L’écologie religion séculière

par Gérard Leclerc

mercredi 5 juin 2019

Le bon résultat de la liste écologiste m’avait amené, la semaine dernière, à un début de réflexion sur un sujet déterminant. Celui qui, depuis la candidature de René Dumont aux élections présidentielles de 1974, est devenu une cause politique entourée d’un halo idéologique souvent énigmatique. Yannick Jadot parviendra-t-il à imposer une formation stable, apte à emporter des succès électoraux moins aléatoires ? C’est une première question. Si je suis l’analyse d’un observateur aussi pertinent que Jacques Julliard, il est douteux qu’une telle entreprise aboutisse, le bon résultat de Jadot correspondant au vote refuge d’un électorat de gauche craignant les positions extrêmes d’un Jean-Luc Mélenchon. Pour Julliard, seule la réémergence d’une sociale démocratie permettra de sortir la gauche de son marasme actuel. Si je comprends bien, c’est que la proposition écologique n’est pas en mesure de se substituer à la gauche traditionnelle, faute d’un programme solide, apte à répondre à toutes les sollicitations d’une société moderne.

Jacques Julliard, au Figaro de lundi, n’explicitait pas ses raisons de douter d’une alternative écologique. Mais dans le quotidien du lendemain, dans les mêmes pages de débat, une intervention du sociologue Jean-Pierre Le Goff permettait de compléter la réflexion, même si elle se situait plutôt sur le terrain idéologique. Et son analyse paraît tout à fait pertinente : « L’écologie, explique-t-il, présente les traits d’une religion séculière – pour reprendre le concept de Raymond Aron – quand elle s’érige en explication globale du monde qui détiendrait des nouvelles clés de l’histoire et du salut de l’humanité, quand elle fixe la hiérarchie des valeurs et des bons comportements. »

Cette religion séculière, poursuit Jean-Pierre Le Goff, se répand dans les sociétés déchristianisées et en crise d’identité. Elle nous ramène à un paganisme dont le judéo-christianisme nous avait libérés. Cela m’a rappelé l’étrange destin d’un personnage aujourd’hui presque oublié après avoir connu un moment d’intense exposition médiatique. Eugen Drewermann suivant la logique extrême du naturalisme avait répudié l’héritage de la Bible. Un de mes amis avait trouvé une bonne formule à son endroit, expliquant qu’il avait retraversé la Mer rouge à l’envers. Drewermann est presque oublié, mais je crains que ses travers intellectuels ne continuent à inspirer fâcheusement l’écologisme en vogue.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 5 juin 2019.

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