Joseph Thouvenel

« La CFTC doit garder son âme »

Propos recueillis par Constantin de Vergennes et Aymeric Pourbaix

mercredi 13 novembre 2019

Pour Joseph Thouvenel, le défi des nouvelles technologies constitue une nouvelle frontière pour le catholicisme social.
© Fred de Noyelle / Godong

Pour le centenaire de la CFTC, Joseph Thouvenel, vice-président du syndicat, vice-président du Centre européen des travailleurs et membre du Conseil économique, social et environnemental, revient aux fondements des catholiques sociaux et décline les enjeux pour aujourd’hui.

Quels sont les défis et enjeux de l’avenir ?

Joseph Thouvenel : Pour la CFTC, le principal défi est de garder son âme et de continuer à suivre le chemin indiqué par cette magnifique boussole qu’est la doctrine sociale chrétienne.Les enjeux sont relativement simples. Bâtissons-nous un monde où le légitime profit est au service du développement humain intégral et du bien commun, ou sombrons-nous dans l’adoration du veau d’or et dans la glorification de l’individualisme triomphant ? Ce choix n’est pas nouveau, c’est l’éternel combat du bien et du mal, avec pour le chrétien l’immense avantage de savoir qui gagne à la fin. Dans sa ridicule toute-puissance, l’homme du XXIe siècle s’imagine pouvoir être le maître de la vie et de la mort, cette omnipotence s’appuie sur la technologie, « l’inintelligence artificielle » et les biotechnologies. Ces dérives scientistes ont et auront des répercussions dans le monde du travail. L’homme-machine est un homme-objet ; et tout objet devient un jour obsolète. Se pose alors la question : qu’est-ce qui nous différencie de la machine ?

Le chrétien peut et doit répondre à cette question. Si l’être humain possède une conscience (existentielle, psychologique, morale), le robot aussi perfectionné soit-il, ne fait que répondre aux instructions de son concepteur en fonction du choix des algorithmes fait par celui-ci. D’où l’importance de maintenir dans le champ économique et social une réflexion et une action basées sur la morale sociale chrétienne.

Pourquoi les chrétiens devraient-ils s’engager ?

«  Les organisations syndicales contribuent à la construction de l’ordre social et de la solidarité et représentent donc un élément indispensable de la vie sociale  », nous dit le Compendium de la doctrine sociale de l’Église. Je pourrais également citer saint Jean-Paul II, Benoît XVI ou le pape François. L’Église appelle clairement à s’engager au service de la cité, elle incite les chrétiens à être acteurs de leur avenir, y compris dans l’entreprise, plutôt qu’à rester spectateurs passifs et subissants.

Si j’ignore l’outil syndical, il ne sert à rien, si je m’en sers mal, il est destructeur. Mais si je l’utilise à bon escient, je participe à rendre le monde plus juste, plus respectueux des travailleurs et de leurs familles. C’est également une façon de s’engager au service de son pays. Pour moi un chrétien non engagé, c’est un croyant sans foi. Une sorte de vélo sans roues.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le magazine.

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Joseph Thouvenel intervient le 16 novembre à l’église Sainte-Odile à Paris, pour une table-ronde organisée par Notre-Dame de Chrétienté : « Politiques, syndicats, et entreprises : est-il encore possible d’agir pour le bien commun ? » Journée d’amitiés 9h-17h. / ndc.placeminute.com
 
Joseph Thouvenel, CFTC : 100 ans de syndicalisme chrétien et après ? Téqui, 2019, 144 p., 13 €.

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