Chemin de fer

L’Église a-t-elle pris le train en marche ?

par Bernard Plessy

mercredi 10 juillet 2019

À l’heure des grandes transhumances de l’été, la question est d’actualité : comment l’Église a-t-elle reçu cette grande invention qu’est le chemin de fer ?

En ce début de XIXe siècle, que penser de la vapeur, force motrice, et de son application sur rail : le chemin de fer ? La question n’est pas banale. Depuis les origines, l’homme n’avait jamais connu que la vitesse du cheval. Des 16 à 18 km/h du galop, il passe soudain à 35 km/h dès la première ligne, et atteint bientôt les 100 km/h. À quoi s’ajoute la nouveauté du transport de masse : le 8 mai 1842, le train Versailles-Paris, voué à un effroyable accident, transportait plus de 750 personnes en 17 voitures. Vitesse, distance, nombre : l’homme échappe soudain aux limites de la nature, et semble conquérir une liberté nouvelle. Devant une telle mutation, l’Église avait-elle son mot à dire ? Et lequel ?

Le progrès et la charité

Le chemin de fer eut aussitôt ses fervents et ses détracteurs, selon l’éternelle pente des esprits : pour ou contre le progrès. Les catholiques furent, semble-t-il, en majorité dans le camp des adversaires. Mais ils ne sont pas toute l’Église. Plus intéressant est le cas de Lacordaire, qui dans son Sermon sur la charité, prêché à Notre-Dame le 28 décembre 1835, s’en prend à ceux qui pensent que le progrès rend inutile la charité. «  Ils disent qu’en fabriquant beaucoup, en établissant des manufactures à l’infini, des chemins de fer, que sais-je ? ils parviendront à secourir tous ceux qui ont besoin de quelque chose… [Dieu] leur a infligé un bien sanglant et bien éclatant démenti ; Il a fait croître la misère où ils ont fait croître et pulluler leurs machines ; Il a livré les pays d’industrie à un spectacle de misère que les peuples les plus pauvres, qui labourent péniblement la terre, n’ont jamais donné… Serait-il donc possible que l’industrie ne fît qu’enrichir quelques-uns pour appauvrir le plus grand nombre, que l’industrie ne fût qu’une nouvelle force qui accablât davantage la faiblesse ?  »

Réquisitoire

Comment ne pas voir dans ces lignes un sévère réquisitoire contre la doctrine saint-simonienne [le progrès technique assurera le bonheur de tous], au nom d’un argument authentiquement chrétien, qui annonce l’encyclique Rerum novarum (1891) de Léon XIII, sans toutefois s’en prendre au chemin de fer en soi, mais à ses effets possibles. Et le chemin de fer va son train, si l’on ose dire, les lignes se développent, les esprits s’apaisent. L’Église quant à elle suit le mouvement. L’accident de Versailles aurait pu déclencher l’anathème. L’archevêque de Paris adressa aux curés du diocèse un mandement pour les inviter à dire des messes pour le repos de l’âme des victimes, mais s’abstint de toute critique à l’égard du chemin de fer.

Retrouvez l’intégralité de l’article dans le magazine.

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