Petites Sœurs des pauvres

« L’accompagnement des mourants est le sommet de notre mission apostolique  »

propos de Mère Isabelle recueillis par Aymeric Pourbaix

mercredi 3 juillet 2019

© Petites Sœurs des pauvres

Il y a dix ans, le 19  octobre 2009, Jeanne Jugan, fondatrice des Petites Sœurs des Pauvres, était canonisée à Rome. De manière exceptionnelle, les religieuses ont accepté de nous ouvrir leurs portes, à Paris et à la maison-mère de Saint-Pern, en Bretagne. Mère Isabelle est responsable de la formation des jeunes professes à Paris.

Le pape François parle beaucoup du rôle des personnes âgées, auprès des jeunes notamment. Quelle est votre expérience ?

Mère Isabelle : Jeanne Jugan nous invite à considérer la grandeur, la sagesse de nos anciens, leur dignité et la reconnaissance de leurs longues années de vie. Il est frappant que le pape François parle souvent du besoin de liens entre les générations. Il parle même de s’opposer à une «  culture du déchet  » qui laisse de côté les pauvres, dont font partie les personnes âgées. Lors du récent synode à Rome sur les jeunes et les vocations, il a souhaité une rencontre entre jeunes et anciens. Dans notre maison à Paris, de nombreux jeunes se proposent pour vivre un temps de service bénévole. Nous essayons que chacun trouve sa place dans la maison, une occasion pour les jeunes de découvrir et de vivre cette richesse de la relation avec les anciens.

Aujourd’hui, la mission des Petites Sœurs des Pauvres dans la société française auprès des mourants peut apparaître comme prophétique… ?

On semble occulter ou défigurer la réalité de la mort dans notre société actuelle, alors que la mort fait tellement partie de la vie de la maison, comme l’accomplissement de toute une vie, où l’on s’en remet dans un grand Mystère qui nous dépasse. S’il y a une vie après la mort ? Certains le nient, ne veulent pas y penser ; d’autres au contraire, en s’appuyant sur le témoignage des chrétiens en font leur espérance et savent qu’au-delà de la mort, il y a cette éternelle immersion en Dieu, dans «  l’océan de l’amour infini de Dieu  » (Benoît XVI, Spe salvi, 12).

Notre Règle de vie de Petites Sœurs nous dit que «  l’accompagnement des mourants est le sommet de notre mission apostolique  ». Il s’agit de vivre cette présence discrète, aimante, faite d’attention et de respect auprès de la personne qui meurt. Lui apporter les soins médicaux nécessaires pour soulager la douleur, être attentive à tous ses besoins y répondre au mieux. Être là. Il ne s’agit pas de programmer la mort comme certains le font, ou désireraient le faire. Il nous faut respecter le moment de la mort.

Ce moment est si important qu’il ne nous appartient pas et d’ailleurs nous ne pouvons pas en percevoir nous-mêmes la profondeur parce que nous ne l’avons pas vécu. Il sera un moment unique de notre vie. Nous aimons, c’est vrai, à être là au moment du «  dernier souffle  » de celui qui quitte ce monde, comme pour vivre cet instant du grand passage. C’est si simple en définitive : un moment riche de sens, d’humanité, de vie. Un mystère.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le magazine.

Messages

  • Cet entretien où les propos sont tenus avec humilité et en vérité reflète ce que signifie le droit dû aux mourants : respecter leur dignité. A lire absolument.

    Aux ténors du creux et tonitruant "Mourir dans la dignité" de se souvenir, avant tout, du droit de "vivre dans la dignité".

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