De la peste au coronavirus

par Gérard Leclerc

mardi 28 janvier 2020

Vue du Cours Belsunce pendant la peste de 1720, Michel Serre (1721).
CC by-sa : Rvalette

L’épidémie de coronavirus domine toute l’actualité, même en France. Tous les moyens d’information sont mobilisés pour nous donner le maximum de renseignements sur la maladie et les stratégies propres à s’en prémunir. Mais il n’y a pas que les États à être en cause. Tout le corps social se doit de réagir.

Impossible d’échapper à l’épidémie de coronavirus qui a explosé en Chine et dont on redoute qu’elle s’étende à l’ensemble du pays et au-delà de ses frontières. Mais que dire d’un tel fléau, sinon qu’on est obligé de faire confiance aux autorités médicales compétentes pour en limiter les effets ? L’on souhaite aussi que les autorités politiques soient à la hauteur de l’enjeu en organisant les forces disponibles et en prenant les mesures nécessaires en faveur du bon ordre des populations menacées. Et à propos de la Chine, on se demande d’emblée si le régime communiste, en vertu de la centralisation qu’il impose et de l’encadrement rigoureux qui est le sien, se trouve à même de faire face. Nos éditorialistes sont circonspects, plus que Donald Trump qui félicite du travail accompli. La poigne de fer du président Xi Jinping n’est pas seule en cause. Les structures provinciales ont-elles tardé à transmettre de mauvaises nouvelles à l’empereur rouge, se demande Le Figaro. Le Monde s’inquiète d’un système rigidifié qui réduit comme une peau de chagrin l’espace alloué à la critique et à la contestation.

Aussi loin que remontent nos souvenirs historiques, il apparaît que le rôle de l’autorité centrale ou locale est capital dans la maîtrise d’une épidémie. Il y a longtemps que l’utilisation de l’armée s’est avérée indispensable pour garantir un cordon sanitaire. Mais on se doit aussi de s’interroger sur l’attitude des populations elles-mêmes, sur les chaînes d’entraide qui se constituent de proche en proche. Nos amis marseillais font toujours mémoire de la belle figure de Mgr de Belsunce. Lors de la Grande peste de Marseille en 1720, il fut héroïque, non seulement par son dévouement auprès des malades, mais aussi pour son rôle de pasteur sachant galvaniser le peuple qui lui était confié par des gestes spectaculaires. Albert Camus s’en est souvenu dans son fameux roman intitulé précisément La peste. Plus tard, au XIXe siècle, son successeur, Mgr de Mazenod (canonisé par Jean-Paul II), se montra aussi exemplaire en luttant contre le typhus.

De tels exemples valent-ils pour aujourd’hui ? Sans doute, parce que face à pareille menace, les individus ne sont pas des atomes séparés. Ils se doivent un mutuel secours et ont besoin de figures ou de personnalités proches pour défier le fléau qui s’abat sur la cité.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 28 janvier 2020.

Messages

  • Une illustration en vérité et dans les faits de l’urgence d’une écologie intégrale qui protège l’homme et sa survie de l’espace public de sa vie.

    Les épidémies passées qui décimèrent l’humanité sont dans les récits historiques particulièrement du Moyen Age.
    La grippe espagnole dans nos régions du sud, la peste, et bien davantage de propagation mortifère furent dans le souvenir de nos anciens.

    On en craignait les effets, ils étaient sans appel.

    L’humanité moderne préservée le croyait-on de tels risques a connu la syphilis, le sida, et d’autres affections.
    On les pense localisées dans les pays du sud de l’hémisphère.
    Ils accèdent à nos terres par le déplacement de populations nomades et migrantes.
    La peur et l’angoisse nourrissent des imaginaires prompts à diffuser des nouvelles, fakes et vraies
    La solidarité civile des populations s’impose par défaut et protection.
    Dans un individualisme forcené on prend la mesure des risques potentiels et réels de la chose.

    La parole publique des responsables et de chaque citoyen devient pressante.

    Qu’en diront les familles spirituelles et religieuses ?

    Leur engagement est vital, légitime et nécessaire.
    L’Eglise a nourri dans le passé sa noria de congrégations religieuses engagées pour sauver les vies humaines menacées.
    Elle le fait encore aujourd’hui dans les pays dits émergents, qu’en sera-t-il des nôtres ?

    On le pense.
    La technicité et la compétence des professionnels de santé a besoin de relais humains dans ce déploiement de bonnes volontés charitables.
    La charité, ce vilain mot archaïque prend de la valeur et de la densité.

    Il ne suffira donc plus de porter le masque des pompiers du feu sanitaire.
    Il y faudra du cœur et du vouloir faire pour aider, entourer et protéger la vie constante et ambiante des populations.

    Qui l’eut pensé il y a peu ?

    On croyait l’humanité sauve et délivrée de ces maux masqués de toute vie.

    L’écologie humaine et naturelle sont imbriquées pour le temps à venir.

    Au nom de toute vie, pour la vie et pour l’histoire de demain qui se dessine désormais avec des contraintes sanitaires inattendues, indésirables et dangereuses !

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.