« L’Arche part à 8 heures » : L’effet pingouin.

par Aymeric Nollé

mardi 10 avril 2012

Chaleureusement saluée au dernier festival off d’Avignon, « L’Arche part à 8 heure » lève l’ancre jusqu’à la mi-mai au théâtre du Petit Saint Martin (Xe) à… 19 heures ! L’argument : un troisième pingouin embarque clandestinement au nez et à la barbe de Noé ! S’ensuit un déluge de poésie drolatique, pour une fable subtilement théologique et très rafraîchissante.

On connait « l’effet papillon » : un simple battement d’aile à l’autre bout du monde peut déclencher un cataclysme aux antipodes. Mais que dire de « l’effet pingouin » ? A bord de l’Arche de Noé, qui doit s’ébranler à huit heures précises, déjouant la vigilance scrupuleuse de la Colombe, un couple de pingouins parvient à faire embarquer un troisième larron, compagnon de banquise et de galère. Alors que le Déluge menace, ce dernier, usé par les frimas et l’ennui d’un horizon glacial, en est venu à douter de l’existence de Dieu, lequel, aux dires de ses compagnons, n’a qu’un tout petit défaut : être invisible ! Leur quotidien morose et blanc consiste à se pelotonner les uns contre les autres pour se tenir chaud ou à se disputer, au prétexte qu’ils puent le poisson, « parce qu’il faut bien faire quelque chose » ! Le ton est donné, à la fois poétique et burlesque, percutant, sans être caricatural.

Créée au théâtre Jean Vilar à Suresnes en avril 2011, l’Arche s’est taillé un beau succès d’estime au festival off d’Avignon. Avec des moments chantés qu’on doit à Antoine Akakpo, cette comédie imaginée par l’allemand Ulrich Hub, montée vingt-deux fois l’année de sa création, continue d’obtenir outre-Rhin un succès jamais démenti. C’est ce qui a poussé Micha Herzog, comédienne formée au conservatoire de Berne et depuis 2007 à la tête de la compagnie des Entre-parleurs qu’elle a créée, à traduire, adapter et mettre en scène cette joyeuse fable théologique. Inspirée d’un des mythes les plus anciens de l’histoire de l’Humanité, cette comédie revisite le Déluge : quarante jours et quarante nuits de pluie afin de noyer toute vie sur la Terre pleine de violence. A l’exception, bien sûr, de Noé et de ses fils accompagnés d’un couple de tous les animaux embarqués dans l’Arche.

Mais comment se réjouir d’échapper au néant en laissant derrière soi son meilleur ami, même s’il s’agit d’un grincheux mécréant ? Ne pouvant s’y résoudre, nos pingouins vont explorer, à fond de cale, la panoplie contrastée des sentiments humains et des problématiques théologiques, sans jamais se départir d’un ton à la fois simple et plein d’humour décalé. Décalés aussi, les costumes — trash et déjantés — qui identifient nos palmipèdes amphibiens à un trio de SDF en goguette contrastant avec la vaporeuse colombe, affairée et directive, chargée de faire régner l’ordre parmi les lions, les antilopes et les girafes souffrant du mal de mer ! Quant aux comédiens qui campent ce quatuor improbable, ils prêtent leur jeu à la fois naïf et second degré à une mise en scène efficace qui compense une économie de moyens par de belles trouvailles scénographiques. Si les passages chantés paraphrasent le récit, injectant blues, rock et reggae, ils ajoutent au charme et renforcent la dimension ludique de ce conte philosophique auquel, des adultes aux enfants, en passant par les ados, chacun sera sensible. C’est peut-être ça la magie de « l’effet pingouin ».

http://www.ticketac.com/spectacles/l-arche-part-a-8-heures.htm?gclid=CKWO7aH1qa8CFWwntAod2yRkXA

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