La foi compte

Michael Pakaluk, traduit par Bernadette Cosyn

mercredi 23 septembre 2020

Quand nous nous préoccupons d’une chose, nous disons qu’elle « compte » et effectivement nous en tenons compte. Chaque couple marié peut vous dire exactement depuis combien d’années. Si vous désirez vraiment perdre du poids, vous devez compter les calories. Un bon examen de conscience implique des nombres (combien de fois ai-je pensé à Marie aujourd’hui ?) […]

Nous savons de source sûre que l’Être qui nous aime le plus au monde compte les cheveux de notre tête.

Les nombres comptent parce que rien ne peut être réel sans être dénombrable. En science, la quantification est nécessaire pour un modèle mathématique et pour la précision mais en définitive pour séparer ce qui est vrai (« la réalité empirique ») de ce que nous supposons vrai (« la simple théorie »). De même, dans la vie spirituelle, un nombre implique qu’une réalité, que nous n’avons ni inventée ni construite, nous affecte.

C’est sûrement une raison pour laquelle les Pères de l’Eglise, quand ils interprètent la Bible, se soucient beaucoup des nombres. Considérons comme exemple la pêche miraculeuse dans le dernier chapitre de l’évangile de Jean. Pierre part pêcher avec d’autres disciples. Vous savez cela – mais savez-vous combien étaient les disciples ? Les Pères ont pris soin de noter qu’ils étaient 7 en tout.

Il vient quelqu’un se tenant sur le rivage qui leur dit de jeter leur filet. Vous savez cela aussi, mais vous rappelez-vous qu’il leur dit de jeter le filet à droite de la barque. Pourquoi ? Ils essaient de hisser la prise mais n’y arrivent pas. C’est seulement arrivés au rivage qu’ils peuvent traîner le filet et le vider et Jean écrit qu’il contient exactement 153 gros poissons.

Pourquoi Jean précise-t-il qu’il y avait 153 poissons ? Un célèbre érudit bibliste à qui on posait un jour la question répliqua : « peut-être parce qu’il y en avait 153 ». Amusant. Mais il avait une explication plus profonde, à savoir que Jean aimait souligner qu’il était un témoin oculaire, et, en donnant ce chiffre, il transmet ce que c’était d’être là, de manipuler ces poissons, et, comme le ferait tout pêcheur, de les compter un par un.

Mais l’utilisation du nombre 153 ne serait qu’un « fait brut ». Les Pères admettaient également qu’un nombre avait une composition et des relations avec d’autres nombres, ce qui lui donne une intelligibilité intéressante. La vision classique, qu’ils partageaient, était que chaque nombre avait sa propre essence, que vous pouvez saisir en voyant comment vous pouvez générer ce nombre ou ce que vous pourriez faire avec ce nombre. (Les nombre impairs ne sont pas divisibles par 2 ; les nombres premiers ne sont divisibles que par 1 et eux-mêmes et ainsi de suite.)

Dieu est un être rationnel, le plus rationnel qui soit : le même Jean qui était témoin oculaire fait référence à Dieu dans son Évangile comme étant le Logos. Les êtres rationnels ne sont pas arbitraires ; par conséquent, il y avait une raison pour laquelle Dieu a conçu que les disciples attraperaient 153 poissons et pas un autre nombre – tout comme il y avait une raison pour laquelle ils étaient 7, et se sont vu prescrire de jeter le filet à droite et que, contrairement aux autres pêches du Nouveau Testament, ils n’ont pas été capable de hisser la pêche à bord.

Et aussi, Dieu est Notre Père, et les pères aiment mettre à l’épreuve leurs enfants avec des énigmes et cacher des choses pour que leurs enfants s’amusent à les chercher, même s’ils ne les trouvent pas toujours. (Dans l’histoire des familles, tous les œufs de Pâques cachés ne sont pas trouvés.)

Saint Augustin, écrivant dans cet esprit, a probablement la plus célèbre et (à mon sens) la meilleure explication de ce nombre 153.

Il y a des paraboles en paroles et des paraboles en acte, dit-il. Une parabole en acte, c’est quand le Seigneur fait ou arrange une chose pour qu’elle ait une signification au-delà d’elle-même. Dans cette apparition après la Résurrection, dit-il, le Seigneur veut nous dire quelque chose sur la résurrection à la fin du monde.

C’est pourquoi Il se tient sur le rivage, qui est la limite de la mer infinie, laquelle représente le temps ; et c’est pourquoi le filet ne peut pas être hissé sur le bateau – parce que, bien que le filet que l’Église tire en son sein enserre à la fois les bons et les mauvais, à la fin des temps, seuls les justes se lèveront pour la vie avec le Seigneur (c’est pour cela que le filet est jeté du côté droit du bateau.)

Cependant nous sommes justifiés, commente le saint, uniquement en suivant la Loi de Dieu par la sanctification de l’Esprit. La Loi seule tue ; personne ne peut la respecter. Mais l’Esprit nous aide à observer la plénitude de la Loi dans l’amour. La Loi est représentée par le nombre 10, qui est le nombre des Commandements. Et l’Esprit est représenté par 7, qui est le nombre des dons de l’Esprit (tels qu’énumérés dès le prophète Isaïe). Et 10 ajoutés à 7 font 17. Mais quelle est l’essence de ce nombre ? Considérons comment il est généré, et ce que vous pouvez faire avec : si vous prenez toute la séquence des nombres de 1 à 17 et que vous les ajoutez les uns aux autres, vous obtenez un total de 153.

Dans cette parabole en acte, les gros poissons représentent les saints à la fin du monde, dans la plénitude de leur nombre, tirés hors des eaux troubles du monde et du sommeil de la mort par le Seigneur lors du dernier jour. La force de cette interprétation, nous dit Augustin, est confirmée par les 7 disciples, puisque 7 est le chiffre de la sanctification, Dieu ayant créé le monde en 6 jours et sanctifié le septième, quand il a rendu saint le sabbat.

« Ceci est un grand mystère dans le grand Évangile de Jean » nous dit Augustin. Que ce soit mystérieux n’en diminue pas l’importance. De fait, il dit que « pour se recommander avec plus de force à notre attention, le dernier chapitre a été fort documenté ».

C’est ainsi que la foi a compté, du moins chez Saint Augustin et les Pères de l’Église.


Voir en ligne : The Catholic Thing

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