Traduit par Bernadette Cosyn

La croyance sans la foi

par David Warren

jeudi 14 mars 2019

Honorable et accommodant lecteur, permettez-moi de fusionner devant vos yeux deux de mes obsessions actuelles. J’ai mentionné leurs noms dans le titre.

Selon moi, la croyance est un réconfort pour beaucoup. Cela concerne ceux qui « croient » en Dieu, ceux qui croient au Monstrueux Spaghetti Volant de Dawkins, ceux qui croient en la bienveillance des vipères, ceux qui croient au Bitcoin et ceux qui croient que leur pension est en sécurité avec le gouvernement (par ordre de probabilité décroissante).

Je crois en la raison, parce qu’elle semble fonctionner, mais plus fondamentalement je crois en elle comme matière de foi. C’est parce que je suis catholique, une religion vraiment unique dans son insistance non seulement sur l’existence de Dieu, transcendant toute existence naturelle (surnaturel est le terme dont se moquent les athées) mais aussi sur le fait que l’univers qu’Il a créé a un ordre naturel.

Et aussi sur le fait qu’à l’intérieur de nos limites naturelles, nous pouvons y trouver du sens.

Par exemple, nous pouvons généralement distinguer les hommes des femmes, les nuages des dragons, le haut du bas et ainsi de suite. Pas toujours, dois-je ajouter, surtout si nous sommes agressivement déments.

Par parenthèse, je crois à la démence. Il y a plein de preuves de son existence – tout autour de nous – et comme me le souffle la raison, c’est une chose qui donne de l’espoir. Cela parce que les croyances fondées pendant la folie disparaîtront avec le retour à la santé ; et, par nature, la santé sera restaurée.

Pas au saut du lit demain matin cependant. Ou même en une vie, comme pourraient le confirmer ceux qui sont morts de violence ou dans un camp de prisonniers politiques. (Qu’ils ne puissent pas le faire en personne, étant morts, je compte sur mon honorable lecteur pour le comprendre.)

J’ai dit que la croyance est confortable, et cela inclut celle que je viens de présenter. Les humains sont eux-mêmes suffisamment surnaturels pour que nous puissions voir un peu au-delà de l’horizon de nos vies matérielles. Pas bien loin, mais suffisamment loin pour s’en sortir, je crois. Et, oui, cela me réconforte.

J’ai remarqué que ceux qui croient que l’univers n’a pas de sens – que les hommes peuvent imposer à leur gré l’ordre qu’ils veulent, arbitrairement – agissent exactement comme si le soleil allait se lever à l’est alors même qu’il se couche à l’ouest et qu’ils font d’innombrables petites choses dans le cours de la journée qui supposent d’autres continuités. Car la raison semble fonctionner qu’on y croit ou non.

Il y a des gens qui croient sincèrement que la réalité peut être modifiée par une loi humaine, même quand les lois déjà en vigueur ont été sapées. Au lieu de se demander « si nous les faisions appliquer ? », ils entrent en campagne pour de nouvelles lois qui ne seront pas plus appliquées.

C’était déjà par exemple le cas en ce qui concerne la loi punissant le meurtre ou les mauvais traitements – que ce soit pour assouvir une haine ou pour le profit. (C’est pour cela que les avortements sont et devraient être un grand problème.) La croyance qu’inventer des « crimes de haine » supplémentaires arrêteraient ou dissuaderaient qui que ce soit est un bon exemple de notre démence post-moderne.

Un autre bon exemple se passe à Rome juste maintenant. Les chefs des conférences épiscopales se sont réunis pour discuter – vous savez quoi. (NDT : Ce texte a été écrit au cours de la réunion à Rome des présidents des conférences épiscopales.)

Comme le dit le cardinal Burke – et il doit savoir de quoi il parle, si vous examinez ses références – nous avons eu en place des lois sévères contre les méfaits des prêtres et des évêques, y compris les crimes sexuels, depuis de nombreux siècles. La croyance (ignorante) que nous n’en avons pas semble guider, non seulement l’opinion publique mais aussi le comportement de nombre d’éminents hommes d’église.

La loi civile n’est pas pertinente, ou n’était pas pertinente durant la plus grande partie de ce temps. L’Eglise elle-même avait les moyens de faire quelque chose de tout-à-fait déterminant contre les pervers portant un col romain ou une chasuble brodée.

Elle n’a cessé d’enseigner que, par exemple, l’homosexualité est désordonnée – un sujet de quelque intérêt quand quatre actes sexuels sur cinq imputés à nos prêtres (tous mâles) ont été commis contre des garçons pubères. Jusque récemment, L’Eglise n’était pas embarrassée de dire « désordonné ».

Elle n’était pas non plus pusillanime pour résister aux modes qui passent jusqu’à ce que, « dans l’esprit de Vatican II », sa volonté de résistance se soit soudainement évaporée. Mais maintenant elle est tellement intimidée que lorsque des mensonges éhontés sont allégués contre elle – je compte dans le nombre les inepties sur le « cléricalisme » et la « synodalité » puisque aucun de ces termes n’est utilisé avec précision – elle capitule, fait des excuses, tourne sur elle-même comme un troupeau de bœufs musqués.

L’absurdité de gaspiller du kérosène et des notes d’hôtel pour un rassemblement international chargé de discuter d’un « problème » dont la solution est évidente tend à miner non seulement l’autorité mais également la recevabilité de la Sainte Eglise.

Parmi les croyances contemporaines les plus absurdes, on compte les discussions de boutiquiers et les comités qui jacassent toute la journée et ensuite pondent des documents longs, incroyablement ennuyeux et contre-productifs. L’alternative, c’est de nommer les bonnes personnes à des offices établis et les laisser faire leur boulot.

Le « problème » est décrit comme une « culture » de la déformation. Qu’elles soient médiatisées ou non, il y a évidemment des cabales homosexuelles remontant jusqu’à la Curie et jusque dans les bureaux du pape. Nous pouvons en parler jusqu’à ce que les lèvres nous en tombent, mais la solution sera aussi dure qu’elle est simple : éradiquons !

Ce qui nous ramène à la Foi.

J’affirme qu’une grande proportion de notre clergé et de nos laïcs, à tous les niveaux, ont entrepris de croire en des choses dans lesquelles ils n’ont pas foi. Quelle est la proportion, je ne sais pas – la collecte de statistiques pour ce qui ne peut être dénombré est un autre signe des temps.

Mais un prêtre, ou n’importe quel homme, qui discerne un devoir, et n’agit pas d’après lui, n’a pas de foi. Il peut bien croire tout ce qu’il veut en vue de se réconforter. « Les gens croient ce qu’ils ont envie de croire. »

Le bien et le mal – Themis, Justicia, la Justice avec son glaive et sa balance – ne sont pas une simple croyance comme dans un mythe. C’est plutôt, dans l’enseignement de notre Eglise, une nécessité. Cela va au-delà de la raison, au cœur de notre habitation créée par Dieu. Nous avons foi en cela ou nous n’avons rien.

David Warren est ancien rédacteur du magazine Idler et chroniqueur dans des journaux canadiens. Il a une expérience approfondie du Proche-Orient et de l’Extrême-Orient.

Illustration : « Le Jugement dernier » par Rogier van des Weyden, vers 1450 [Hospices de Beaune] Ceci est le centre du retable polyptyque : l’archange Saint Michel, balance en main, se tient devant le Christ juge.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2019/02/15/on-belief-without-faith/

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