sur Arte - Mercredi 20 février à 20h30

L’Église face aux scandales pédophiles

par Frédéric Aimard

jeudi 8 février 2018

Cette enquête sur l’institution catholique face à la pédophilie est réduite à 1 h 30. Ce n’est pas beaucoup car le présentateur a parcouru le monde et ne fait chaque fois qu’effleurer un vaste scandale. Mais cela paraît long à regarder parce que le constat est accablant : en Italie, aux États-Unis, en France, au Chili, en Argentine, en Australie..., l’Église n’a pas encore pris la mesure du scandale de la pédophilie en son sein.

Dans le diocèse d’Altoona-Johnston, en Pensylvanie, Marc Rozy s’est fait élire à la chambre des représentants de son Etat avec un seul objectif : obtenir la levée de la prescription qui protège les anciens pédophiles. Lui-même a été violé par un prêtre en 1984 alors qu’il avait 13 ans. Les enquêteurs ont retrouvé au siège de l’évêché les dossiers de 50 prêtres mis en cause dans des affaires de pédophilie et que l’Institution avait tenté de réhabiliter notamment par des traitements psychiatriques, mais sans jamais s’en remettre à la justice civile. Cela a été la cause de nombreuses récidives. De plus ce sont 250 prêtres du diocèse qui ont pu être mis en cause, soit un quart des effectifs. Même si toutes les accusations ne sont pas forcément étayées. Au Minesotta 850 affaires de prêtres pédophiles font actuellement l’objet d’enquêtes de police. En Californie, il y en a 1000. Aux Etats-Unis, quand la justice passe, il faut payer des indemnités parfois considérables aux victimes. On cite le chiffre de 3 milliards de dollars d’indemnités pour l’ensemble des diocèses américains. Quinze diocèses, qui ont été jugés responsables pour les crimes de prêtres pédophiles, sont d’ores et déjà en faillite. Les biens immobiliers peuvent être vendus. Les dépenses sont limitées à l’essentiel. Cela veut dire, par exemple, que toutes les œuvres caritatives comme des soupes populaires ou des foyers, voire des écoles catholiques sont menacées. D’autres diocèses sont dans le collimateur d’avocats spécialisés. La justice américaine poursuivrait bien le Vatican si elle pouvait. La bataille juridico-diplomatique a déjà connu quelques escarmouches.

Dans d’autres pays, rien n’est prévu pour indemniser les victimes. Or les crimes sont tout aussi graves. Le cas du père Nicola Corradi (82 ans) est emblématique. Il a sévi durant des dizaines d’années dans des Instituts pour enfants sourds-muets à Vérone en Italie et en Argentine dans les diocèses de Buenos-Aires et de Mendoza. On l’accuse de corruption de mineurs, de sodomie sur des enfants de 5 à 12 ans, d’actes de torture... Il avait des complices ou des émules parmi le personnel, un autre prêtre, une religieuse ont aussi été mis en cause. La police les a arrêtés et la justice argentine les poursuit. En Italie, la justice voudrait rouvrir les dossiers malgré la prescription. Depuis quand la congrégation gérant ces établissements était-elle au courant, les évêques, le Pape argentin lui-même ?

Ce reportage est déprimant parce que la thèse qui fait de la pédophilie dans l’Église un phénomène « systémique » est finalement convaincante, même si elle est loin d’être la seule concernée par ce type de criminalité. Ce que le reportage omet d’ailleurs de signaler.

Le reportage donne la parole à un jésuite médecin, Gerard J. McGlone, qui donne des explications psychologiques mesurées. Ça ne rassure personne de savoir que certains de ses patients semblent avoir une maturité psycho-affective bloquée à l’âge où ils ont eu leur vocation religieuse !


"La violence sexuelle est un abus de pouvoir"

Article paru dans Arte-magazine :

Malgré les promesses du pape François, les abus sexuels sur mineurs et le silence perdurent au sein de l’Église catholique, comme le montre un documentaire alarmant. Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef de La Croix et spécialiste du Vatican, y témoigne. Entretien.

Pourquoi tant d’abus sexuels au sein de l’Église ?

Isabelle de Gaulmyn : Le célibat n’est pas un problème en soi. Mais les prédateurs du clergé sont entourés de beaucoup d’enfants, d’où un effet de démultiplication : ils peuvent être à la fois prêtres, aumôniers de scouts, etc. Le problème réside en fait dans leur statut : ils sont placés au-dessus de tout le monde, dans un cocon, et ont tendance à en rester à une affectivité d’adolescent. À 18 ans, on leur dit : "Ne t’inquiète pas, tu as une relation spirituelle avec Dieu et ça suffit", et à 26, ils craquent. Les plus gros scandales surgissent dans les pays où le catholicisme reste très clérical, comme l’Irlande ou les États-Unis, et où les prêtres jouent un rôle important dans l’Église. Car la violence sexuelle est avant tout un abus de pouvoir.

En 2005, vous avez alerté le cardinal de Lyon Philippe Barbarin sur les rumeurs d’abus sexuels commis par le père Preynat. Que s’est-il passé alors ?

Il n’a rien fait. J’ignorais encore, quant à moi, jusqu’où était allé le prêtre. Mais je n’étais pas alors dans un processus d’alerte et je m’en suis voulu. Quand l’affaire a été révélée en 2015-2016 *, tout le monde à Lyon savait, des parents aux anciens enfants scouts. Nous étions tous enfermés dans un terrible silence, que j’ai raconté dans un livre **. Ce qui n’exonère pas l’Église de ses lourdes responsabilités.

Quel bilan, provisoire, tirez-vous de l’action du pape François, qui a parlé de "tolérance zéro" ?

S’il a instauré la commission pour la protection des mineurs, il a mis trop de temps à réagir à certains scandales, notamment en Amérique latine. Mais il ne peut tout contrôler. Comme journaliste qui a suivi le Vatican durant quatre ans, j’ai pu mesurer les limites d’une administration romaine réduite à 4 000 personnes et peu performante. Le Vatican ne peut s’ériger en police du monde catholique et de ses 1,2 milliard de croyants. L’Église ne change jamais d’elle-même. Seules les victimes la poussent à évoluer. Et l’institution catholique a du mal à considérer que les victimes la constituent aussi. Elle ne se préoccupe que des prêtres.

Comment jugez-vous l’action de l’Église en France ?

Elle a agi assez tôt, vers 2000, avec un grand rassemblement à Lourdes, puis des directives stipulant qu’il fallait dénoncer les prêtres coupables et ne pas les muter dans d’autres paroisses. Mais elle n’a pas poursuivi dans cette voie avec assez de rigueur. En outre, l’émergence de l’association La Parole libérée a été déterminante. La médiatisation de la parole des victimes en a encouragé beaucoup d’autres, dont certaines ont témoigné de faits très anciens. L’Église de France a alors dû faire face à tout ce qui avait été tu depuis soixante ans. Le travail, au moins, a été commencé. Ce n’est pas le cas, par exemple, des milieux sportifs, où règne l’omerta.

* Une action en justice est en cours.

** Histoire d’un silence, Seuil, 2016.

Propos recueillis par Pascal Mouneyres


Europe1 : Pédophilie : le dossier explosif d’un évêque chilien poursuit le pape

http://www.europe1.fr/international/pedophilie-le-dossier-explosif-dun-eveque-chilien-poursuit-le-pape-3567257


Aide soignant et diacre, condamné pour viol de patientes handicapées

http://www.ledauphine.com/france-monde/2018/02/08/un-aide-soignant-lourdement-condamne-pour-avoir-viole-des-patientes

Messages

  • Je pense que ce n’est pas sain de n’avoir pas d’épouse.Une sexualité non épanouie et la solitude affective, sont le terreau des déviances sexuelles.

  • « Je pense que ce n’est pas sain de n’avoir pas d’épouse. »
    ... Tant qu’on aura de la sexualité une conception aussi étriquée on n’évitera pas les déviances.
    Cela étant cet article et l’entretien sont préoccupants car il semble qu’on n’a pas encore pris toute la mesure du problème.
    Ce n’est pas le célibat qui est le problème : tout le monde est passé par la case célibat et quelle que soit l’orientation dans la vie les « problèmes » restent rares à l’échelle de la population générale. Le problème vient de facteurs qui ne sont pas la condition de célibataire mais la façon dont elle est assumée avant et le cas échéant quand on s’est engagé dans le célibat. Un accompagnement spirituel est la condition sine qua non de tenir la route. Mais mutatis mutandis c’est aussi valable dans la condition des époux. On se trompera toujours quand on fera de la sexualité un problème. Ce qui est hélas le cas de certaines conceptions de la psychologie et de la psychopathologie dont la centralité est la sexualité [je n’ose pas dire « le sexe »] .
    Sans une vie spirituelle fondée sur la lutte intérieure il n’y a pas d’issue possible.

  • « Je pense que ce n’est pas sain de n’avoir pas d’épouse. »
    ... Tant qu’on aura de la sexualité une conception aussi étriquée on n’évitera pas les déviances.
    Cela étant cet article et l’entretien sont préoccupants car il semble qu’on n’a pas encore pris toute la mesure du problème.
    Ce n’est pas le célibat qui est le problème : tout le monde est passé par la case célibat et quelle que soit l’orientation dans la vie les « problèmes » restent rares à l’échelle de la population générale. Le problème vient de facteurs qui ne sont pas la condition de célibataire mais la façon dont elle est assumée avant et le cas échéant quand on s’est engagé dans le célibat. Un accompagnement spirituel est la condition sine qua non de tenir la route. Mais mutatis mutandis c’est aussi valable dans la condition des époux. On se trompera toujours quand on fera de la sexualité un problème. Ce qui est hélas le cas de certaines conceptions de la psychologie et de la psychopathologie dont la centralité est la sexualité [je n’ose pas dire « le sexe »] .
    Sans une vie spirituelle fondée sur la lutte intérieure il n’y a pas d’issue possible.

  • L’église catholique , pour en venir à bout de ce problème, n’a qu’à ordonner des hommes mariés pour sa partie latine comme elle fait pour les catholiques de rites orientaux et comme le font les orthodoxes et tout le monde sera très gagnant, y compris les couples qui seront mieux compris par un curé qui a les mêmes problèmes qu’eux et aussi les enfants car leur curé sera aussi père de famille. Tout le monde sait que ce sont pour des question de droit successoral concernant les veuves et les orphelins que l’église latine a supprimé l’ordination des hommes mariés, mais aujourd’hui ceci a pour résultat d’avoir à traiter des problèmes gravissimes !!!! A remarquer que les curés s’attaquent davantage aux garçons qu’aux filles, pourquoi ?.

  • En reprenant exactement le même terme, à savoir "épouse", à chacun sa propre
    opinion du mariage qu’on se doit de respecter. Ce qui octroie le droit de donner un avis sur les questions soulevées.

    Dans le cas présent, une épouse est donc destinée à être disons le "réceptacle" idéal et légitime destiné à soulager enfin l’époux du poids d’une sexualité "non épanouie", et cette charmante et dévouée épouse est également indispensable pour pallier la solitude affective de son bonhomme. Voilà une conception très originale du rôle de l’épouse. Par respect de l’autre on ne va pas utiliser les terme, par ex. macho ou phallocrate pour désigner cette présentation du couple où tout est réuni pour le seul bien-être, dans tous les sens, du conjoint masculin.

    Quant à la théorie-passe-partout du célibat "terreau des déviances sexuelles" elle est contrée par le fait bien connu que lesdites "déviances sexuelles" peuvent aussi être, hélas, exercées dans le mariage sur l’épouse adorée.

    On en vient à devoir souligner une fois de plus qu’une épouse n’est pas une "Sexdoll" ou poupée gonflable pas plus qu’une tendre et raffinée dame de compagnie pour combler les "solitudes affectives". L’union d’une homme et d’une femme dans le mariage - en tous cas dans le mariage selon Jésus-Christ - n’entre pas dans le rayon du "tout confort" au masculin, c’est comme une aventure proposée à deux êtres complémentaires pour avancer et grandir ensemble.

    Non, franchement, on ne va pas reprendre ici sans la nommer la rengaine dite du "mariage des prêtres" brandie parfois au seul prétexte de les protéger de toutes les tentations. "Sérénade sans espoir" comme le dit une ancienne chanson.

    Il est temps d’arrêter cette cacophonie inachevée. Dont acte.

  • Les affaires de pédophilie ne concernent elles pas dans leur très grande majorité des cas de clercs homosexuels ? N’est ce donc pas, in fine, la question de l’admission au sacerdoce de prêtres à tendance homosexuelle qui a été trop longtemps ignorée ? Peut être que le politiquement correct empêche de le dire et de l’écrire car trop gênante, cette question, notamment dans l’EGLISE CATHOLIQUE, en un temps où des cardinaux et évêques reconnaissent le "bien" à l’oeuvre dans des unions entre personnes de même sexe ? ET où tel ou tel dominicain ou jésuite s’insurge contre le caractère peccamineux des actes homosexuels.....

  • Oui, le fond est celui de l’homosexualité, encore bien tabou.
    D’ailleurs beaucoup d’agressions concernent plus des adolescents, où tout jeunes adultes que des enfants.
    Les milieux masculins en totalité ou en grande part connaissent ce genre de difficulté. Voire les affaires ayant concerné des pompiers par exemple...

    Rappel, pour qui évoque le mariage-solution : la très grande majorité des actes pédophiles ont lieu dans les familles (papa, tonton, grand-père, cousin, ami des parents) : dans les prisons françaises on le sait.
    Parfois la maman complice par son silence est aussi incarcérée...
    Des pasteurs protestants mariés et pères ont connu cette incarcération pour pédophilie.
    Les instituteurs, et autres éducateurs convaincus de tels faits ne sont pas célibataires non plus, la plupart du temps.

  • Le message du 9 février 09:12 signé Claude affirme

    - que "Tout le monde sait que pour c’est pour des questions de droit successoral concernant les veuves et les orphelins que l’Eglise latine a supprimé l’ordination des hommes mariés....". Non, tout le monde ne sait pas. Voilà pourquoi, une telle affirmation qui échappe à la connaissance de beaucoup de monde ne pourrait être considérée qu’étayée par des documents officiels. Prière de bien
    vouloir les fournir pour éclairer la lanterne de bien d’ignorants ;

    - justification est apportée à la consécration d’hommes mariés par le fait que ceux-ci, ayant les mêmes problèmes que les couples et aussi les enfants les comprendront mieux puisque partageant la même condition. Questions au hasard : un médecin doit-il être atteint lui-même d’une maladie grave pour la déceler chez un patient, et le véto doit-il être atteint de la rage pour euthanasier le caniche enragé de la tata du coin ?

    - et enfin : "A remarquer que les curés s’attaquent davantage aux garçons qu’aux filles, pourquoi ?". Quand on est, semble-t-il, aussi bien renseigné sur tant de faits et méfaits concernant les prêtres, cette question - façon devinette - parait étrange. D’autre part, comment ça "les curés s’attaquent ... aux...". Le curé de notre paroisse ne s’est à ce jour attaqué à personne, pas plus que celui qui dessert la paroisse des parents du voisin, etc... Ecrire "les curés s’attaquent..aux... est une accusation très grave puisque lancée de manière globale sur une question qui ne saurait être traitée à la légère.

    - Quant à "l’Eglise catholique pour en venir à bout de ce problème, n’a qu’à...". Voilà, on dirait, la solution à laquelle personne n’aura pensé. Faire suivre...

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