Ferme-t-on les églises
par manque de foi ?

par Gérard Leclerc

jeudi 19 mars 2020

Saint-Nicolas de Veroce
© Pascal Deloche / Godong

L’attitude actuelle de l’Église dans la crise épidémique n’est pas toujours comprise. Elle donne même lieu à polémique. Les consignes de confinement ne sauraient pourtant être transgressées par les chrétiens sous peine de grave faute morale.

Il est vrai que la situation présente de l’Église est déconcertante. On ne voit pas de précédents à cette décision de fermer toutes les Églises et de priver les fidèles de l’eucharistie. Que les sanctuaires de Lourdes soient fermés pour la première fois de leur existence, c’est aussi un paradoxe, alors que la grotte de Massabielle et les basiliques qui l’environnent sont les lieux privilégiées d’accueil des malades de toutes conditions [1]. Un début de polémique a eu lieu à ce propos, et je lui ai donné moi-même écho en citant la réaction d’Andrea Riccardi, fondateur de la communauté Sant’Egidio. Oui, dans le passé, les évêques se sont dressés à la tête de leurs peuples pour lutter contre les épidémies, notamment lors de processions spectaculaires. La discrétion actuelle du pape François, avec ses gestes symboliques, est d’évidence en retrait par rapport aux souvenirs mémorables laissés par les hommes d’Église lors des grandes épidémies.

Serait-ce donc manque de foi ? Il convient de bien faire attention, car la foi ne débouche pas forcément sur le miracle. Certains donnent l’impression que les chrétiens, brandissant leur confiance en la Providence, seraient immunisés, ipso facto de la contagion de la maladie. L’enseignement de l’Église n’a jamais prétendu à cela. Sinon, le père Damien, saint Damien de Veuster n’aurait jamais contracté la lèpre, pour avoir soigné les lépreux dans l’île d’Hawaï. L’Église l’a reconnu comme un martyr de la charité, et il est célébré comme patron protecteur des lépreux.

De même, nous avons appris, ces jours-ci, la mort de plusieurs prêtres italiens, victimes de l’actuelle épidémie, pour avoir assisté leurs paroissiens malades. Si le christianisme a toujours reconnu les miracles comme signes de la sollicitude de Dieu, il ne s’est jamais défini comme une institution qui permettrait aux fidèles d’échapper à la condition commune, et donc à la maladie. Cela ne signifie pas que Dieu s’absente de nous, lorsque nous sommes dans l’épreuve. Bien au contraire, des signes sensibles comme l’exposition du Saint-Sacrement peuvent être privilégiés pour marquer que Dieu est au milieu de nous et qu’il nous assiste dans notre faiblesse. Mais au-delà de ces signes et de la ferveur qu’ils sollicitent, il ne saurait être question de nous retrancher des précautions nécessaires définies avec sagesse et prudence par nos évêques.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 19 mars 2020.


[1Une prière perpétuelle a cependant lieu à la grotte.

Messages

  • La pandémie que nous connaissons a quelque chose de totalement insolite.

    De grands chercheurs inconnus du grand public, dont on ne connaissait souvent le nom, dans un espace public où d’ordinaire ces sujets sont efficients et discrets, font des déclarations publiques stupéfiantes.

    L’épidémie était imprévisible, son rayon de propagation dépasse le cadre conjoncturel d’une maladie de grippe de l’hiver, nous ne disposons de vaccin, seule réponse préventive est le contingentement, et de la sorte des propos d’une prudence extrême, ponctuent les prises de parole de ces Patrons de la médecine et des Facultés notables de la recherche.

    Les chercheurs, les soignants, les acteurs de l’urgence sont sur le pont d’une guerre contre la propagation virale.

    Des morts se comptent dans le monde, dans l’espace médical, dans les institutions civiles et religieuses, dans le clergé et chez les laïques de diverses appartenances.

    Les plus audacieux en Lombardie sont déjà morts voulant braver les risques et les périls de leur propre santé.
    Prier et agir, ora et caritas ,ne sont pas opposables sur le terrain.

    Les premières victimes le prouvent.

    Serons-nous exposés comme eux aux mêmes risques, aux mêmes conséquences ?
    Eviterons-nous le triste constat d’un virus mortifère et sans retenue ?

    L’Italie et l’Espagne sont à nos portes du sud de l’europe un miroir grossissant de ce qui pourrait arriver chez nous, si par mégarde nous ne faisions gare à la maladie.

    En temps de guerre, l’Eglise prêta le concours des dispensaires, hôpitaux, écoles, congrégations religieuses actives dans les professions sanitaires.

    Serions-nous prêts à nouveau à ouvrir ces couvents vides, ou vidés pour cette mission ?

    Non par réquisition obligée mais par vocation spirituelle adoptée par nos hiérarques religieux ?

    Rien n’étant impossible pour l’avoir ainsi déjà fait préalablement, on pourrait penser que l’avenir pourrait répéter autrement des adaptations aux urgences de santé du présent, de la part de congrégations aux pratiques séculaires dans les soins, les suivis et les protocoles sanitaires de l’urgence.

    A voir et comprendre peut-être un jour si nécessité faisait loi, foi et devoir à l’Eglise de se révéler comme un rempart public de charité !

  • J’ai bien lu Gérard Leclerc.
    Si, du temps du P. Damien, ce dernier avait dû tenir compte d’éventuelles "précautions nécessaires définies avec sagesse et prudence par nos évêques", que se serait-il passé ?
    Serait-il resté à distance des lépreux ou serait-il passé outre aux recommandations épiscopales ?
    C’est insoluble ! Soit, pour se conformer aux décisions des évêques, on allume des lumignons sur sa fenêtre, soit, pour ceux qui peuvent, on suit le Saint sacrement porté par l’évêque-pasteur dans la rue, et l’on se met hors la loi. Mais ce faisant, pour ceux que cela rejoint à l’intime, on se met en accord avec sa conscience.
    Alors, "ferme-t-on les églises par manque de foi ?" La réponse est oui. Nous manquons de foi, en tant que la foi demande une participation de l’être tout entier au salut du monde et à notre salut.
    Cette calamité inquiétante qui va devenir angoissante si elle s’amplifie, sans précédent dans la modernité récente, vient nous révéler à quel point on a évincé la dimension tragique de la vie au profit d’un optimisme trompeur et d’un divertissement de la mort permanent, dans "un monde qui bouge".
    Elle vient aussi nous inviter à un état des lieux de notre foi, avec lucidité, courage, et miséricorde envers soi-même. "Je crois Seigneur, viens au secours de mon manque de foi !"

  • Covid-19 aura jusqu’ici inspiré bien du monde, ici et là chacun y allant de ses précieux avis, lumineuses idées, doctes conseils, par exemple, rester confiné chez soi pour limiter le risque de contamination, mais par contre aller sans hésiter aux urnes les bureaux de votes étant aménagés de façon à assurer une protection totale ; jusqu’au fin mot d’esprit, n’est-ce pas, de celui-là qui, sans rire, a dit qu’il fallait espérer une épidémie de coronavirus qui emporterait les plus de 70 ans réglant ainsi l’interminable controverse sur les retraites, le voilà exaucé par ses dieux tout-puissants, sauf qu’il s’avère à présent que ce virus ne s’attaque pas qu’aux vieux déchets ; sans oublier, pour ne pas les citer, la pression exercée pour inciter au suicide assisté ou encore les meurtres déguisés en "euthanasie", ces nouveautés pudiquement expliquées comme étant des "gestes d’amour", et "mourir dans la dignité". Pressions et hâtes inutiles, voilà Covid-19 qui pourrait se charger de tout...

    D’autre part, il est facile, n’est-ce pas, de critiquer les Italiens pour leurs supposée insuffisance en matériels, gérance de la situation et compétences et médicales, mais aller plutôt voir les initiatives qui se multiplient chez les soignants pour soulager les souffrances et les inquiétudes, sauver ce qui peut l’être et penser aux cas de conscience : face à deux malades, auquel donner en priorité l’urgence des soins prenant ainsi le risque de sacrifier la vie de l’autre, etc...

    Sur un autre plan, des Charles Borromée, Damien Veuster et autres existent aujourd’hui, mais dans des situations et en formats différents : ici, des prêtres italiens improvisent une messe sur le toit de l’église permettant ainsi aux fidèles qui le désirent de participer à la sainte liturgie à partir de leur fenêtre ou de leur balcon ; outre Atlantique un curé imagine le "drive-in" pour les fidèles privés d’accompagnement spirituel ; ici, en France, tel évêque portant haut le Saint Sacrement pour bénir la ville et ses habitants etc...

    Traduire ce qui arrive dans le monde comme étant une punition de Dieu serait une ineptie car Dieu ne punit pas, c’est l’être humain qui attire sur lui les maux ; comme par hasard, l’évangile du jour relate l’histoire du pharisien et du publicain, comment ne pas s’y arrêter un moment. Et reconnaitre ses propres limites... Pour, au lieu de tomber dans la désespérance, prendre La main que le Seigneur nous tend sous le regard de Marie...

  • Cher Monsieur,

    Le Père Damien a des émules aujourd’hui. Ce sont ces prêtres italiens qui ont donné leur vie en allant au chevet des malades pour leur porter les sacrements. C’est aussi le cas de cet autre prêtre italien qui a sacrifié sa vie, en demandant au médecin de lui retirer son appareil respiratoire afin qu’un jeune homme soit sauvé (appareil respiratoire qui avait été offert par ses paroissiens qui tenaient à la vie de leur pasteur).

    L’Église ne s’oppose donc pas aux actes héroïques des siens qui continue à témoigner de l’absolu de la foi et de la charité. Mais le problème est très différent, dès lors qu’il s’agit de mettre en danger la vie d’autrui, celle de sa famille, de ses enfants, de ses proches et de ses lointains. La charité exige ce genre de prudence, dans l’esprit du Christ qui n’a cessé de venir au secours des malades et des affligés.

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