The Conversation

Faut-il réhabiliter la notion de civilisation européenne ?

par Antoine Arjakovsky

mardi 30 avril 2019

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Le frontispice de ‘Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Wikipédia

Antoine Arjakovsky, Collège des Bernardins

Dans un essai récent, La religion des faibles. Ce que le djihadisme dit de nous (2018), l’essayiste Jean Birnbaum montre de façon convaincante que la redécouverte de la puissance de la croyance djihadiste pousse en retour les Européens, surtout depuis la vague d’attentats de 2015, à devoir défendre les fondements de la civilisation européenne, en y incluant ses postulats religieux. Nous nous pensions modernes, affranchis de toute dépendance à l’égard d’un dieu transcendant, indemnes de toute croyance. A l’inverse, comme le reconnaissent Peter Berger, Charles Taylor, Marcel Gauchet ou Jürgen Habermas, nous découvrons que nos modes de vie, – de la sociabilité des cafés à l’expérience des piscines municipales –, sont les marques vivantes de choix profonds, longtemps enfouis dans la profondeur de nos inconsciences collectives, et dont il nous faut retrouver au plus vite la pointe métaphysique si nous souhaitons les préserver et les enrichir.

Jean Birnbaum rappelle que dès 1955 Albert Camus suggérait que la tâche des intellectuels était de donner « un contenu aux valeurs européennes, même si l’Europe n’est pas pour demain ».

Toute la difficulté cependant, comme le rappelle le philosophe chrétien Rémi Brague, consiste en ce que les valeurs des croyances séculières peuvent fluctuer au gré des passions collectives ou des saisons idéologiques tandis que les fondements de la foi religieuse sont arrimés à des corps de doctrine et à des traditions interprétatives.

Or le fondamentalisme, qu’il soit laïc ou religieux, a pour caractéristique majeure de vouloir séparer la foi et la raison, le sens de la transcendance et celui de l’expérience immanente, le projet civilisationnel et l’expression de la différence.

Mais on n’élimine pas « les dieux criminels » selon l’expression d’Antoine Fleyfel par la seule force militaire. Pour contrer la violence fondamentaliste, celle du califat comme celle de l’État agnostique, il est donc indispensable de retrouver les passerelles, invisibles à l’œil nu, qui unissent, dans les deux sens, la conviction religieuse aux postulats rationnels.

Il convient pour cela de sortir d’une vision présentiste de notre époque et de prendre un peu de recul historique. L’âge post-moderne qui est le nôtre est celui de la désillusion en un progrès continu de la civilisation. Il est marqué par une blessure narcissique : la perte de la croyance dans les valeurs humanistes définies par l’époque moderne. Celles-ci furent de fait, malgré tous les efforts de certains philosophes, d’Emmanuel Kant à Edmond Husserl, pour préserver le monde des noumènes du monde de la raison pratique, incapables de résister à la montée des totalitarismes et des fondamentalismes. Pour éviter de sombrer dans la faiblesse de cet âge désenchanté le journaliste du Monde invite son lecteur à reconnaître le retour de la croyance en politique, la marque gnostique de nos convictions, les a priori existentiels de nos pratiques politiques, économiques et culturelles.

Ce travail de reconnaissance pourrait conduire dans un premier temps le monde universitaire à prendre au sérieux le fait qu’il existe, au-delà de la seule connaissance compréhensive, un « savoir qui sauve » selon l’expression de Philippe Sollers. François Jullien fait le même constat et appelle à dépasser les rayons « développement personnel » en librairie pour accéder aux ressources vivantes que fournissent les traditions religieuses, du taoïsme au christianisme. Dans un second temps, une fois qu’aura été accompli ce travail de lucidité auto-critique auquel Jean‑Marc Ferry invite chacun, il conviendra de s’interroger sur les chemins les plus sûrs permettant d’affronter dans la paix l’époque nouvelle, néo-gnostique et ultra-violente qui s’ouvre devant nous. On pourra consulter sur cette époque la revue littéraire Ligne de risque animée par François Meyronnis et Yannick Haenel, en particulier le n°24, « La sagesse qui vient », de février 2009.

L’attentat de l’État islamique] contre les chrétiens au Sri Lanka qui a fait 253 morts le dimanche de Pâques 21 avril 2019 est un rappel dramatique de cette tâche immense. En plus de la cinquantaine de conflits qui sont dénombrés sur la planète il faut ajouter les menaces systémiques croissantes à commencer par le dérèglement climatique et la conscience, croissante du fait de l’extension médiatique, des inégalités croissantes générées par le mode de développement ultra-libéral.

Le colloque du 15 mai 2019 au Collège des Bernardins sur l’avenir de la civilisation européenne sera une occasion de poursuivre sans tarder l’appel venu à point nommé de Jean Birnbaum au nécessaire sursaut de la conscience européenne.< !—> The Conversation

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Antoine Arjakovsky, Historien, Co-directeur du département « Politique et Religions », Collège des Bernardins

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Messages

  • J’aime bien que le produit du bocal ou de la boîte corresponde à l’annonce de l’étiquette qui est apposée dessus.

    Ici, l’appellation "civilisation européenne" du titre sert uniquement à appâter le chaland. L’ensemble de l’article est confus et truffé de notions absconses (telles que la "pointe métaphysique" .../... "de la sociabilité des cafés et de l’expérience des piscines municipales", à la limite du canular étudiant) et de nombreuses références qui ne le rendent pas plus digeste, bien au contraire.

    Pour enfin sortir de l’obscurité et saisir le fond de la pensée de l’auteur, il faut attendre la fin du texte et le lien qui conduit à une "tribune" d’un Think tank européen.

    Et c’est là, enfin, que tout s’illumine et que l’on comprend qu’il s’agit d’une opération de propagande européenne (européiste, devrait-on dire).
    Référence explicite y est faite à l’inénarrable tribune "Pour une Renaissance européenne" d’Emmanuel Macron qui propose "d’organiser avec les représentants des institutions européennes" "une Conférence pour l’Europe afin de proposer tous les changements nécessaires à notre projet politique .../... Elle définira une feuille route pour l’Union européenne .../..." !

    Le colloque du 15 mai est annoncé comme l’un de ces outils au service du projet présidentiel.

    De là à voir une collusion avec la campagne pour les élections européennes - et particulièrement au profit de la liste conduite par madame Loiseau (LREM) - il n’y a qu’un pas que l’on peut d’autant plus sûrement franchir que l’on sera alors à huit jours du scrutin...

    Ce n’est pas encore demain, contrairement à ce que le billet de monsieur Arjakovsky laisse entendre, que l’on aura une véritable réflexion indépendante et pluri-disciplinaire sur la civilisation européenne, ses racines et son devenir (les conclusions pourraient en être détonnantes, voire détonantes...).

    Nous sommes encore dans l’épicerie à gadgets, celle qui ne sert pas à nourrir l’intellect des citoyens pour en faire des hommes libres mais qui a seulement pour objectif de les gaver d’une pseudo-pensée prédigérée et truffée de préjugés non discutables.

  • Ayant ouvert les deux - le bocal et la boite) - et lu la liste des ingrédients : "pointe métaphysique, sociabilité des cafés, expérience des piscines municipales,
    Renaissance européenne, Conférence pour l’Europe, feuille de route..." etc. on aura noté sur l’étiquette l’absence de poids alors que la DLUO, elle, semblait largement dépassée.

    Pour améliorer la digestion, une mastication laborieuse se sera avérée utile, voire indispensable, agrémentée d’un riche saupoudrage, par les soins de 8 mai, 19:54, d’aromates relevant judicieusement saveur et parfum du plat du jour. L’écologie responsable copieusement utilisée aura, elle, constituée la rituelle salade verte, avant le passage obligé de l’odorant plateau de fromages. Enfin le dessert est arrivé sous forme d’un panier généreusement garni de fruits de la passion longuement macérée.

    Ce qui aurait manqué à ce dîner c’est, croit-on, un bon cru.

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