L’Algérie française reconstruite ?

par Gérard Leclerc

mercredi 19 février 2020

Il est des sujets que l’on aborde avec trop d’assurance alors qu’ils sont d’une complexité terrible. Celui du « séparatisme » que j’ai abordé hier, puisqu’il était dans l’agenda du président de la République, en fait partie. Et il n’est pas évident que nous autres commentateurs de l’actualité au jour le jour possédions toutes les clés nécessaires pour le travail de discernement que je me permettais pourtant de préconiser hier. Ce n’est pas faute d’efforts pour s’informer. C’est ainsi que je me suis référé au récent ouvrage de Pierre Vermeren intitulé Le déni français (Albin Michel) et qui traite de la façon la plus sérieuse des relations franco-arabes. Car c’est bien le type d’interlocuteur qu’il conviendrait d’inviter sur nos plateaux, lorsqu’on parle des problèmes d’intégration et des risques de séparatisme de certains de nos quartiers.

L’apport d’un Vermeren est d’abord factuel. Avant toute discussion sur la laïcité, l’islam, le communautarisme, il nous place en face de réalités massives : « La société communautaire et multiculturelle de l’Algérie française a été reconstruite de toutes pièces sur le territoire national », nous assène l’historien. Et c’est déjà – que l’on me pardonne ! – un sacré coup de boule qu’il nous inflige. Mais la suite n’est pas mal non plus : « Cela a pris cinquante ans mais, comme en 1950 quand l’Algérie était intégrée à notre territoire administratif, la France compte aujourd’hui 20 % de naissances d’enfants musulmans selon l’INSEE en 2018, et 20 % de ses soldats sont musulmans. »

L’historien tranche brutalement là où règne un débat entre démographes. Et aussi entre politiques qui se disputent sur la notion de « grand remplacement ». Avant toute discussion à propos d’islamophobie, il y a cette réalité nouvelle, historique, d’un monde musulman qui s’est installé chez nous et dont beaucoup ont cru, un peu trop facilement, qu’il s’intégrerait assez vite dans l’ensemble national. Ce n’est pas le cas, en dépit de toutes nos bonnes volontés. L’Islam constitue un univers religieux, différent au possible du christianisme. C’est un tout culturel, social, politique tout autant que religieux. Par ailleurs, cette immigration ne saurait se séparer des pays du Maghreb dont elle provient en majorité. Pays qui connaissent d’énormes difficultés dont nous subissons les effets. Sans partir de telles réalités, aucun discernement n’est possible.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 19 février 2020.

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