La question écologique

par Gérard Leclerc

mercredi 29 mai 2019

Jacques Ellul
CC by sa : Jan van Boeckel, ReRun Productions

On souligne à juste titre dans l’analyse des résultats de dimanche l’émergence d’un « pouvoir vert », surtout en Allemagne et même en France où la liste de Yannick Jadot a obtenu plus de trois millions de voix. Il apparaît aussi que le vote écologiste est surtout le fait des jeunes générations qui naissent à la vie civique, ce qui est plus qu’un signe. Oui le monde change, l’Europe et la France également, et la crainte climatique est désormais au cœur de l’interrogation politique. Cependant, il y a encore loin du souci écologique à une inscription originale dans les institutions. Yannick Jadot en est sans doute persuadé qui envisage les prochaines étapes de son combat avec les futures échéances électorales, y compris la plus redoutable pour lui-même et ses amis, la présidentielle.

Mais il est un autre aspect du problème qui est sans doute le plus important. C’est l’aspect idéologique. Si on peut parler d’une culture écologique, c’est que le sujet est suffisamment déterminant pour imposer une autre vision du monde. Encore celle-ci doit-elle être suffisamment structurée, approfondie pour dépasser le stade d’un engouement juvénile. Et de ce point de vue, le défi est redoutable. La droite et la gauche traditionnelles pouvaient, l’une et l’autre, se réclamer de traditions intellectuelles ancrées dans l’histoire. Pour l’écologisme, on serait plutôt devant une page blanche, d’autant qu’il s’agit d’opérer une franche rupture avec le passé. C’est à la fois une chance et un danger. La chance de penser à neuf des problèmes qui n’entrent pas dans les paramètres anciens, le danger de dériver gravement faute de repères anthropologiques sérieux. Exemple : lorsqu’on n’est plus capable de marquer la frontière entre l’animalité et l’humanité, il y a péril en la demeure, d’autant qu’il y a des précédents.

Fort heureusement, la réflexion peut se déployer à partir d’un corpus nullement négligeable. Faut-il rappeler que l’Église catholique est partie prenante – le Pape l’a montré par une encyclique, Laudato si’ – d’un débat qui a de profondes racines théologiques. Et puis un nom me vient spontanément à l’esprit, celui de Jacques Ellul, ce penseur radical, qui a d’ailleurs marqué des militants comme José Bové et Noël Mamère. Mais je ne suis pas persuadé qu’ils aient été vraiment cohérents avec la pensée de l’inspirateur. En tout cas, c’est à partir d’un Ellul et d’un Charbonneau, ou encore d’un Hans Jonas que l’écologisme a sa chance de trouver les assises de sa légitimité.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 29 mai 2019.

Messages

  • Très bien vu et bien senti l’article de Gérard Leclerc sur l’idéologie écologique comme nouvel horizon de pensée et d’action... Je suis sensible aux "chances" et aux "dangers".
    Pour les dangers, Gérard Leclerc signale le manque de repères anthropologiques sérieux chez ceux qui s’en réclament. Des voix ne manquent pourtant pas qui s’emploient à rattacher une écologie digne de ce nom au respect essentiel et primordial envers l’intégrité de la personne humaine, dès sa conception particulièrement.
    Or c’est un fait que le courant idéologique majeur est porté par des gens à sensibilité de gauche, non seulement peu attentifs à cette donnée, mais qui militent pour inscrire le droit à l’avortement dans la loi européenne. Cette clause, par exemple, faisait partie du programme de M. Jadot.
    Si les chrétiens veulent prendre ce train en marche - et il est temps qu’ils le fassent - ils devront s’avancer forts de leur contestation et de leurs certitudes en plusieurs de ces domaines, ceux-là mêmes qui mobilisent précisément les adeptes de la manif pour tous, d’Alliance Vita et autres ONG pro-vie.
    Quant aux Républicains, ils ne présentent aucune homogénéité relativement à ces questions. M. Bellamy n’était pas entouré d’un grand nombre de catholiques qui l’auraient soutenu dans ce combat, lequel, il faut le reconnaître n’est pas le tout de l’engagement politique.

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.