La filiation humaine de Jésus

par Gérard Leclerc

jeudi 27 décembre 2012

Décidément, en ce temps de Noël, je ne puis m’arracher à la réflexion que j’ai commencée dès lundi dernier, à propos de l’Incarnation. M’insurgeant contre une indigne récupération de la conception virginale au profit du déni de la valeur de la procréation, je voulais montrer que la Nativité, exception à la nature, ne saurait contredire l’affirmation centrale du Verbum caro factum est. Jésus s’est vraiment incarné dans le sein de la Vierge Marie, et de ce fait il partage totalement notre humanité. Il n’est pas vrai, comme le prétend encore Michel Serres, que la Sainte Famille rompt totalement avec les généalogies antiques. Voilà encore une affirmation non seulement surprenante, mais surtout complètement erronée. Comment notre philosophe a-t-il pu oublier que saint Matthieu et saint Luc ne manquent pas de rapporter, l’un et l’autre, Jésus à sa généalogie ?

Sans aucun doute, ces deux généalogies posent des problèmes aux exégètes, car elles ne s’accordent guère sur les noms. Benoît XVI, dans son petit livre sur l’enfance de Jésus, ne manque pas de comparer les deux textes et d’indiquer le sens de leurs différences. Mais il y a aussi l’enseignement commun qui veut que Jésus, de condition divine, a voulu s’inscrire dans la pleine continuité de la suite des générations dont il est lui-même issu, tout en ouvrant une nouvelle perspective, comme le dit le pape : Avec Jésus, nous avons une nouvelle origine, qui, « nous fait naître de Dieu ».

Mais cette nouveauté s’inscrit dans notre filiation humaine. Si, selon la formule de la liturgie extraordinaire, Dieu nous a recréés d’une façon plus admirable encore, le premier dessein divin de la création n’est pas aboli, il est confirmé, achevé. Il n’y a donc pas lieu de dévaluer l’union de l’homme et de la femme et leur vocation à la procréation. J’ai relu ces temps-ci de beaux textes de Gabriel Marcel sur le « mystère familial » et ce qu’il appelle, d’une façon tout à fait appropriée « le vœu créateur comme essence de la paternité ». Il y a une grandeur exceptionnelle dans l’acte d’engendrement que l’on ne saurait ramener à une pulsion biologique. Et s’il y a une valeur magnifique aussi dans l’adoption, celle-ci nous dit Gabriel Marcel, ne saurait être que l’exception, comme l’est une greffe sur l’arbre de la vie. L’arbre de la vie divino-humaine !

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 27 décembre 2012.

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