La mystique du Président

par Gérard Leclerc

mercredi 17 mai 2017

Hier, j’ai brièvement évoqué les affinités d’Emmanuel Macron avec la philosophie. Mais on me suggère d’aller plus loin en m’interrogeant sur ses affinités avec le christianisme. N’a-t-on pas parlé des accents mystiques de sa campagne ? Dans La Croix, Béatrice Bouniol en a fait tout un article, où elle rappelle les mots mêmes du candidat durant sa campagne : « La politique, c’est mystique. » Sans complexe, il assumait même « une dimension christique » et une relation à la transcendance. Y a-t-il dans l’histoire de nos Républiques beaucoup de responsables à avoir osé dire aux citoyens qu’il les « servirait avec amour » ? C’était aller beaucoup plus loin que nos documents épiscopaux qui se sont surtout concentrés sur la notion de bien commun. Faut-il donc s’étonner de ce passage de frontière, qui ne me semble pas avoir été contesté par les concurrents ?

Sans doute, y a-t-il des précédents dans l’histoire de la pensée. On évoque à juste titre Charles Péguy, avec ses célèbres formules sur la mystique qu’il met au-dessus de tout, alors que la politique risque d’en être la trahison. Il est vrai que le poète et le penseur mettait au-dessus de tout les convictions profondes qui doivent inspirer les hommes libres et qu’il avait en souveraine horreur les compromis, pour ce qu’ils étaient comme manquement à la foi qui doit nous animer. « Ne pas croire en ce que l’on croit », ou en ce que l’on prétend croire, c’était pour lui le péché capital d’une certaine modernité.

Il est d’autres approches d’une doctrine de l’amour en politique. La notion d’amitié est au cœur de la pensée d’Aristote, comme fondement du lien social. Et préalablement à tout contrat, la société est construite sur l’immense réciprocité de service qui la constitue. Dans cette acception, l’amour n’est pas une effusion purement sentimentale, il est le principe effervescent de l’entente et de l’entraide entre tous, quels qu’ils soient, forts ou humbles, riches ou pauvres. Dans une apparition, le Christ disait à sainte Catherine de Sienne : « J’ai voulu qu’ils aient besoin les uns des autres. » Il y a ainsi une sorte de base matérielle à l’échange et aux services qui nous renvoie assez loin du cynisme d’une conception de l’économie où les vices privés font l’affaire de la prospérité générale. Puisse ce genre de réflexions subsister au-delà de nos campagnes électorales.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 17 mai 2017.

Messages

  • Attention grande prudence à avoir avec Macron. De par ce qu’on sait de sa ’formation’, il excelle dans une habileté mentale sans doute exceptionnelle à attraper autour de lui des propos, citations, attitudes et répliques entendues ou lues, propre à peaufiner sa "communication" qui est d’abord communication, car derrière cette communication, les échos des investigations indiquent qu’il n’y a pas grand-chose. Un psychiatre italien, d’après son analyse, pense qu’il est un psychopathe...
    Mais aussi et surtout, quand on voit ce désormais président, il y a quelques semaines assis dans une salle de classe, s’adressant à des enfants d’une dizaine d’années où il leur dit à eux enfants qu’on peut avoir deux papas ou deux mamans... faut-il s’ingénier à enjoliver le personnage ?
    De même, vu ce qu’on sait de son parcours, les principes économiques et sociaux auxquels il se réfère ainsi qu’il annonce qu’il va s’accrocher à "réformer" l’ "Europe" et l’euro, va à Berlin où il parle anglais et non français, lui qui s’annonce innovateur semble fermement décidé à faire du neuf avec du vieux ratatiné.
    Il fut accueilli triomphalement au club archisélect ’le Siècle’ et les nombreux réseaux financiers transnationaux, tout comme les immenses fortunes qui l’ont porté sont parmi les plus gros actionnaires. Que faut-il attendre de pareils milieux maintenant que nous sommes tombés dans le panneau ? Je souhaite me tromper, mais la continuation de la lente et inexorable dégringolade de la France depuis quelques 40 ans est le creuset qui aura rongé ce pays sous le brouhaha de la "modernité" et de renoncements à répétition. Le pays, coincé dans l’ "Europe", se vend en morceaux aux fortunes étrangères et transnationales, la désindustrialisation est dramatique, le chômage en hausse constante, des jeunes partent massivement, l’ultra-libéralisme et la primauté financière inchangée, etc. Les milieux "élitistes" d’où vient Macron n’aiment pas du tout a France tout en se gobergeant sur elle, alors à la suite de tous ces boniments et reniements, on peut à raison se méfier.

  • Une dimension mystique, sans doute, mais qui risque fort de n’être qu’une posture politique, philosophique ou littéraire. Une mystique sans Dieu, si j’en crois le témoignage de Jean Mercier, qui raconte la rencontre d’Emmanuel Macron avec la rédaction de La Vie :

    Macron nous a raconté comment il avait demandé le baptême à 12 ans, puis avait pris ses distances avec la foi, tout en restant "en dialogue avec la Transcendance", en "dialogue avec Ricoeur", et patati et patata... Du pur Macron, brillant et conceptuel.
    J’ai coupé court à ses bulles de savon en lui lançant : "Et Dieu, vous lui parlez ?". Cette question l’a complètement pris à revers, et il m’a regardé un instant, stupéfait, comme si je venais d’une autre planète, pour avouer que "Euh, enfin, non... Je ne lui parle pas..."
    Puis il est rapidement remonté en selle, pour ajouter qu’il se semblait trop humble pour parler à Dieu.
    Enfin, c’est du moins comme cela que je me souviens de l’épisode, qui est raconté par ma collègue Pascale Tournier dans l’article suivant (article passionnant, ça vaut la peine de payer pour tout lire) :
    http://www.lavie.fr/actualite/politique/dans-la-tete-d-emmanuel-macron-03-05-2017-81807_813.php

  • Une mystique en toc !! Macron est un attrape-tout, un gobe-mouches. J’ai suffisamment suivi sa campagne, ses discours et ses meetings pour ne me faire aucune illusion sur lui.

    De fait, il est très difficile de savoir ce à quoi il croit vraiment. Le sait-il lui même ? A force de soutenir tout et son contraire, d’annoncer être en accord avec tout et avec le restant, ça doit être un drôle de bazar dans sa tête. Ou bien est-il un réel schizophrène (le Pr Adriano Segatori le juge psychotique après avoir analysé ses dits) ? Ce qui lui permettrait de cliver tranquillement son domaine de croyances et le gigantesque fatras des salades incohérentes qu’il tente de vendre sans scrupules aux autres pour arriver à ses buts.

    Névrose, psychose ? Difficile de trancher en l’absence d’examen clinique approfondi ; narcissique mais sûrement pas mystique !

    Une chose est certaine, l’animal est intelligent et habile, il fait preuve d’une capacité d’adaptation rapide (contrairement à la lourdingue Marine qui était pourtant supérieurement armée). Son approche marketing segmentée l’a amené à commettre des impairs, certains inéluctables d’autres plus inattendus (comme l’affaire de la non-culture française ou la colonisation-crime contre l’humanité), mais il s’est rétabli avec souplesse - avec, il est vrai, la complicité bienveillante de grands médias prêts à l’absoudre de tout et à tout oublier (*).

    Si mystique il y a (frelatée et mystico-dingue) elle est précisément dans le regard et l’attitude des médias qui ont des réactions extatiques totalement délirantes et hors de propos. Xavier Frison, dans Marianne, aborde le sujet : https://www.marianne.net/medias/l-intronisation-d-emmanuel-macron-tourne-l-extase-chez-les-commentateurs-tele?utm_medium=Social&utm_campaign=Echobox&utm_source=Twitter#link_time=1494771622

    Non, Macron n’est pas péguyste, il est péguste (il prend les gens, les électeurs, pour des pécores, des péquenots, des pégus…)

    * à l’inverse pour Fillon et d’autres cibles de la vendetta politico-médiatique

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