L’Église n’a pas besoin de réformateurs

par Gérard Leclerc

jeudi 28 mai 2020

Pauline Jaricot (1799-1862) et Charles de Foucauld (1858-1916).

« L’Église n’a pas besoin de réformateurs, mais de saints. » Cette phrase de Bernanos, elle est aujourd’hui d’une actualité brûlante et d’une vérité lumineuse. Je ne sais si l’auteur de Journal d’un curé de campagne a vécu une période aussi éprouvante que la nôtre pour l’Église, lui qui pourtant fut si souvent proche de l’agonie spirituelle. N’a-t-il pas aussi écrit de multiples façons que l’espérance n’était que le désespoir surmonté ? Et par ailleurs il y avait, en deçà de toutes ses colères et ses dégoûts, un sentiment invincible d’attachement à l’Église de son baptême. Une Église qui était celle des saints, en dépit de la multitude des pécheurs qui la composaient et de la forfaiture de ses responsables, tels ceux qui avaient fait brûler Jeanne d’Arc.

Il m’est arrivé ici de citer le cas de sainte Catherine de Sienne, qui est aussi docteur de l’Église, parce qu’elle a vécu au XIVe siècle, un moment de décadence morale sans doute pire que le nôtre, et que jamais elle ne désespéra de l’Institution dont elle ne cessa de dénoncer les vices. Peut-être pourrait-on à son propos nuancer la formule de Bernanos, car elle combattit aussi de toutes ses forces pour la réforme de l’Église. Mais cette réforme n’était pas d’abord de nature institutionnelle même si elle n’ignorait pas la nécessité d’un bon état de marche. Ainsi, pour elle, il fallait absolument que le pape revienne à Rome, depuis son exil d’Avignon. Ce qu’elle désirait d’abord, de toute son âme, c’est que l’épouse du Christ soit fidèle à sa vocation.

Nous apprenions hier la décision du pape François de procéder à la béatification de Pauline Jaricot. Cette apôtre chère au cœur des Lyonnais et qui s’inscrit si bien dans l’histoire de la capitale des Gaules, depuis sainte Blandine, saint Pothin et saint Irénée. Autre motif de joie pour nous autres Français, la canonisation tant attendue du bienheureux Charles de Foucauld, dont la conversion et la mystique ont tant compté, depuis le sacrifice de sa vie à Tamanrasset en 1916, à 58 ans. Il avait sans doute prévu cette mort, lui qui avait noté avec une saveur tout évangélique : « Quand le grain de blé qui tombe à terre ne meurt pas, il reste seul ; s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. » Voilà donc deux motifs pour nous réjouir et pour méditer. Pauline Jaricot, femme, laïque et missionnaire, voilà qui donne à penser à nos amis lyonnais, au-delà de toutes leurs épreuves.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 28 mai 2020.

Messages

  • Plusieurs vies conjuguées dans celle de Charles de Foucauld à la limite de l’incroyable.

    De son enfance contrariée par la mort de ses jeunes parents, devenu orphelin à 6 ans, élevé par un grand père "aimant et aimé" selon ses propres termes.
    Une enfance difficile et particulière dès lors.

    Un jeune militaire Saint Cyrien et à la jeunesse libertine et difficile !

    Tout ce qui peut se dire, se vivre et traverser les jeunes années d’un militaire hors norme, libertin à ses heures bien que, bien né dans une famille bien française, aux conventions bien affirmées.

    Un Charles à nul autre semblable, original et libre sans comparaison, habité d’une force intérieure qui côtoya la croyance et l’incroyance, la conversion et la passion spirituelle, les doutes et les certitudes !
    Un génie de l’âme, mêlé des tourments psychologiques d’une vie à peine possible.

    Géographe et aventurier en Algérie et au Maroc au péril de sa vie, il aura endossé bien des uniformes autres que ceux de l’armée pour poursuivre sa vie de quête inlassable de ses passions.

    Auréolé de couronnes et de reconnaissances universitaires de la Sorbonne et d’une carrière de géographe distinguée, Charles quittera une vie première chaque fois pour une nouvelle, totalement distincte des précédentes.
    De la Trappe, à l’ermitage, et à la vie solitaire de Tamanrasset un chemin intérieur immense parcouru par ce fils de la France insoumise aux aléas de l’histoire convenue et définitive.
    On devine la difficulté de ses supérieurs à suivre le chemin de vie d’un sujet de cette envergure.
    Jeune rien ne semblait le destiner à la sainteté, du moins celle qui semble la seule et unique voie bienséante, mais la divine et aimante Eglise qui n’abandonne jamais ses enfants prouve le contraire.
    On dut hésiter longtemps sur des parcours personnels rendus publics au fil du temps.
    Qu’importait donc, le puritanisme n’ayant jamais le dernier mot pour la grâce de foi, la canonisation future de Charles fait penser à un changement de monde en cours pour ceux qui douteraient encore des gratuités de Dieu pour ceux qui lui demandent des miracles toujours possibles dans leur vie !

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