Traduit par Pierre

Faire pénitence de nos jours.

par Howard Kainz

mercredi 13 avril 2011

Appel à la pénitence : prêche de Saint Jean-Baptiste (Véronèse, 1562)

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Tous les ans en début de carême les prêcheurs nous rappellent qu’en cette période il ne s’agit pas seulement de "privations" — sur la nourriture, la boisson, les desserts, la télévision, etc. Leur suggestion est plus positive — insistant sur la charité envers les proches malcommmodes, les services à rendre plus que d’habitude, etc. Et c’est une bonne idée — bien que, à notre époque portée sur les plaisirs, une "privation" bien ciblée et marquée montrerait qu’à nouveau il est temps d’y songer.

Lors de ses apparitions à Fatima, Notre-Dame a insisté sur la nécessité de faire pénitence afin d’éviter de futures guerres et l’éventuelle destruction des nations. S’agissait-il d’un forme particulière de pénitence ? En 1945 au cours d’une apparition à Lucia, alors dernière voyante vivante de Fatima, entrée dans les ordres, Notre Seigneur a apporté une précision : « Le sacrifice requis de chacun est l’accomplissement de ses devoirs et l’observance de Ma Loi. Voilà la pénitence que j’attends et demande. »

Accomplir ses propres devoirs d’état au cours de sa vie ? Bien évidemment on espère que tous accomplissent les devoirs propres à leur situation. Mais n’est-ce pas un simple devoir éthique ? Et en quoi est-ce une forme de pénitence ? La suggestion que ce comportement serait une pénitence peut sembler difficile à concevoir.

Nous savons qu’on n’attend pas de nous les pénitences spectaculaires rencontrées au fil de l’histoire de l’Église et dans les biographies de saints. L’Église suggère plutôt des formes mineures de pénitence (jeûne, abstinence certains jours) et encourage les "petits sacrifices" anodins que recommande Sainte Thérèse dans son "petit cheminement".

D’autre part, l’importance donnée aux devoirs d’état dans la vie de chaque jour lors de l’apparition de 1945 n’est pas, après tout, d’une telle "nouveauté". Interrogé par les pécheurs sur la forme de pénitence à faire, Jean le Baptiste, au bord du Jourdain, a répondu de même manière :

— Luc, 3:12-13 : Des publicains aussi vinrent se faire baptiser et lui dirent : « Maître, que nous faut-il faire ? » Il leur dit : « N’exigez pas au-delà de ce qui vous est prescrit. »

— Luc, 3:14 : Des soldats aussi l’interrogeaient, en disant : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur dit : « Ne molestez personne, n’extorquez rien, et contentez-vous de votre solde. »

Il faut bien cependant être conscient que parfois accomplir son devoir d’état est littéralement faire pénitence. Par exemple :

— La personne emprisonnée pour crimes, et particulièrement la personne injustement condamnée pour des délits qu’elle n’a pas commis.

— Ou la personne dont les fautes passées ou de mauvais choix ont entraîné un mariage difficile, ou une maternité célibataire, ou des conditions de travail pénibles qu’on n’aurait jamais envisagé ni souhaité.

— Ou la personne douée ou "surqualifiée" ne trouvant pas d’emploi satisfaisant à cause de contraintes financières ou de manque d’instruction, etc.

Mais même pour ceux d’entre nous qui ne correspondent pas à ces profils, un avis comme celui donné par Jean-Baptiste est un appel à la pénitence. Tout comme pour les publicains à qui Jean-Baptiste recommandait de ne pas chercher de gratte, c’est pour chacun une pénitence de ne pas chercher plus que mérité et de se satisfaire de sa situation. Et de même que pour les soldats à qui Jean-Baptiste recommandait de ne pas abuser de leur autorité et de respecter les autres, c’est pour nous une forme de pénitence d’accepter l’indifférence ou même le mépris d’autrui, et d’être courtois et accueillant envers ceux qui ne semblent pas mériter la moindre attention.
Ce sens élargi de la pénitence est déjà esquissé dans le récit de la Genèse 3:16-19 sur la colère de Dieu à cause de la désobéissance d’Adam et Ève :
À la femme, il dit : « Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi. »

À l’homme, il dit : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger, maudit le sol à cause de toi ! À force de peines tu en tireras ta subsistance tous les jours de ta vie. Il produira épines et chardons et tu mangeras l’herbe des champs. À la sueur de ton visage tu mangeras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes au sol, puisque tu en fus tiré. »

En d’autres termes, une vie de pénitence ! On pourrait dire de cette liste établie par Yaweh qu’elle est la pénitence initiale héritée du péché originel. Mais ce sens élargi de "pénitence" comprend aussi les difficultés éprouvées par les parents à la naissance des enfants (et ce n’est qu’un début des difficultés pour élever les enfants "à l’image de Dieu" dans un monde de pécheurs), ainsi que les problèmes incessants et parfois secrets rencontrés dans la vie professionnelle, moralement et physiquement, à la recherche de réussite avec des outils ou des matériaux parfois inadaptés ou rebelles. Et, évidemment, bien des femmes considèreraient que c’est une pénitence qu’être soumises à leurs maris.

Alors, vous pourriez être tentés de penser « bon, je vis ma vie, j’accomplis mes tâches ; pas besoin d’autres pénitences. » C’est bien un peu vrai, mais pour réussir l’examen, imaginez ce que Jean-Baptiste — qui se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage — pourrait nous dire en tête à tête. On peut parier qu’il nous dirait de faire mieux que ce que, dans notre confortable existence moderne, nous considérons comme "raisonnable".


Howard Kainz est professeur émérite de philosophie à l’Université Marquette.


Source : http://www.thecatholicthing.org/columns/2011/the-penance-now-required.html

Note du traducteur : les citations bibliques sont tirées directement de la Bible de Jérusalem, édition française.

Messages

  • certaines phrases laissent à penser que c’est une vertu d’accepter les condamnations immérités ou des conditions de travail pénibles ce qui est imposé par la société et non par Dieu, celui qui se soumet est complice de celui qui lui impose l’injustice et approuve donc ce pécher

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