Hommage au Cardinal Saliège résistant spirituel

par Denis Lensel

lundi 14 novembre 2016

A la veille du 11 Novembre, à l’occasion du jour anniversaire de ses obsèques célébrées à l’automne 1956, la mémoire du Cardinal Saliège a été célébrée en la cathédrale Saint-Etienne de Toulouse par Mgr Robert Le Gall, archevêque du diocèse, en hommage à cette grande figure de la résistance spirituelle au nazisme : le Cardinal Saliège avait été en août 1942 l’auteur d’une lettre pastorale prenant la défense des Juifs persécutés par l’occupant et par le régime de Vichy. Un document qu’il avait fait lire par ses curés le 23 août 1942, et qui contenait cette phrase mémorable pour son éloquente simplicité en une période d’aveuglement : « Les juifs sont des hommes, les juives sont des femmes, les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes ».

Dès 1933, année de l’arrivée d’Hitler au pouvoir, cet évêque particulièrement vigilant s’était associé à une réunion de protestation rassemblant contre l’antisémitisme à Toulouse les élus de la population et les représentants des confessions juive et chrétiennes catholique et protestante. Rappelant que « la Vierge, le Christ, les premiers disciples étaient de race juive », il s’était alors déclaré « lié à Israël comme la branche au tronc qui l’a porté ». Il avait affirmé que « le catholicisme ne peut accepter que l’appartenance à une race déterminée situe les hommes dans des droits inférieurs » et « proclame l’égalité essentielle entre toutes les races et tous les individus ».

En 1937, la Semaine catholique de Toulouse avait largement fait écho à l’encyclique du Pape Pie XI « Mit brennender Sorge » qui condamnait le paganisme hitlérien et son culte idolâtrique de la race. En février 1939, « pionnier de la résistance chrétienne au nazisme », Mgr Saliège avait renouvelé sa condamnation du racisme « qui remplit de malheureux les camps de concentration ».

Dans un article de la revue « Communio », l’historien Yves-Marie Hilaire écrivait en 2006 que dans Toulouse devenue très tôt une ville refuge pour « des gens menacés » réfugiés de plusieurs pays d’Europe, Mgr Saliège a présidé une « Association catholique d’aide aux étrangers », avec l’aide du recteur de l’Institut catholique Mgr Bruno de Solages et d’« un entourage hostile aux régimes totalitaires ».

Le 19 avril 1942, malgré la censure, le Cardinal Saliège s’élevait contre la souveraineté absolue de l’Etat. Et le 17 mai, il écrivait ces mots : « On est surpris d’entendre des catholiques affirmer béatement des erreurs énormes, par exemple, celle que le vainqueur a tous les droits. On ne parlait pas ainsi du temps des martyrs. » Ce langage d’un pasteur courageux avait le mérite de la clarté.
Denis LENSEL

Messages

  • « Hitler (...), le misérable crétin qui annonça ce qu’il ferait : qu’il se débarrasserait des Juifs (...) » (*)

    Oui, c’était annoncé en clair. On a du mal aujourd’hui à comprendre comment il se fait qu’il n’y ait pas eu plus de voix dans l’Eglise de France pour condamner ce qui se tramait outre-Rhin et alerter les catholiques dès les années trente.

    Une fois la défaite consommée et les hordes installées, c’était un peu tard et beaucoup plus difficile pour amener à une réflexion approfondie sur l’antisémitisme.

    Peut-être qu’a posteriori les choses paraissent faussement plus évidentes. Il n’empêche, nombreux sont ceux qui savaient ce qui se passait en Allemagne dès avant les années de guerre.

    L’anti-communisme a certainement brouillé la réflexion de beaucoup de gens de cette époque et les a empêchés de voir le danger mortel qui arrivait avec les idées nouvelles venues d’Allemagne, une Allemagne séduisante (par ses succès, son dynamisme, son redressement et sa puissance économique retrouvée)

    Qui, dans les générations post-guerre, connait cette « grande figure de la résistance spirituelle au nazisme » ?

    * http://www.france-catholique.fr/LA-MAIN-SANGLANTE.html
    Un (ancien) article, très intéressant, d’Aimé Michel

    • Ce que vous écrivez n’est pas tout à fait exact.

      Mein Kampf contient-il une annonce de la Shoah ?

      La réponse est négative, même si le livre déborde d’un violent antisémitisme. Il est vrai que les passages mis en exergue par certains commentateurs (§ 667-668 évoquant le recours au gaz asphyxiant utilisé pendant la 1ère guerre mondiale) peuvent donner prise à l’interprétation contraire.

      Mais historiquement, Hitler n’a pas envisagé immédiatement la solution finale. Les nazis ont d’abord travaillé à un projet de déportation des juifs à Madagascar.

    • @ 16 novembre 19:28

      Il est évident que la "solution finale", telle qu’elle a été définie à Wannsee, ne figure pas dans Mein Kampf, pas plus que n’y figurent les plans des camps d’extermination ou leurs localisations géographiques !

      Cependant la volonté de se débarrasser des Juifs y est clairement exprimée. Par ailleurs, le recours au meurtre par les nationaux-socialistes pour se débarrasser de leurs ennemis (à commencer par les communistes) a été très vite évident.

      Les campagnes antisémites violentes ont vite été suivies - dès la prise de pouvoir - par des mesures législatives fortement discriminatoires.

      Les centaines de milliers de Juifs qui ont émigré dès ce moment - sans savoir ce que serait la Shoah dans sa réalité ultérieure - pressentaient bien que la vie pour eux serait vite intenable en Allemagne.

      La Reichskristallnacht (9 et 10 novembre 1938), ce vaste pogrom, n’était qu’une étape d’un processus continu dont les chambres à gaz seront une sorte d’achèvement.

      Tout cela avait été théorisé depuis longtemps par des individus comme Alfred Rosenberg qui discourait des plus ouvertement sur la lutte des races (*)

      On ne peut pas dire que l’on ne savait pas que les Nationaux-Socialistes (de la SA à la SS) étaient des criminels sans scrupules animés d’une haine féroce des Juifs.

      On ne peut pas non plus imaginer que la Shoah aurait jailli soudainement sans signes prémonitoires. La solution finale était en germe et n’attendait que sa mise en forme définitive.

      L’aveuglement des chancelleries contemporaines de l’ascension d’Hitler et du parti nazi est à bien des égards comparable à l’étonnante cécité des divers gouvernements (et médias) qui se proclament, aujourd’hui, urbi et orbi hostiles à tout extrémisme de droite mais n’ont vu aucun militant pro-nazi (**) à Kiev (Maïdan) ni aucune résurgence nostalgique du IIIe Reich !

      * Voir l’ouvrage-fleuve Der Mythus des zwanzigsten Jahrhunderts (1930)

      ** Les symboles arborés par le très officiel bataillon Azov, les discours antisémites du parti Svoboda et ouvertement néo-nazis d’un Andreï Parouby, aujourd’hui président du Parlement ukrainien (Parlement qui réhabilite les anciens combattants ukrainiens ayant servi dans la Waffen SS et fête les mouvements collaborationnistes et « bandéristes » armés...), ne sont que d’infimes exemples au milieu d’une marée étonnante par son ampleur

    • Puisque vous y revenez, je signale un ouvrage remarquable pour élucider la complexité du nationalisme ukrainien et de la collaboration qu’il a pu prêter à l’extermination des Juifs :

      "Les Ukrainiens face à leur passé - vers une meilleure compréhension du clivage est/ouest" par Olha Ostriitchouk aux Ed. PIE Peter Lang.

      Le chapitre sur la 2de guerre mondiale qui a profondément divisé l’Ukraine est très éclairant.

      Autant il est faux de disculper les nationalistes ukrainiens de leurs crimes pendant la guerre, non seulement contre les Juifs mais aussi contre les Polonais (en Volhynie) autant il est grossièrement mensonger d’en faire de vulgaires nazis sous prétexte qu’une partie d’entre eux a combattu sous l’uniforme des SS et a collaboré avec l’occupant nazi. L’histoire est infiniment plus complexe et plus intéressante mais elle continue d’être instrumentalisée.

      Et comme les Français n’y connaissent rien, on peut les enfumer autant qu’ on veut avec les nazis de Kiev...

      Cette guerre des mémoires poursuivie l’est d’ailleurs souvent à dessein (notamment du côté russe) pour nuire à l’unité encore fragile d’un pays écartelé entre deux mondes.

      Mais il est non moins certain que la réhabilitation des personnages majeurs du nationalisme ukrainien, notamment de Stepan Bandera, n’était pas la meilleure chose à faire pour oeuvrer à l’unité de l’Ukraine après la révolution orange.

      Je renvoie donc à cette référence bibliographique récente, publiée juste avant le début du conflit russo-ukrainien (2013) d’autant plus remarquable qu’elle est rédigée en français (par une Canadienne d’origine ukrainienne) et prend du champ par rapport aux polémiques...

      Pour ma part, j’estime que le meilleur service à rendre aux Ukrainiens consiste, non pas à s’aligner comme vous le faites dans un camp mémoriel contre un autre et de faire une arme d’une mémoire partielle et partiale, mais à encourager les Ukrainiens de l’ouest comme de l’est à purifier leur mémoire spécifique en vue de parvenir à un récit commun, complet et nuancé de l’histoire de leur pays tellement contrariée par les puissances voisines ; en vue de parvenir aussi à une reconnaissance des crimes commis de part et d’autre et à une réconciliation qui ne peut naître que du pardon. L’enjeu est notamment l’élaboration d’un manuel scolaire qui soit le fruit de cette purification mémorielle et qui puisse être lu par les écoliers de Lviv à Lugansk.

      Poutine portera devant l’histoire la responsabilité d’avoir aggravé ces fractures au profit de sa politique impérialiste au lieu d’avoir contribué à les réduire, en vue d’une relation russo-ukrainienne plus équilibrée, plus confiante et donc pacifiée dont les deux pays et l’Europe aussi ont impérativement besoin. La Russie est la puissance dominante dans le duo Russie-Ukraine et elle avait la première la responsabilité d’y veiller. Elle l’a toujours mais ce sera pour l’après-Poutine...

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