Un vieux dossier, encore actuel

L’Eglise Epouse, une question délicate pour l’Année de la foi

par Natalia Bottineau

vendredi 12 juillet 2013

Un nouvel évêque a été nommé. Bienvenue au nouveau pasteur et que le Seigneur bénisse son ministère au service du bon peuple de Dieu qui est au cœur de l’Afrique.

Un évêque africain nommé en Afrique est le signe de la vitalité d’une Eglise dont la richesse spirituelle et culturelle a été donnée en exemple au monde par Benoît XVI lors de ses voyages sur ce continent.

C’est justement pour cela qu’en même temps que mes voeux sincères au seuil de sa nouvelle mission, je voudrais ajouter un souhait : que le Bon Pasteur que le Saint-Père vient de donner aux brebis du Seigneur soit revenu sur certaines de ses positions du début des années 2000.

La vraie honte, le péché

Sur un sujet très délicat, celui de prêtres qui abusent de religieuses, notamment en Afrique. Mais pas qu’en Afrique, hélas. Ce dossier brûlant est arrivé à la Congrégation pour la vie consacrée.

J’ai, à l’époque où des cas sont apparus dans la presse, recueilli un témoignage direct d’une religieuse tout à fait fiable à ce sujet.

Des religieuses américaines ont tiré le signal d’alarme mais leur prise de position, idéologisée, j’en conviens, n’a pas été reçue. On a vu dans cette dénonciation une attaque contre l’Afrique, une Afrique méconnue et peut-être pas vraiment aimée. Les pays colonisateurs d’hier et d’aujourd’hui ne peuvent pas se poser en donneurs de leçons sans provoquer des réactions viscérales bien compréhensibles.

Il faut aimer l’Afrique, mosaïque de peuples et de cultures, il faut aimer l’Eglise qui est en Afrique, pétrie d’histoires héroïques et de sainteté, pour oser faire l’ombre d’un reproche. Or il n’est pas question ici de faire des reproches, mais de demander des mesures de prévention sérieuses.

L’article du National Catholic Reporter, nourri par le dossier des religieuses, signé d’un vaticaniste bien connu qui ne parle que sur preuves comme John L. Allen et de Pamela Schaeffer, date du 16 mars 2001. Un éditorial du Tablet du 24 mars 2001 est aussi cité. Veille histoire direz-vous.

Alors à Rome, le futur archevêque avait riposté de façon indignée, en anglais, soulignant la honte qu’un tel article jetait sur tout le clergé d’un continent sans distinction. Et on comprend bien son indignation.

On se souvient que les articles sur la pédophilie ont provoqué un soupçon généralisé sur tous les prêtres catholiques : on sait la douleur des prêtres accusés faussement, les conséquences de ces accusations, le poids du soupçon.


Repentance et réparation

Mais on sait aussi le poids du silence sur les vrais coupables et la souffrance des victimes jusqu’à ce que le pontificat de Benoît XVI révèle que le pape doux et humble, courtois et d’une charité exquise, était bien le Panzer Kardinal décrit par certains au début de son pontificat : un Panzer Papst contre le péché ! Et le péché qui scandalise le plus le peuple de Dieu : le péché de prêtres sur des enfants innocents. Lois dures, sans prescription, ordre de dénoncer les coupables devant les tribunaux civils, de lever toute omerta, démission — consentante ou forcée — d’évêques incapables de gérer la crise, gestes de repentance, dialogue avec les victimes partout où c’était possible. Emotions et larmes lors de ces rencontres historiques.

Benoît XVI n’en a pas moins rappelé que la majorité des prêtres sont impeccables et après les victimes et leurs familles, les prêtres eux-mêmes souffrent du péché de leurs confrères.

Mon vœu serait que l’on renonce aussi à l’attitude effroyable qu’on a eue autrefois face aux accusations de pédophilie quand il s’agit des religieuses maltraitées par des prêtres : pourquoi s’indigner des conséquences d’un article au lieu de s’indigner des conséquences du péché des hommes, nos frères en Eglise.

Il y aurait lieu de demander publiquement pardon pour ceux qui s’en rendent coupables, tout en louant publiquement le clergé impeccable, qui est lui même offensé… pas par l’article, mais par ce comportement de leurs confrères.

S’il n’y a pas de condamnation ferme de ces comportements, humble repentance et gestes de réparation, on n’en sortira pas. On rêve que le même zèle qui conduit à prévenir les crimes contre les enfants se déploie de façon décisive pour prévenir et punir les crimes contre les religieuses — qui sont parfois encore des enfants ! —, quel que soit le continent, le pays ! L’abus de pouvoir s’ajoute au crime. Et la préméditation. Avec elles, pas de danger d’attraper le sida, disent les violents, excusez cette incise, mais c’est aussi de cela qu’il s’agit !

Mais il y a plus encore. La vie consacrée est le cœur porteur de la vie de l’Eglise et un seul prêtre qui offense l’Epoux invisible de ces religieuses commet un si grand péché que toute la vie de l’Eglise en est atrophiée. C’est une offense faite à l’Epoux céleste et pas seulement aux sœurs.

L’Epouse du Christ

Quelle conception de l’Eglise a-t-on lorsqu’on agit comme si l’Epoux divin n’existait pas ? Car ces sœurs se sont données totalement à Dieu. Pas à une ombre, à un fantôme. C’est de l’athéisme pratique. Les enfants du catéchisme ont plus de foi. En cette année de la foi, il est urgent d’enseigner avec le Concile Vatican II la foi dans le Christ Epoux de l’Eglise.

L’Eglise Epouse, c’est le plus beau nom de l’Eglise disaient les jeunes au terme de leur réflexion sur l’Eglise pour la rédaction du "YouCat". L’Eglise Epouse, dont les religieuses, les femmes consacrées du monde entier, sont un signe précieux, incarné, au cœur du Peuple de Dieu. Un joyau auquel on devrait trembler d’oser toucher, de peur d’être foudroyé par l’Epoux divin comme par l’Arche de l’Alliance. C’est, avant d’être une question de moeurs, bel et bien une question de foi. Que le Seigneur console ses épouses bien-aimées. Car souvent, la seule consolation ici-bas vient de l’enfant qu’elles portent comme des mères-courage.

Le futur archevêque cite la demande de pardon de Jean-Paul II pour le racisme et les discriminations. Il attend une repentance de l’Occident par rapport à l’Afrique. Le chapitre serait long. Il a bien raison. Mais ce même 12 mars 2000 en la basilique Saint-Pierre, le saint pape a aussi demandé pardon pour la façon dont des membres de l’Eglise ont offensé les femmes au cours des siècles… On ne peut citer cette demande de pardon sans se souvenir de tous les passages de cette repentance publique, solennelle, pour entrer dans le IIIe millénaire et la Nouvelle évangélisation libérés du poids du péché des siècles.

Cette journée du pardon avait pour sixième intention, lors de la célébration à Saint-Pierre, la "confession des péchés qui ont blessé la dignité de la femme et l’unité du genre humain". Elle a été prononcée par un cardinal africain, justement, le cardinal Francis Arinze, du Nigeria, alors président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux :

"Prions pour tous ceux qui ont été offensés dans leur dignité humaine et qui ont vu leurs droits bafoués ; prions pour les femmes trop souvent humiliées et marginalisées, et reconnaissons que les chrétiens, par diverses formes de consentement, s’en sont, eux aussi, rendus coupables."

Que la souffrance vécue par l’Eglise en Afrique ne l’aveugle pas sur les péchés de ses membres.

Une réaction très équilibrée du Vatican a accueilli la publication du dossier, en mars 2001, et en français, l’agence Zenit l’a publiée (http://www.zenit.org/fr/articles/vie-consacree-religieuses-victimes-d-abus-sexuels-enquete-du-vatican).

Mais tant que la repentance ne sera pas effective — demande de pardon et une forme de réparation —, tant que la prévention ne sera pas mise sérieusement en place, et que les supérieures des sœurs ne les protègeront pas davantage des puissants, tant que les évêques ne s’inquiéteront pas de voir leurs prêtres voyager pour poursuivre leurs victimes, jusqu’à Rome, la question restera comme une épine douloureuse dans le flanc de la bien aimée Eglise-Epouse du Christ. Empêchant l’élan de la Nouvelle évangélisation de porter tous ses fruits.

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