La France accueille le Monde

par Fabrice de Chanceuil

mardi 1er décembre 2015

«  La France accueille le monde  » est la formule choisie comme slogan de la 21e Conférence des parties (CdP ou, selon l’acronyme anglo-saxon, COP21) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Au regard des événements violents qui ont frappé Paris, cette formule pourrait porter à confusion, mais reste un fort symbole de l’importance accordée à cette manifestation organisée avec soin depuis de longs mois par le gouvernement français.

Adoptée lors du Sommet de la Terre de 1992, la CCNUCC fait l’objet, désormais chaque année, d’une Conférence des parties avec pour objectif de progresser dans l’adoption de mesures destinées à limiter le réchauffement climatique. La 21e édition qui se tient donc à Paris début décembre revêt une importance particulière car elle est aussi la 11e Conférence des parties (CMP11) au Protocole de Kyoto. Signé en 1997 et entré en vigueur en 2005, ce protocole a mis en place des objectifs contraignants en vue de limiter l’émission des gaz à effet de serre jugés responsables du réchauffement de la planète, allant, selon les États, de - 8 % à + 10 % d’émissions autorisées par rapport à 1990. Arrivant à échéance, l’enjeu de la Conférence de Paris est de lui trouver un successeur à partir de 2020.

Ce nouvel engagement devra permettre d’atteindre l’objectif, défini dès 2009 par la COP16 tenue à Copenhague mais sans alors s’en donner les moyens, de limiter le réchauffement climatique à 2° C considéré comme le plafond maximum pour éviter un dérèglement irréversible du climat avec toutes les conséquences induites pour une vie supportable sur la Terre. Or, les spécialistes réunis au sein du GIEC (groupe d’experts international sur l’évolution du climat) estiment que, si rien n’est fait, l’augmentation de la température pourrait atteindre jusqu’à 4,8°C d’ici 2100. Le but de la Conférence de Paris est donc, selon les propres termes du comité organisateur «  d’aboutir, pour la première fois, à un accord universel et contraignant permettant de lutter efficacement contre le dérèglement climatique et d’impulser/accélérer la transition vers des sociétés et des économies résilientes et sobres en carbone  ». L’accord doit ainsi permettre, à l’horizon 2020, à la fois une atténuation des émissions de gaz à effet de serre et une adaptation des sociétés aux exigences d’une économie décarbonée.

Les 195 États participants ont été invités, avant la conférence, à faire connaître leurs intentions. Les 28 États de l’Union européenne se sont déjà engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 30 % d’ici 2030 mais ils ne pèsent que pour 10 % des émissions mondiales. Les plus gros contributeurs ont tardé à se manifester mais ont finalement fait part de leurs intentions. Les États-Unis ont indiqué vouloir réduire leurs rejets dans l’atmosphère de 26 à 28 % d’ici 2025. La Chine dit vouloir diminuer, à terme, ses émissions de 65 % mais par unité de PIB et par rapport à 2005 et non 1990 tout en admettant que ses émissions augmenteront encore jusqu’en 2030. Quant à l’Inde, elle promet, elle aussi, de réduire, d’ici 2030, ses émissions par unité de PIB de 33 à 35 % par rapport à 2005 mais reconnaît que la part du charbon, gros émetteur de CO2, dans la production d’électricité sera encore de 40 % en 2022. Ces derniers pays sont en plein développement et sont, de ce fait, partagés entre leur responsabilité internationale et la volonté de poursuivre leur croissance. Il en est de même des États du tiers-monde qui demandent à être aidés financièrement pour atteindre les objectifs attendus. C’est pour eux que la Conférence de Copenhague avait institué un «  fonds vert  » de 100 milliards de dollars annuels et dont la mise en place définitive est l’autre grande ambition de la Conférence de Paris.

Indépendamment du fait de savoir si ces promesses seront tenues, beaucoup d’observateurs, à commencer par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), estiment que ces intentions sont encore insuffisantes pour atteindre l’objectif visé. Il conviendra d’aller plus loin, notamment en matière d’économies d’énergie et de développement des énergies renouvelables puisque ce sont bien la production et la consommation d’énergie qui sont la source principale des émissions de gaz à effet de serre.

Rien n’est donc acquis à ce jour mais il est certain qu’il existe une volonté d’aboutir poussée par une société civile très mobilisée sur le sujet. D’ailleurs, à côté du Centre de conférence réservé aux négociateurs, le site du Bourget accueille également des espaces Générations climat et une Galerie des entreprises en principe ouverts à tous. De fait, «  la France accueille le Monde  ».

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