L’équation d’Emmanuel Macron

par Gérard Leclerc

jeudi 18 mai 2017

Que l’on me permette d’abord une précision à cause de ma chronique d’hier. Certains auditeurs les plus attentifs ont cru comprendre que mon analyse de certaines formules d’Emmanuel Macron avaient valeur d’acquiescement à sa personne et surtout à ce qu’on pourrait appeler son mythe. Qu’il n’y ait là-dessus aucune équivoque. Je ne pense pas que notre président, en dépit de son aura actuelle, soit le messie. Même si sa rhétorique prend des accents mystiques et s’il y a une sorte de grâce d’état dans le sacre du suffrage universel, je ne suis nullement disposé à me laisser subjuguer. D’abord, malheureusement pour notre président, les décisions qu’il aura à prendre très vite vont nous ramener sur le sol des réalités les plus prosaïques. Si la dynamique actuelle, relancée par la composition du premier gouvernement, l’assure d’une majorité parlementaire, un premier bras de fer s’annonce avec les ordonnances sur le droit du travail. L’explication promet d’être sévère avec des syndicats sur le pied de guerre.

Ma brève réflexion d’hier se situait sur le terrain de la pensée politique en prenant pour référence première Charles Péguy. Péguy qui a fait rentrer la mystique en politique de son point de vue de militant complètement donné à une cause. Je ne sais pas du tout si Macron est péguyste. Le serait-il sincèrement qu’il éprouvera la difficulté pour un homme de pouvoir de ne pas transiger sur ses convictions. Il y a l’élan de la campagne, avec l’enthousiasme qui l’a accompagné du côté d’un public séduit par l’alternative qu’il incarne. Cet enthousiasme demeure d’ailleurs, à observer le public que le jeune président a conquis.

Mais il s’agit de donner maintenant une traduction politique à l’espoir suscité, et cette traduction passe par une équation apte à s’inscrire dans la réalité. Cette équation se tient rationnellement, car depuis des années se dessine une sorte de bloc central qui va d’Alain Juppé à Manuel Valls et qui se distingue des deux ailes de gauche et de droite dont les leaders sont Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Il fallait Emmanuel Macron pour imposer cette équation à l’encontre du clivage droite-gauche. La constitution de ce bloc central est entrée dans une phase décisive. Dès lors qu’elle est apte à gouverner, il faudra résoudre la question épineuse de son opposition. Celle de la France périphérique. Richard Ferrand [1], ministre de la Cohésion des territoires, se voit investi de cette tâche. Elle pourrait s’avérer capitale pour l’avenir, car rien ne serait pire qu’un pays durablement cassé en deux.

Chronique diffusée sur radio Notre-Dame le 18 mai 2017.


[1dont le portrait orne cette chronique

Messages

  • Il faut bien réaliser que le rassemblement des personnes sous Emmanuel Macron ne veut pas dire rassemblement des idées. Or il y a de nombreux trous dans la raquette du programme d’Emmanuel Macron :

    - politique migratoire molle
    - sécurité alimentaire et protection de nos agriculteurs insufisantes
    - libération du marché du logement écrasé par une triple fiscalité
    - politique familiale faible
    - restructuration et dégraissage administratifs timides

    Si E.Macron a la majorité à l’Assemblée, ce ne sont pas ses ministres de droite qui lui feront compléter son programme dans ces domaines essentiels pour la cohésion sociale et l’emploi.

    Il fallait être un peu patient et participer au gouvernement APRES les législatives . Luttons pour nos idées avant de penser à notre carrière !

  • L’élection de Macron repose en grande partie sur un malentendu. Les choses s’éclairciront au fil des jours et des semaines. Malheureusement un peu tard pour avoir des regrets.

    Il me semble que le "bloc central" est d’une double nature : un monde "légal" et un monde "réel" (pour reprendre une terminologie dichotomique passée de mode...).

    Ce monde légal, essentiellement composé de politiques et de professionnels des médias est quasi intégralement européiste/lâtre.

    Le monde réel du bloc central - du tout venant, des électeurs - est, lui, très nettement plus incertain voire franchement sceptique pour ce qui concerne la question Europe. Et pourtant il vote pour les précédents...

    Ce sont des gens qui ne se sentent ni vraiment à gauche, ni vraiment à droite et qui n’ont pas d’attache forte à l’égard de l’idéologie bruxelloise. Intuitivement, pour en avoir beaucoup rencontré, j’aurais tendance à dire qu’ils sont des multitudes.

    Ce sont malheureusement des européistes forcenés qui se sont emparés de leur représentation. Là réside le malentendu, celui qui les a fait choir de Maestrich en Lisbonne puis en Macronie.

    Il manque une figure qui ne soit pas extrémiste (ni JLM, ni MLP) pour représenter ce bloc central dans ce qu’il a encore de patriotique (souverainiste ?) et le sortir des griffes de ces radicaux de l’européisme.

    Un NDA, un gaulliste, aurait pu jouer ce rôle. Il semble malheureusement trop marqué droite pour fédérer spontanément le bloc central (les "gens", pas les politicards)

  • Si l’on en croit le "fumet" de ce gouvernement nouvellement formé, il s’y trouve un clignotant qui renseigne beaucoup. Il s’agit de Madame Sylvie Goulard nommée ministre des Armées (au passage, est-ce que ce changement de désignation passant de : ministre de la Défense, à : ministre des Armées a un sens ?). Sylvie Goulard est une fanatique européiste pur jus. Comme catholique, elle a fréquenté les évêques français jusqu’à la conférence des évêques à Lourdes et les a bien "influencés" (comprendre égarés) relativement à l’attitude le plus souvent pro-européenne de l’Église. Il est difficile de comprendre comment les chrétiens, spécialement les catholiques, ont pu être à ce point "pro européens" tellement rien de ce que fait et "ordonne" l’ "Europe" va dans le sens chrétien, mais favorise le pire système financier centralisateur, prédateur et odieusement usurier. Madame Goulard, marseillaise née Grassi, est donc catholique s’il vous plaît ! Elle est une méditerranéenne, mais comme européiste, elle est un vrai suppôt de l’ "Europe" de Bruxelles et aurait déclaré dans un entretien qu’elle ne se sentait pas française ... Ce "système européen" conduit par l’Allemagne, le seul pays à qui l’ "euro" profite ! C’est un système qui nuit épouvantablement à toute l’Europe, spécialement l’Europe du Sud, à un tel point que cela en devient criminel vu les ravages, oui les ravages ! (1) produit par cette "Europe" de malheur en Grèce, en Italie, en Espagne et au Portugal, la France en grande partie se trouve structurellement avec l’Europe du Sud, et elle est est sur la même pente glissante. Mais comme la France, dans cette "Europe" bruxelloise est encore trop "importante", elle "contrôle" encore plus ou moins ses dettes, au moins sur le papier, mais elle dégringole progressivement vers le même sort que ses proches voisins du Sud. Combien de "grandes personnalités" catholiques se sont fourvoyées et nous ont fourvoyés avec cette "Europe" mouroir des nations et des peuples ? Qui plus est, cette "Europe" est propagatrice d’un capitalisme d’inspiration protestante sous direction générale anglo-saxonne et fait ressortir géographiquement l’antagonisme historique entre l’Europe du Nord majoritairement de souche protestante et l’Europe du sud majoritairement de souche catholique.

    Par exemple, ce lien du Nouvel Obs fait une biographie de Mme Goulard et cela donne un aperçu possible des options de ceux qui nous gouverneront ... à moins que ?? Ne pas oublier que Sarkozy, Hollande et Macron ont été élus avec, certes, des majorités, mais des majorités qui ne sont que des minorités dans le nombre total de tous les inscrit à voter en France... Il ne représentent pas la société française.

    http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20170517.OBS9531/10-choses-a-savoir-sur-sylvie-goulard-nouvelle-ministre-des-armees.html

    (1) la fuite massive des jeunes quittant des pays du Sud de l’Europe (à rajouter à une démographie à solde négatif, surtout l’Italie qui, autrefois était le pays des bambini, est tout simplement effrayant !! Les chiffres documentés font froid dans le dos ! Qui ou quoi veut le fin de ces régions qui ont été les creusets féconds de civilisations que, maintenant on voudrait détruire ??
    on parle très peu de ces questions, pourquoi ?

  • cher Gérard Leclerc,

    Le rêve de Giscard de rassembler deux français sur trois semble se reproduire avecMacron qui
    en réalité, ne représente que 43% des inscrits et a rassemblé bien plus contre M Le Pen qu’autour de sa personne.........
    Le grand bloc que vous évoquez allant de Juppé à Valls n’est donc pas si grand que cela..............Son socle est étroit....
    Quant à la France des périphéries, que vos racines picardes vous rendent proches, il est bien regrettable qu’elle n’ait
    guère figuré dans ce que le jargon médiatique nommerait le "radar " de la CEF.........
    Plus que celle de Mme Goulard, venue enseigner les évêques à Lourdes à propos de l’Europe, une intervention de Christophe Guilluy
    aurait pu ouvrir les yeux de nos pasteurs sur certaines réalités.......

    ...

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