Témpignage

« La foi pour tenir dans l’adversité »

propos recueillis par Éléonore de Vulpillières

mercredi 5 janvier 2022

Photos de l’arrestation de Nikita Krivochéine en 1949.

Passé par les geôles soviétiques, Nikita Krivochéine n’a eu de cesse de dénoncer le communisme et son hostilité à l’encontre de la foi. Il a récemment publié son témoignage. Nous l’avons rencontré chez lui, dans le 13e arrondissement de Paris.

La foi vous a-t-elle soutenu durant votre détention ?

Nikita Krivochéine : Il me serait difficile de donner une réponse circonstanciée, même à mon confesseur ! Je suis persuadé que la foi m’a sauvé la vie.

À mon âge, si je regarde ma vie, je peux dire que ma foi a existé en pointillé, qu’elle a souvent été interrompue. Alors que lorsque j’étais détenu, surtout en prison, mais aussi dans le camp, la prière quotidienne était pour moi la meilleure vitamine. Elle m’a aidé à tenir dans l’adversité.

Y avait-il des détenus qui partageaient cette foi avec vous ?

J’ai été enfermé dans un camp dans lequel il y avait au maximum deux mille détenus, des athées, et des personnes de toutes confessions. Des chrétiens mais aussi des musulmans – plus rares. Il y avait aussi de nombreux Ukrainiens, venus des territoires annexés par l’URSS en vertu du pacte conclu entre Staline et Hitler. C’étaient des uniates, des catholiques de rite oriental. Il y avait aussi des Témoins de Jéhovah, ainsi que des baptistes, que les Soviets embarquaient à tour de bras, de façon automatique, et qu’ils condamnaient à des peines conséquentes, tellement ils avaient peur de la propagation de cette secte. La plupart d’entre eux avaient peu d’instruction, et ils donnaient un exemple de piété étonnant, en se réunissant en cercle, et en chantant.

Votre livre est sous-titré «  Un Français-Russe toujours en résistance  ». D’où avez-vous tiré ce trait de caractère ?

Pendant la guerre, mon père fut très actif dans le mouvement de Résistance en France, en particulier au sein du mouvement Ceux de la Résistance (CDLR). Il se consacrait à l’obtention de renseignements sur la Wehrmacht qu’il transmettait à Londres. Il fut arrêté par les Soviétiques en 1949, un an après que nous soyons retournés en URSS en famille : il a été condamné pour collaboration avec l’Intelligence Service (les services secrets anglais) ! C’est vous dire le niveau d’absurdité du régime soviétique…

C’est au fond la lutte contre le système communiste qui vous a toujours guidé ?

En réalité, en résistance, je l’ai toujours été : dans mon enfance, j’étais anti-allemand. Dès l’adolescence, puis au cours de mes années de jeune adulte, je me suis opposé aux Soviets. Je résiste toujours à ce qui reste du communisme mondial. Il y a un reliquat caricatural du communisme en Corée du Nord, et puis il y a ses restes toujours vivaces dans la société occidentale. Cette idéologie continue d’avoir des adeptes, persiste à être attrayante pour certains toujours leurrés par ses promesses. Le communisme tient sur ses deux jambes grâce à cette perspective : un avenir radieux pour toute l’humanité. Pour les chrétiens, cet avenir sera au Ciel ; le communisme, au contraire, tire sa force de rendre l’horizon bien terrestre qu’il attache à cette promesse.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le magazine.

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Des miradors à la liberté. Un Français-Russe toujours en résistance, de Nikita Krivochéine, Life éditions, 192 pages, 22 €.

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