Un président philosophe ?

par Gérard Leclerc

mardi 16 mai 2017

La victoire d’Emmanuel Macron est d’abord de nature politique. Mais elle est aussi idéologique. Et je prends le mot dans sa meilleure acception. Le nouveau président de la République a voulu dépasser l’offre politique classique de la droite et de la gauche. Ce n’était pas par simple calcul tactique, c’était par conviction intellectuelle. Sans doute, le comprendrons-nous beaucoup mieux, au fur et à mesure de son exercice du pouvoir. Mais d’ores et déjà, on peut tenter une approche de sa pensée intime et des convictions qui l’animent. Ce n’est pas pour rien qu’étudiant, le jeune homme a été à l’école de Paul Ricœur. Plus qu’aucun de ses prédécesseurs, il sera probablement enclin à réfléchir à la philosophie de son action. Et il le fera d’autant plus qu’il sera affronté à la complexité des décisions à prendre.

Personnellement – si j’en puis faire l’aveu – cela n’est pas pour me déplaire, même si je me pose de nombreuses questions de cohérence à son propos. Mais la cohérence n’est pas toujours évidente, lorsqu’il s’agit d’interpréter le monde tel qu’il est, et de le transformer. Je lis que, selon quelques uns de ses admirateurs, Macron aurait terrassé le dragon néoréactionnaire et néoconservateur qui était sur le point de dominer la scène intellectuelle. Jacques Attali le loue d’affirmer « un libéralisme et un cosmopolitisme décomplexés ». Les choses sont un peu plus compliquées que cela. Car le président loue les vertus de l’enracinement autant que celles de l’ouverture.

Si Emmanuel Macron s’oppose aux anti-mondialistes de droite et de gauche, il faudra qu’il démontre en actes qu’il est possible de surmonter les déséquilibres produits par la mondialisation économique et financière. Comment pourra-t-il répondre concrètement aux plaintes de la France périphérique ? Il y a aussi la menace mondiale de l’islamisme extrémiste. Il y a le problème considérable des quartiers perdus de la République. Il faudra pour affronter tout cela une intelligence critique aiguë, alliée à une dynamique soutenue de l’action. L’intellectuel ne sera pas de trop pour éclairer le politique.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 16 mai 2017.

Messages

  • Je suis heureux d’entendre une voix, qui par ailleurs me rassure en temps habituel, présenter le positionnement de ce nouveau mandat : a) sans caricature ni invective ; b) en questionnant et en ouvrant les perspectives ; c) sans tomber dans une critique relativiste et annihilante. Merci.

  • Pari de Gérard Leclerc : éclairer le Président, de lui renvoyer la balle de la lumière, de la vraie lumière ; . bravo. Personnellement j’ai plutôt le cœur à pleurer, et je n’ai plus le courage et la force d’élever le débat , mais si d’autres y arrivent et peuvent faire évoluer, je dis bravo !

  • Une légitimité volée , Grace aux médias
    La volontee de puissance ,l’individualisme et son dieu ,ses références pseudo philosophique le prouvent c’est la victoire d’un homme violemment passé à l’âge "adulte"

  • L’option centriste de Macron me paraît résulter plus de choix tactiques et pragmatiques que d’une idéologie quelconque. Son idéologie c’est le néolibéralisme mondialiste (dont l’orient n’est ni à droite, ni à gauche mais là où est le profit !).

    C’est également le résultat d’une analyse marketing assez basique mais intelligemment menée. Cela faisait bien des années que la frontière entre droite et gauche n’existait plus vraiment et qu’un marais intermédiaire à grande capacité s’était installé (ce que d’aucuns appelaient l’UMPS) entre la gauche vraiment socialiste et la droite réellement de droite et plutôt conservatrice.

    Rien véritablement ne distingue la gauche bobo et caviar, prête à adhérer à tous les compromis (ultra)libéraux, de cette droite qui, tels des NKM ou des Juppé, adhère sans états d’âme à toutes les réformes sociétales mortifères de "gauche". L’un des ciments de tous ceux-là étant une indéfectible adhésion à l’Union européenne

    Le pari, astucieux, d’un Macron (et de ses parrains) était de tenter de faire coaguler ce marais autour d’un même pôle en le détachant de ses extrémités.

    Il a suffi de faire croire - matraquage médiatique soutenu aidant - que cet ovni sorti de nulle part avait toutes les chances de l’emporter, en particulier face à "l’extrême-droite" (*) pour qu’une multitude de carriéristes se prépositionnent en vue de voler au secours de la victoire (et des prébendes autour de l’assiette au beurre).

    Ce n’est pas de la philosophie, c’est de la combinazione, de la vulgaire stratégie de prise de pouvoir organisée par une oligarchie (**) qui entend bien préserver ses privilèges, faire triompher ses "valeurs" et protéger durablement ses bénéfices.

    L’intellect de Macron est entièrement tendu vers la prise de pouvoir. Il est moins que sûr que le mari de Brigitte se soucie de la France périphérique (sauf si celle-ci mettait le feu, mais ce sont rarement les pauvres et les indigents qui réussissent les révolutions ; ils sombrent dans le désespoir et l’alcool ou se suicident...)

    * se souvenir ainsi des accusations tragi-comiques de « droitisation extrême » d’un Fillon soutenu par Sens Commun...

    ** se référer à la liste assez cossue des soutiens visibles et occultes du candidat Macron

  • E Macron a-t-il voulu être président et conquit le pouvoir avec succès ou a-t-il été choisi et lancé à la présidence par des intérêts qui ne sont pas les siens, dans ce dernier cas il fera la politique qu’on lui imposera

  • @ Gilberte

    C’est un peu des deux. Macron est un technocrate qui, comme beaucoup de ses semblables, a été saisi par le vertige du pouvoir (l’intelligence technocratique piaffe souvent de devoir se plier aux ordres et décisions de politiciens bien moins pointus qu’eux mêmes).

    Mais, en tant que technocrate, Macron est également un de ces outils affûtés qu’une oligarchie d’affaires à décidé d’utiliser pour son propre compte.

    Qui l’emportera ? "l’outil" ou bien la "main" à peine occulte qui prétend le manier ?

    Au final, peu importe vraiment, le résultat sera le même dans les deux cas pour les Français. Le programme Macron, c’est la dilution de l’identité et de la souveraineté françaises dans l’oligarco-technocratie à la bruxelloise et dans l’ultra-libéralisme mondialiste...

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