François, un pasteur missionnaire aux accents de prophète

par Alex et Maud Lauriot Prévost

mardi 16 juillet 2013

La figure de saint François, à laquelle s’est rattachée le nouveau pape, renvoie à l’exigence première pour l’Eglise et les chrétiens d’une vie évangélique et simple, proche des gens, des petits et des pauvres, loin des comportements mondains ou des grands de ce monde. Dès le début de son pontificat, François va conforter ce parti-pris évangélique : il fustige ainsi les réalités ecclésiales devenues immobiles, malades et en danger à force d’être renfermées sur elles-mêmes  : elles deviennent alors caduques et pourrissent de l’intérieur. Plus encore, il en dénonce les responsables, ces chrétiens de salon, trop bien élevés, amidonnés, qui s’avèrent hypocrites ou plein de compromis, les mondains qui parlent théologie en prenant le thé, les pasteurs ayant comme premier soucis leur image, leur carrière ou leur tranquillité.

Rarement dans l’histoire, un pape n’aura dénoncé aussi ouvertement la duplicité ou le pharisaïsme qui minent l’Eglise : à chacun de nous, il rappelle les exigences évangéliques du témoignage personnel et ecclésial, car il en va de la crédibilité même de la mission de l’Eglise dans le monde. Cependant, il n’en reste pas à la dénonciation de ces maux, mais, en bon pasteur, il aide à débusquer les causes de ces errances - la tiédeur spirituelle, le conformisme apostolique, la peur des non-croyants, la réduction de la mission à l’action caritative, le manque de radicalité missionnaire et d’annonce de Jésus-Christ - et à en proposer les remèdes : une intimité plus grande avec Jésus-Christ et une docilité à son Esprit-Saint.

Le pape revient tout d’abord régulièrement sur ce manque de ferveur, d’engagement car il existe trop de chrétiens tièdes, passant leur temps à se lamenter, à avoir peur, à faire preuve de pessimisme ou d’amertume, alors qu’un chrétien doit se caractériser par la joie et l’espérance  car Dieu nous aime, Jésus nous sauve et l’Esprit-Saint nous conduit. L’antidote à tout cela selon le pape ? Avant tout la prière afin de rencontrer personnellement le Christ en son cœur, d’être imprégné par son amour, de vivre avec lui, de devenir docile à l’Esprit-Saint, ce qui nourrira en nous le zèle, la ferveur, l’amour pour rejoindre les périphéries existentielles, rejoindre tant de gens qui ont besoin et attendent l’Evangile. Si le missionnaire est contemplatif, s’il évangélise à genoux, il n’a plus peur de se tromper ou du regard des autres, il ne craint pas de tomber, il nage à contre-courant des mondains, il ne se satisfait pas de compromis, il devient attirant et persuasif dans l’Evangélisation ; ainsi l’Eglise peut grandir par attraction.

Les propos de François sur la distinction entre action humanitaire et apostolique sont également très clairs : si on réduit l’Eglise à une ONG humanitaire, on n’est pas disciples du Christ ; si on ne confesse pas Jésus-Christ, l’Eglise devient une ONG pieuse et ça ne va pas ! L’évangélisation s’accompagne certes d’une vie simple, de prière et de charité, mais elle s’exerce principalement au travers du témoignage humble et de la prédication convaincante de Jésus-Christ car il est l’unique Sauveur de tous les hommes et de tout l’homme. Par contre, quand nous ne confessons pas comme Pierre ‘Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant’, nous ne sommes pas disciples et ministres du Seigneur : nous sommes des mondains.

Enfin, le pape n’a de cesse de déplorer le manque de radicalité évangélique et de courage missionnaire dans l’Eglise, fruit direct du manque de ferveur et de foi, ce qui rend beaucoup de chrétiens incapables d’annonce et de ferveur apostolique. Par son engagement dans l’évangélisation, tout baptisé devrait au contraire s’ouvrir à la nouveauté de l’Esprit-Saint, aux périphéries existentielles de l’humanité, prendre des risques, déranger par sa prédication et son témoignage. Selon lui, quand l’Eglise perd son courage, sa ferveur, ses certitudes, elle devient immobile, sans fécondité et n’a plus d’efficacité. Le pape François exprime ainsi toute sa préférence pour une Eglise qui sort, même si elle connait certains accidents ; il loue le Seigneur lorsque l’Eglise dérange, il exhorte à la saine folie du zèle apostolique qui témoigne de la vraie révolution, celle accomplie par Jésus-Christ, le seul révolutionnaire dans l’histoire qui peut changer le cœur de l’homme. D’où sa certitude que l’Esprit-Saint suscite un profond renouveau évangélique, en vue d’une nouvelle rencontre du Christ en mesure de rénover une vie superficielle et routinière, avant tout dans l’Eglise.

Saint François est fréquemment présenté au travers de sa vie évangélique mais on occulte souvent son ministère : il fut avant tout un prédicateur zélé et un évangélisateur hors pair, au service de la nouvelle évangélisation de l’époque pourrait-on dire ; l’Eglise du XIII°, très mal menée de l’extérieur par de nombreuses hérésies et de l’intérieur par des vies dévoyées de nombreux clercs, les franciscains (et les dominicains), reconnus et missionnés par les différents papes, furent la réponse providentielle de Dieu pour générer cet incomparable élan évangélisateur et un immense renouveau de la foi dans toute l’Europe.

Le pape François est dans la droite ligne prophétique et évangélisatrice de son saint patron, puisqu’il semble se fixer un but clair : sans état d’âme, purifier l’Eglise de ses scories qui contredisent l’Evangile, afin d’annoncer le Christ avec d’autant plus de zèle, de radicalité et de crédibilité à tous ceux qui l’attendent, afin de conduire au Christ ces foules d’aujourd’hui qui ont besoin de lui.

Toute l’Eglise semblait attendre une telle synthèse : deo gratias !

Alex et Maud Lauriot Prevost

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