Emmanuel Macron en guerre contre le séparatisme

par Gérard Leclerc

mardi 18 février 2020

© Pascal Deloche / Godong

Les actuels péripéties parisiennes ne sauraient cacher les grands problèmes qui se posent de façon permanente aux politiques. Parmi ceux-ci, les difficultés posées par l’immigration et l’intégration des populations venues d’ailleurs. Emmanuel Macron se rend aujourd’hui à Mulhouse pour prononcer un discours sur les moyens propres à juguler ce qu’on appelle maintenant le séparatisme. Le mot exprime bien ce qu’il veut dire. Il y a danger de sécession de quartiers entiers par rapport aux lois de la République. Et certains maires sont accusés de pactiser avec les islamistes pour assurer leur pouvoir, en partie parce qu’ils n’ont pas le choix.

Tous ne sont pas d’accord avec une attitude offensive à l’égard de ce phénomène. Le Monde se fait l’écho direct d’une protestation véhémente de la part de ceux qui craignent qu’on aboutisse à une stigmatisation des musulmans qui n’arrangerait rien. Un profond sentiment de malaise, de colère et d’injustice, explique le quotidien, se développe dans les quartiers populaires où les gens s’estiment victimes d’un amalgame insupportable. Mais la discussion fait rage entre ceux qui prônent une stratégie d’inclusion et ceux qui dénoncent la naïveté des organisations humanitaires, voire religieuses à l’égard d’un phénomène gravissime.

L’Église catholique elle-même se trouve mise en accusation par sa trop grande bienveillance, encouragée par le pape François, qui aboutirait à des méprises. Ainsi l’historien Pierre Vermeren, spécialiste des relations entre la France et le Maghreb, met-il en cause un déni, qui touche les dirigeants français mais aussi les responsables catholiques avec un grief dont il faudrait mesurer la fiabilité : « Dans toutes les grandes villes où les islamistes ont pignon sur rue, il y a un travail préalable de validation par le diocèse local. » [1]

Il y a donc un sérieux discernement à opérer. Il serait fou de sous-estimer le danger islamiste. Mais les moyens propres à l’endiguer ne sont pas évidents. Il y a certes les moyens de police et de protection nécessaires. Mais il y a aussi la définition d’une politique intelligence apte à ne pas précipiter les musulmans dans les bras des extrémistes. Nous écouterons donc avec intérêt Emmanuel Macron à Mulhouse. Saura-t-il aider à ce discernement ?

Chronique diffusée sur radio Notre-Dame le 18 février 2020.


[1Pierre Vermeren, Déni français. Notre histoire secrète des liaisons franco-arabes, Albin Michel, 288 p., 19,90 €.

Pour aller plus loin :

Messages

  • A retenir, entre autres, mais spécialement : "Il serait fou de sous-estimer le danger islamiste. Mais les moyens propres à l’endiguer ne sont pas évidents".

    Communautarisme, séparatisme, etc... Suivant le raisonnement de qui disait qu’un flot de mots superflus, inappropriés ou inexacts ferait courir le risque d’effacer leur vraie signification, lu dans l’Internaute : "Communautarisme : tendance à privilégier la place des communautés dans l’organisation sociale". "Séparatisme : volonté d’une séparation politique entre une région et l’Etat auquel elle appartient". A chacun de trouver la meilleure explication à ces deux termes... De toutes façons et de quelque nature qu’il soit un problème ne saurait trouver sa solution en interchangeant des mots.

    Sur un autre plan mais sur le même sujet, il convient de s’assurer que ce que l’on avance ext exact parce que, comment ne pas être surpris d’entendre ici ou là affirmer que, par exemple, "Mohamed" n’est pas un prénom musulman ou islamique ! La confusion est, hélas, souvent faite entre "arabe" et "musulman", vu peut-être le contexte géopolitique ? Comme on le sait et pour rappel, il existe des prénoms arabes strictement musulmans et des prénoms arabes attribués aussi bien à des chrétiens qu’à des musulmans, juste un bref survol : "Mohamed", "Ahmed", "Omar" sont des prénoms strictement musulmans, tandis que, aussi bien des chrétiens que des musulmans seront prénommés "Youssef", "Samir", "Amine" ou "Nabil" et les prénoms ont un sens. (Dans le calendrier romain sont entrés depuis peu les "Habib" et "Charbel". Se souvenir aussi que les chrétiens peuplaient le Moyen-Orient bien avant les conquêtes arabo-musulmanes. Ajouter aussi que la mention "orientaux chrétiens" est plus appropriée que "chrétiens d’Orient" puisque ces chrétiens-là ne sont pas un produit d’importation mais ont leurs racines dans cette région).

    Les mots ont un sens, une histoire, ne serait-il donc pas important de les utiliser
    à bon escient ?

  • Le séparatisme pour les uns, le communautarismes des autres et puis encore la fracture républicaine à l’horizon d’un pays fractionné dans ses quartiers, ses unités de vie sélective et la mise à mal des valeurs de fraternité, liberté et égalité !

    Le défi majeur du présent est pour l’école de l’Education Nationale pour tous.

    Les sujets difficiles du moment sont la cohésion scolaire, l’enseignement des différences et l’habitation commune des enfants depuis le premier âge vers la vie adulte partagée.

    Le temps des hussards de la république en querelle avec les papistes patentés n’a plus sa raison d’être.

    On ne peut vivre sur ces antécédents historiques qui ont nourri la division sociétale et l’imaginaire du passé.

    Mais les enjeux actuels nous mettent devant la dure réalité du présent.

    Penser l’intégration sans compter sur les us et pratiques spirituelles des français d’origine étrangère ne peut se concevoir sans un suivi éducatif positif qui abandonne le réflexe sélectif des préjugés à l’adresse de ces communautés, issues d’une immigration de plusieurs générations désormais.

    Le réflexe séparatiste n’est pas le propre de ces communautés.

    L’identité et la recherche d’un attachement à ses racines, quand on vient de la France profonde des régions de l’hexagone, n’est pas absente du comportement des citoyens qui aspirent à des garanties sécuritaires de leur histoire passée en délicatesse avec la promiscuité des autres.

    On peut l’expliquer et le comprendre en sachant vouloir le dépassement de ces postures grégaires légitimes, mais exposées à la ségrégation sociétale.

    Le paysage de la France est bien celui de ces disparités effectives dans une nation en recherche de son unité.

    Les débats publics parfois nauséabonds d’appartenance sectaire au delà des origines religieuses des communautés, ne facilitent guère la cohésion sociale des citoyens habitant notre pays.

    Les campagnes électorales en cours donnent parfois ce visage délétère de vouloir diviser davantage encore les différences existantes des populations.

    Le défi premier est bien le propre de l’Education au vivre ensemble National.
    Le penser n’étant que préambule pour la tâche à accomplir ensemble.

    Les chrétiens doivent-ils y prendre part ?

    De toute évidence le faire sans eux dans un vieux pays de christianisme historique, serait une erreur de jugement.

    Liberté, Egalité, Fraternité déclinent le dialogue partagé, l’équité des relations personnelles, le sens de la cohésion nationale que l’on désire et qui se fait attendre, dans l’espace public d’un pays en cours de maturation.

    Les péripéties factuelles de quelques faits divers sans intérêt ne représentent qu’un détail de l’histoire au regard des enjeux majeurs des responsabilités publiques engagées pour y parvenir !

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