Hitchcock passe à confesse

par Guillaume Jeanneret

jeudi 21 juillet 2022

Montgomery Clift incarne un prêtre refusant de révéler ce qu’il a entendu en confession.

39e film du maître du suspense, La loi du silence aborde le secret de la confession au travers d’une affaire de meurtre. Une belle manière d’interroger la foi et le sacerdoce.

Après le succès de L’inconnu du Nord Express, Alfred Hitchcock sort en 1953 La loi du silence. Le film, dont le titre original est I confess, se déroule à Québec. Il livre tout de suite au spectateur l’identité du coupable, lorsqu’il se confesse à un tout jeune prêtre, joué par Montgomery Clift (La rivière rouge, Une place au soleil). Lorsque l’enquête policière commence, le prêtre se retrouve dramatiquement lié au secret de la confession et son silence devient suspect pour la police…

Poids de la mission

Dans un noir et blanc somptueux, Alfred Hitchcock traduit les affres que vit le prêtre. Le cinéaste joue sur les rapports de force entre chaque personnage, afin de montrer l’évolution de l’affaire judiciaire. La caméra, plongeant sur le jeune prêtre, permet de faire ressentir le poids de sa mission, et les édifices religieux, menaçants, expriment un enjeu qui dépasse l’homme d’Église.

En dépit de son thème religieux, La loi du silence, élégant et sobre, s’inscrit davantage dans la lignée des excellents thrillers du maître du suspense, plutôt que dans le cinéma spirituel.

Dans un 7e art souvent perméable à l’anticléricalisme, ce film permet de suivre un personnage sûr de sa foi, et attaché à son sacerdoce. L’image donnée de ce prêtre exemplaire sonne comme une leçon pour le spectateur moderne, qui aurait instinctivement tendance à critiquer le silence auquel s’astreint l’homme de Dieu. D’autant que ce secret plonge le prêtre dans la solitude, tiraillé entre l’incompréhension de ses proches et les suspicions de la police. Seule une femme le soutient, provoquant l’interrogation des forces de l’ordre quant à la relation qu’entretiennent les deux personnes. Une suspicion de scandale s’ajoute donc à l’autre.

Vision édifiante du sacerdoce

À sa sortie en salles, le long métrage reçoit un accueil mitigé de la part de la critique, peu emballée par le scénario, mais aussi de la part du public. Alfred Hitchcock expliquera ainsi la déception des spectateurs : « L’idée de base n’est pas acceptable pour le public. Nous savons, nous les catholiques, qu’un prêtre ne peut pas révéler un secret de la confession, mais les protestants, les athées, les agnostiques pensent : “C’est ridicule de se taire ; aucun homme ne sacrifierait sa vie pour une chose pareille.” »

Les années auront cependant rendu justice au film. La loi du silence n’a pas pris une ride et reste un excellent thriller à découvrir, non seulement pour son aspect cinématographique, mais surtout pour la manière édifiante dont le sacerdoce est porté à l’écran. 

— 

La loi du silence, d’Alfred Hitchcock, Warner Home Video.

Messages

  • Merci pour le rappel de "I confess" (La loi du silence) d’Alfred Hitchcock, une oeuvre, sujet et régie, qu’on se voudrait d’avoir manqué. "Dans un noir et blanc somptueux", voilà une belle expression qui souligne en le justifiant l’usage du noir et blanc de la photographie et des mouvements de caméra, jeux d’ombres et de lumières surtout dans les gros plans sur les visages et les yeux, je veux dire les regards et les expressions ; pourrait-on vraiment rester indifférent à ceux de Monty Clift ?! Va pour le "technicolor" pour habiller les péplums, par exemple, alors que le "noir et blanc" rehausse en leur gardant toute leur valeur à certains films. (Pour ne citer que "The ox-bow incident" l’excellent western de William Welmann avec Henry Fonda, le noir et blanc fait partie pourrait-on dire du jeu des acteurs).

    "En dépit de son thème religieux "La loi du silence" élégant et sobre s’inscrit davantage dans la lignée des excellents thrillers du maître du suspense". Pourrait-on penser autrement, par exemple qu’ici le thriller est encore plus accentué, ou, comment dire, soutenu et entretenu par la présence du prêtre et de sa mission ? alors que les motivations du meurtrier peuvent sembler quelque peu faibles ou insuffisantes, ou encore parfois pas très vraisemblables, ce qui serait normal puisque l’intérêt du film est dans le sacrement de réconciliation et du secret dont il est l’objet ?

    Une mention spéciale pourrait être faite de l’interprétation d’Ann Baxter dont l’art avait explosé dans l’inoubliable "All about Eve" de J. Mankiewiecz, Ann Baxter qui aura réussi à se placer au niveau, pourquoi pas, de l’inattaquable Bette Davis ...
    Et comment oublier Karl Malden, second rôle permanent dans plusieurs bonnes réalisations, Karl Malden "au nez carré", présent dans "Sur les quais" et "Un tramway nommé Désir" etc.

    Enfin, voilà un article qui arrive au bon moment pour nous encourager à voir ou revoir un film parmi bien d’autres de l’âge d’or d’Hollywood. A notre époque, ou toute inspiration, imagination et autres vertus semblent avoir déserté les plateaux et les esprits, cédant la place plus que souvent à des gribouillages de violence, de sexe et de la porno qui va avec.

    P.S. On se souviendra aussi d’un film "Le secret de la confession" retraçant un épisode de l’époque des Borgia, mis en scène et interprété par l’Egyptien et musulman Youssef Wahbi, et récompensé en son temps par le Vatican en la personne de Pie XII...

  • Guillaume Jeanneret permettrait-il une brève allusion au film "The heiress" (L’héritière) de William Wyler (des années 50) où Montgomery Clift partage le talent d’une Olivia de Haviland oscarisée (sauf erreur) à cette occasion ! Encore un de ces rouleaux de celluloïd qui se détache du lot de très bonnes réalisations en tous points à cette époque privilégiée du 7ème art... Etude de situations, étude de caractères et de comportements, tout est réuni pour faire de ce film une base oh combien enrichissante pour des échanges valables.

    Au lieu de se laisser plus que souvent abêtir par des torchons qu’on ose qualifier d’"oeuvres" encensés de "critiques" genre "prêt-à-porter", louanges à la gamme complète de violences en tous genres qui se disputent le morceau avec les baillements d’ennui accompagnés du dégoût qu’elles inspirent.

    Bien sûr, même à cette belle époque du cinéma des navets arrivaient à s’implanter dans le tas, mais bonne place était aussi et heureusement réservée à des sujets contemporains ou de toujours, au travail soigné, au respect du simple spectateur qui investissait alors des francs durent acquis dans quelques heures d’une vraie détente culturelle et physique. Au lieu de disperser des euros à gogo comme du riz aux mariages sur de futiles et minables projections. Ceci dit pour rester poli...

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.