Coronavirus

L’Église face à l’épidémie

par Gérard Leclerc

lundi 2 mars 2020

Saint-Louis ensevelit les pestiférés.
© Pascal Deloche / Godong

L’épiscopat français a donné des consignes pratiques que l’on pourrait dire d’hygiène, afin de protéger les fidèles des risques de contagion du coronavirus dans les églises lors des messes. Certains s’en sont émus, ne trouvant pas admissible, par exemple, que l’on interdise la communion dans la bouche. Que dire alors des protestations qui s’élèvent contre la suppression pure et simple de la liturgie dans certaines régions en Italie, et pour ce qui concerne la France dans le seul diocèse de Beauvais qui recouvre le département de l’Oise ? Il s’agit là, me semble-t-il, de la mise en conformité avec les consignes officielles qui, en l’espèce, constituent des ordres. De très bons amis s’associent à ces protestations, scandalisés que l’institution ecclésiale ne marque pas sa différence, d’autant qu’il y a des exceptions aux interdits officiels, telle celle des supermarchés !

Quelqu’un qui représente une solide autorité morale dans le monde catholique, Andrea Riccardi, fondateur de la célèbre communauté Sant’Egidio, s’est particulièrement distingué par la radicalité de son propos, qu’il argumente d’une façon qui ne peut nous laisser indifférents : « Les Églises ne sont pas seulement un “rassemblement” à risque, mais aussi un lieu de l’Esprit. Une ressource en des temps difficiles, qui suscite de l’espérance, qui console et qui rappelle qu’on ne se sauve pas seul. Je ne voudrais pas remonter à Charles Borromée en 1576-77, l’époque de la peste à Milan (épidémie bien plus grave que le coronavirus et combattue alors à mains nues), mais en ce temps-là on visitait les malades, on priait avec le peuple et on faisait une procession pieds-nus et en nombre pour la fin du fléau. »

J’ai moi-même évoqué l’exemple d’un autre grand évêque, Mgr de Belsunce qui eut, durant l’épidémie de la peste à Marseille en 1720, une attitude aussi héroïque que celle de saint Charles Borromée à Milan. Certes, le contexte actuel est très différent de ceux du XVIe et du XVIIIe siècle. Nous disposons heureusement d’armes plus efficaces contre la contagion et la maladie, et sommes soumis à des contraintes sanitaires étatiques qui s’imposent à tous. Mais il me semble qu’il y a quelque chose à retenir de la protestation d’Andrea Riccardi. En période difficile, une différence chrétienne doit s’affirmer qui met en évidence l’autorité et l’efficacité supérieures du spirituel.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 2 mars 2020.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Convaincre les réfractaires de nos assemblées qui doutent ou supputent la presse des autorités sanitaires pour un danger qui ne semble être le leur.

    Veiller à ne pas se couper de nos communautés prétextant le risque de contamination et de transmission du virus.

    Ne pas s’isoler à l’heure où la solidarité personnelle et spirituelle impose le choix de la fraternité à celui de l’individualisme.

    Penser l’autre que soi.

    Observer le suivi personnel des plus vulnérables dont le réflexe pourra être l’isolement de peur et d’inquiétude face aux informations les plus délétères qui circulent dans les réseaux sociaux et les fake news.

    Etre soi même et attaché à la proximité au quotidien dans une vie où les précautions prises ne sont pas des arguments satisfaisants à la vie sociale partagée.

    Tout cela semble le décalogue de l’adversité faute de mieux mais ne doit satisfaire les craintes avérées ou imaginées que l’on se sauvera seul, si par cas les circonstances imposaient des précautions plus larges qui pour l’heure ne sont pas de mise.

  • Il faut distinguer le service de nos frères souffrants qui est impératif des conduites à risque. On peut citer l’exemple de Charles Borromée mais aussi celui de Frédéric Borromée qui fut cardinal à Milan dont l’histoire est racontée par Manzoni dans "Les Fiancés"« Soyez disposés à abandonner cette vie mortelle plutôt que cette famille qui est la nôtre, que ces enfants qui nous appartiennent ; allez avec empressement, avec amour, au-devant de la peste comme à une récompense, comme à une vie nouvelle, toutes les fois qu’il y aura une âme à gagner à Jésus-Christ[122] » mais sans oublier ce qui suit :(le cardinal) « ne négligea pas les précautions qui ne l’empêchaient point de remplir son devoir ; il donna même à cet égard des instructions et des règles à son clergé ; mais en même temps il ne s’inquiéta jamais du danger et ne parut pas même y prendre garde, lorsque dans le bien qu’il allait faire le danger se trouvait sur ses pas. (de « Les Fiancés » par Alessandro Manzoni). Le don de soi-même et les précautions ne sont pas incompatibles :elles distinguent le comportement irresponsable de la vraie charité chrétienne.Pour rappel de l’évangile, il pleut (des virus) sur les bons comme les méchants.

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