Fin de civilisation ?

par Gérard Leclerc

vendredi 25 juin 2021

Michel Onfray dans l’émission En Quête d’Esprit, sur Cnews, le 21 mars dernier.

Le cardinal De Kesel, archevêque de Bruxelles-Malines, vient de publier un essai sur la situation des chrétiens dans une société qui n’est plus chrétienne (Foi & religion dans une société moderne, Salvator). Faute de l’avoir lu, je ne me permettrai pas d’interpréter sa pensée. Je m’interroge néanmoins sur l’analyse qu’il peut faire de cette société. S’il lui accorde des crédits, quels sont-ils ? Peut-être ses jugements sont-ils accordés à la complexité du monde actuel. Mais je me pose tout de même une question. Signale-t-il le basculement spirituel, moral, d’une civilisation qui, de chrétienne, est devenue a-chrétienne ? Un Chesterton, un Bernanos étaient particulièrement sensibles à un tel basculement, car pour eux, un monde qui avait perdu le sens de Dieu, était mûr pour les pires déviations.

Athéisme et christianisme

Ce qui me frappe, aujourd’hui, c’est que ce sont le plus souvent des non-chrétiens, ou des gens éloignés de la pratique religieuse, qui se montrent les plus attentifs au caractère judéo-chrétien de notre civilisation et à la perte irréparable que constitue le naufrage de cet héritage. Le cas de Michel Onfray est particulièrement significatif. Il a commencé sa carrière philosophique à l’enseigne d’un athéisme revendiqué et d’une déconstruction du christianisme. Et voilà qu’il déclare dans Le Figaro du 18 juin : « Je regrette le déclin de la civilisation judéo-chrétienne, je me bats pour elle.  » De ce déclin, il nous offre une analyse qui fait plus que froid dans le dos et qui devrait singulièrement alerter tous ceux qui, du côté chrétien, chantent les louanges de notre bel aujourd’hui. Le mieux est de le citer longuement.

«  La fin du sacré tuile avec la prochaine civilisation qui sera probablement post-humaniste. Rien ne pourra moralement interdire son avènement qui s’effectue avec d’actuelles transgressions qu’aucune éthique, aucune morale ne saurait arrêter. L’intelligence artificielle qui crée des chimères faites d’humain et d’animaux, la marchandisation du vivant, l’abolition de la nature naturelle au profit de l’artifice culturel, constituent une barbarie qui, un jour, sera nommée civilisation, car toute civilisation nouvelle est dite un jour barbare par les témoins de ceux qui voient la leur s’effondrer. Nous sommes dans le temps nihiliste du tuilage qui tuile la décomposition et le vivant (…). Eu égard à ce qui nous attend, et en regard de l’idéologie “woke“ qui travaille à l’avènement de ce nouveau paradigme civilisationnel, bien sûr que je regrette la civilisation judéo-chrétienne. Pour l’heure, je me bats pour elle.  »

Le rôle des non-chrétiens

Voilà qui contraste avec les complicités des chrétiens qui saluent sans regrets «  feu la chrétienté  ». Faut-il donc un non-chrétien pour mesurer les dégâts irréversibles d’une mutation de civilisation ? Peu importe que je sois en désaccord avec Michel Onfray sur la cause de ce décrochage. Cause qu’il attribue à une Renaissance qui annoncerait les Lumières. Érasme et Pic de la Mirandole sont des génies chrétiens qui attestent combien l’humanisme post-médiéval ne va pas sans un ressourcement aux origines chrétiennes. Fides et ratio marchent de concert. Mais le problème actuel n’est pas là. Il réside dans une déshumanisation consécutive à une déchristianisation. «  Ôtez le surnaturel, écrivait Chesterton, et il ne reste plus que ce qui n’est pas naturel. »  

Messages

  • Bonjour, de quelle émission exactement est issue l’illustration de Michel Onfray sur Cnews ? Je n’arrive pas à retrouver l’extrait.
    Merci.

  • Bonjour,

    Il s’agit de l’émission En Quête d’Esprit, sur Cnews, le 21 mars dernier que vous pouvez retrouver ici : https://www.france-catholique.fr/Le-sacre-peut-il-sauver-la-civilisation.html

  • Cet entretien fut des plus savoureuses de la TV C News.
    On en voudrait bien souvent de cette qualité.
    La civilisation en déroute, en disgrâce, en délicatesse..

    De la part de ceux qui en ont inspiré les ingrédients les plus diffus et en mesurent les conséquences à court et long terme.

    On n’aime pas aujourd’hui la durabilité du temps, de l’imprévisible, ni celui de l’incroyable.

    Pour des adhésions individuelles, personnelles, de courte portée, changeantes et accessibles au mouvement.
    Parménide compte ses disciples de la pensée.
    Le changement véhicule le mouvement.

    Il faut dès lors par adhérence faute de le penser dans la durée, se joindre au jeu des partitions de l’esprit qui ne se fixent que pour un peu de temps, sans renoncer à se mouvoir dans l’inconnu.

    Les disciplines de la pensée seraient donc des icebergs en fonte courante, sans maitrise, sans résistance, sans assurance.

    Les avis consultatifs des citoyens représenteraient ainsi des variables météorologiques qui subissent les appels d’air du grand large, sans contrainte, sans retenue d’un réchauffement de l’éther qui n’a d’autre horizon que de circuler..

    Ce dimanche passé, nous en eûmes la preuve tangible.

    On veut de la liberté personnelle civique malmenée par les disgrâces virales, mais on décide de renoncer à "la civis "normative de l’avenir.

    De la civilisation somme toute conjurant dès lors le mauvais sort, on ne retient que de l’abstention qui laisse ce goût amer du mécontentement et du probable.

    La France ayant en la matière le prix d’excellence de l’originalité répétitive, on disserte désormais sur des horizons meilleurs, factices, ou utopiques.
    Sans croire davantage que précédemment à l’infinie conjugaison des risques encourus.

    Pour les uns demain étant pire qu’aujourd’hui, on préjuge que demain soit similaire à ce qu’’à présent on imagine de probable.
    Il faudra de la force d’âme pour conjurer ce destin ambiant des doutes et des fragilités humaines, des scepticismes entretenus et des renoncements.
    Que réserve ce demain qui nous attend malgré nous ?
    Les plus dépités se désengagent, les téméraires osent encore y croire.
    Qui seront-ils ?
    Où seront-ils ?
    Que feront-ils pour changer ces modes civilisationnelles si peu disposées à gagner les esprits cultes et enthousiastes de l’avenir ?

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