L’Église entre deux tours

par Gérard Leclerc

lundi 24 avril 2017

Olivier Ribadeau-Dumas, porte-parole de la Conférence des évêques de France, a publié un communiqué pour rappeler les fondamentaux que l’Église catholique propose afin d’aider au discernement des fidèles en matière politique. Ce document a peu de chances de retenir l’attention des médias, dans le climat de l’entre-deux tours de l’élection présidentielle, parce qu’il ne prend pas position en faveur de l’un des candidats. Certains le regretteront peut-être, mais ce n’est pas notre cas. La parole ecclésiale dans l’ordre civique n’a d’autorité que si elle maintient une stricte indépendance des évêques par rapport aux jeux partisans. Identifiée à un camp politique, l’Église ne serait plus reconnue comme instance respectueuse de la séparation du spirituel et du temporel. Et même de l’autonomie du politique, telle que l’a reconnue le concile Vatican II.

Certes, il peut arriver, au cours des temps, que tel choix présente un caractère crucial et impératif, qui détermine l’autorité spirituelle à condamner certaines orientations désastreuses ou un processus totalitaire. Mais dans le cadre d’un État de droit, où l’essentiel des libertés fondamentales est garanti et où l’objection de conscience est reconnue dans l’hypothèse d’un grave conflit de devoirs, l’Église, selon les normes fixées à Vatican II et qui tiennent compte des conditions modernes d’exercice du pouvoir et du consentement des citoyens, se doit de respecter scrupuleusement le choix de ces derniers.

Il est vrai que la question des migrants, à propos de laquelle le pape François ne cesse d’interpeller les nations européennes, au nom de la solidarité qui doit s’exercer en faveur des plus pauvres exposés à la persécution, à la faim et même à la mort, constitue une objection incontournable eu égard à l’intransigeance de Marine Le Pen. Mais c’est précisément l’indépendance du spirituel qui lui permet d’opposer une injonction morale et évangélique à une candidate. Cela vaut aussi pour Emmanuel Macron, qui est très loin de répondre, avec son propre programme, à toutes les exigences du bien commun et de l’éthique sociale. Au-delà de la période électorale, il serait souhaitable que tous les enjeux les plus fondamentaux rappelés par Mgr Ribadeau Dumas soient examinés avec tous les intéressés. Nous souffrons trop, même à l’intérieur de l’Église, de la persistance de bastions incommunicables entre eux. 

Photo : Olivier Ribadeau-Dumas.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Une étude détaillée a été faite par ALLIANCE VITA sur les positions respectives des candidats au regard des questions de bio-éthique, formant ici le premier pilier de la Doctrine Sociale de l’Eglise.
    Les résultats sont sans appel : cf. http://presidentielle2017.alliancevita.org/
    Marine LEPEN est beaucoup plus proche de la D.S.E. (et encore, sur la question de l’avortement, la position de Marine est moins idéologique que tactique). Alors que MACRON ne "coche" aucun critère, au point qu’on peut le dire totalement opposée et même ennemi de la D.S.E.
    La conclusion est claire : seul le vote Marine est compatible avec la D.S.E. Autrement dit, un catholique (ou plutôt un homme moral et de bonne volonté) doit s’interdire de voter Macron. S’il le fait en connaissance de cause, c’est un péché grave.
    En écrivant cela, on ne pousse pas l’Eglise à prendre parti : au contraire, la DSE est connue depuis longtemps, indépendamment de cette élection. Ce sont aux candidats de se positionner envers la DSE, afin de se présenter devant les électeurs pour que ceux-ci jugent en conscience.

    Cher Gérard Leclerc, j’aimerais vous entendre sur ce sujet (car vos arguments à la fin de cet article sont si peu convaincants... d’autant que le pape François est revenu en partie ces temps-ci sur ses tirades irresponsables des mois derniers). Laissez la langue de buis à l’orfèvre ORD. Tenez nous un langage clair et franc, un langage à la Péguy...

  • @Julien,

    J’ai bien peur que vous n’ayez pas votre réponse, je n’ai jamais vu M. Leclerc participer aux commentaires ...
    Cela dit, je suis entièrement d’accord avec vous, et je suis attristé une fois de plus par l’attitude de la CEF (http://www.eglise.catholique.fr/espace-presse/communiques-de-presse/438036-elections-presidentielles-leglise-redit-son-role-et-rappelle-ses-fondamentaux/) , qui, elle en premier doit nous tenir un langage ferme (voir mon commentaire sur un autre article de Gérard Leclerc (https://www.france-catholique.fr/La-morale-en-otage.html). En certaines circonstances, ils doivent donner des consignes de vote aux catholiques, ils sont censés être des guides spirituels pour des catholiques confrontés à un choix décisif.
    Question à M. Leclerc (s’il lit les commentaires) : êtes-vous vraiment obligé d’écrire tous les jours ?

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