfugiés aux frontières de l’Europe. Je me contentais d’exposer les termes d’un dilemme, sans apporter de véritable réponse. On serait fondé à me le reprocher si je donnais le sentiment d’une impossibilité pratique. Face à l’inéluctable, au rapport de forces, il n’y aurait aucune échappatoire. En l’espèce, il faudrait se résoudre à abandonner ces pauvres gens, livrés à la cruauté d’une situation sans remèdes immédiats. Mais alors, le Pape parlerait en leur faveur dans le vide, en pur idéaliste n’exprimant que des vœux pieux ? Il se trouve que l’éditorialiste du Monde aborde après moi cette même difficulté, dont il ne fait pas une aporie, c’est-à-dire un problème sans issue : « Plutôt que de céder à une quelconque panique, écrit-il, l’Union européenne doit faire montre à la fois de solidarité, de fermeté, de réalisme et d’humanité. »

En fait d’humanité, il s’agirait de prendre sa part dans l’accueil des réfugiés. Le principe d’un droit d’asile ne saurait être éludé. Mais comment pourrait-il s’appliquer ? Dans quelles proportions ? Sur quels territoires ? Nous sommes réduits là aux conjonctures en pointillés et n’avons guère avancé. Ce n’est sans doute pas une raison pour désespérer, tout en sachant que face à la guerre et aux catastrophes qu’elle engendre, l’action humanitaire peine à se déployer. Mais tout de même, c’est en raison des horreurs de la Première Guerre mondiale qu’a pu se révéler une institution comme la Croix-Rouge, mobilisant ainsi 68000 infirmières, créant près des 1500 hôpitaux auxiliaires, une quantité d’infirmeries et de cantines pour le soin des soldats malades et blessés. Le fondateur de la Croix-Rouge, Henry Dunant, n’avait pas hésité devant l’ampleur de la tache : « Avec le temps, prophétisait-il, notre œuvre trouvera des applications de tous genres et des développements aussi précieux qu’inattendus. »

N’est-ce pas ce qu’on pourrait espérer comme genre d’initiatives en faveur des millions de migrants chassés du territoire syrien en guerre et ceux réfugiés en Turquie ? Il ne faut pas oublier non plus les démarches de la diplomatie comme recours, même s’ils sont incertains. L’Église, de son côté, n’a-t-elle pas tenté ce recours pendant la Première Guerre mondiale et ne se considère-t-elle pas aujourd’hui, selon le propos du pape François, comme un hôpital de campagne ?

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 5 mars 2020.

Messages

  • Henry Dunant initia l’urgence humanitaires aux soldats du front.

    La Croix Rouge inspira d’autres réseaux dans d’autres familles spirituelles et religieuses.
    *
    Elle servit de modèle de présence aux blessés de la guerre, aux réfugiés et aux migrants de ce passé.
    Aujourd’hui pour notre compte Andréa Riccardi ouvre des couloirs humanitaires par sa présence dans 70 pays du monde.
    Le réseau présent en Afrique dans de nombreux pays en situation de guerres civiles est impressionnant.

    Ce travail méconnu par la plupart des chrétiens dans le monde adopte la solidarité à l’exercice de la fraternité en acte dans les situations les plus graves du présent.

    Comment ne pas se réjouir des Accords passés entre la France et Sant Egidio pour trouver des solutions aux migrations successives et prochaines qui s’annoncent en Europe.

    Il est avéré que pour nombre de catholiques la perspective "d’un hôpital de campagne" sied comme une réponse nécessaire dans l’adversité.

    Il est sans doute plausible que face aux risques de migrations incontrôlées ne demeure en l’état que de chercher des solutions provisoires, qui demanderont des développements complémentaires.

    Il est rappelé au sommet de l’Etat et au cœur de la Diplomatie vaticane que le temps compte et les hésitations des gouvernances européennes retardent les réponses de l’urgence.

    Ces jours passés à Bayonne chez nous un jeune migrant ayant fugué du centre de rétention d’Hendaye s’est suicidé dans sa cellule de la maison d’arrêt de la ville.

    Un drame qui pose bien des questions aux personnels socio et humanitaires de la région.
    La Croix Rouge ne peut à elle seule répondre à toutes les situations présentes.

    Animée par des bénévoles d’origine chrétienne et protestante pour certains, humanitaires et humanistes pour d’autres, le risque zéro n’existant pas pour eux, ni pour nous, les risques de récidive sont pris au sérieux par les personnels en charge de ces migrants en déroute.
    L’Afrique et le Moyen Orient sont désormais chez nous, et vouloir l’ignorer semble impossible lorsque l’actualité saute au regard de la vie commune de nos cités.
    France Terre d’asile ne pouvant accueillir toute la misère du monde avait été rapporté il y a peu par un éminent politique du pays.
    Rien n’étant sûr désormais l’avenir est à demain mais s’inscrit dans l’aujourd’hui de notre solidarité partagée.
    Difficile de s’en convaincre et pourtant ..?

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