Franc-maçonnerie

Expulser Dieu de la cité

par Véronique Jacquier

jeudi 3 juin 2021

La Tour de Babel (1563), de Brueghel l’Ancien (1525-1569).

Malgré la multiplicité des obédiences et des rites, la franc-maçonnerie poursuit de différentes manières un objectif unique : arracher à Dieu la société des hommes. Souvent dissimulée, cette ambition a été révélée par d’anciens « frères » revenus à la foi chrétienne.

En juillet 2019, Thierry Baudet, président de la Mutualité française, signe une tribune dans Libération pour réclamer l’extension de la PMA. En janvier 2020, dans Le Journal du Dimanche, il soutient l’euthanasie. C’est cet homme, ancien instituteur, qui vient d’être élu le 18 mai dernier à la tête du CESE, le Conseil économique, social et environnemental. Signe particulier ? Il est franc-maçon, comme le révélait Le Monde lors de sa nomination, ce qui n’est pas une surprise dans l’univers mutualiste où l’on retrouve de nombreux « frères ». Combien sont-ils, comme lui, à agir dans les arcanes du pouvoir pour porter des idées « progressistes » et les faire infuser dans la société ? Impossible d’établir un chiffrage précis : le secret prévaut.

Pignon sur rue

Et pourtant, la franc-maçonnerie a pignon sur rue et n’hésite pas à intervenir ès qualités dans le débat public. En témoigne ce fait unique sous la Ve République : la venue d’un Président en exercice, François Hollande, au siège du Grand Orient de France, la plus importante et la plus ancienne obédience maçonnique de France, rue Cadet, à Paris, le 27 février 2017. Le chef de l’État, socialiste, dûment invité, venait ainsi célébrer le 300e anniversaire de la création de la franc-maçonnerie. Dans son discours, exaltant une « tradition philosophique », François Hollande compara la franc-maçonnerie à une « boussole » portée par « d’ardents défenseurs de la laïcité ». Puis le Président rendit hommage à son auditoire en ces mots : « Vous êtes à la pointe des combats actuels pour le droit de mourir dans la dignité, que nous avons fait progresser, pas forcément jusqu’au point où vous l’auriez souhaité, mais c’est pour vous permettre de réfléchir encore et de faire en sorte que la législation puisse progresser. [...] Jusqu’où permettre le progrès ? Car le progrès ne doit pas être suspecté. Nous devons le favoriser. » Difficile d’être plus explicite.

François Hollande n’a jamais caché ses sympathies pour les loges et durant son quinquennat, les gouvernements qui se succédèrent comptaient une proportion substantielle de francs-maçons parmi leurs membres, à commencer par Manuel Valls, initié au Grand Orient de France, ou Christiane
Taubira, membre de la Grande Loge féminine de France. Pour eux, aucune ambiguïté : la franc-maçonnerie doit changer la société par les lois. Ancien grand maître de la Grande Loge de France, Pierre Simon, gynécologue, qui fut de toutes les batailles pour la contraception, l’avortement et l’euthanasie dans les années 70, ne cachait pas la révolution anthropologique qu’il voulait promouvoir. « C’est tout le concept de famille qui est en train de basculer », se félicitait-il, considérant les différentes évolutions législatives. Depuis, le mouvement s’est accéléré avec le mariage pour tous, la PMA et demain, peut-être, la GPA.

La franc-maçonnerie à la lumière de la foi

La franc-maçonnerie, ce sont les anciens frères et sœurs qui en parlent le mieux. C’est «  une entreprise de déconstruction de notre humanité  », confie ainsi Serge Abad-Gallardo, ancien franc-maçon, auteur de plusieurs ouvrages issus de son expérience de 24 ans dans les loges. À la lumière de la foi retrouvée, s’étant placé sous le regard du Christ et la protection de la Vierge Marie, il analyse le travail des «  frères  » et met en garde les catholiques. Combat difficile, qui peut vite devenir l’objet d’un procès en obscurantisme car qui, en effet, peut se dire a priori hostile aux valeurs d’humanisme et de tolérance qui émaillent la phraséologie maçonnique ?

De son côté, la députée de l’Oise Agnès Thill, exclue de LREM pour ses positions sur le projet de loi bioéthique, a été initiée à la loge du Droit humain en 2000, avant de redécouvrir la foi dix ans plus tard. Elle explique dans son ouvrage Tu n’es pas des nôtres (L’Artilleur) avoir rencontré en loge des personnes sincères et authentiques dans leur recherche de la vérité. Mais elle comprit par la suite qu’elle priait en fait Dieu au travers du Grand Architecte de l’Univers. Elle prit alors conscience du caractère schizophrène de sa situation, et de l’inconciliabilité des deux engagements : dans la franc-maçonnerie, tout vient de l’homme alors que dans la foi catholique, tout vient de Dieu. Et puis, d’un point de vue moins spirituel, la bouillonnante députée a vite compris que la fraternité portée au pinacle dans les loges s’effritait instantanément dès lors qu’un membre optait pour une position dissidente. «  Du jour où j’ai quitté ma loge, aucune fraternité n’a tenu  », expliquait-elle en septembre 2020 à Aleteia

Autre «  repenti  », l’académicien Jean-Marie Rouart, qui fut également franc-maçon bien qu’élevé dans une famille très catholique. «  J’étais au cœur de l’ennemi héréditaire de ma famille. Pire, je pactisais avec lui  », écrit-il dans son dernier livre Ce pays des hommes sans Dieu (Bouquins). Mais l’écrivain n’a pas tardé à identifier les ressorts réels du projet maçonnique : «  Le catholicisme inspire au laïcard la même fureur qu’au taureau la cape rouge du matador. [...] L’idée du Grand Orient [...] est de détruire le plus possible le principe religieux, d’en contester la nécessité, et d’espérer entraîner l’État et les citoyens à partager leur conception d’un humanisme athée.  » À la lumière de ce propos, on comprend mieux la constance de l’église dans la condamnation de la franc-maçonnerie, d’autant plus que cette dernière n’hésite pas à détourner certains des symboles chrétiens, notamment le triangle, pour mieux les retourner contre l’Église et parvenir à un but immuable : éloigner les hommes du Christ.

Une religion parmi d’autres ?

Aux yeux des profanes, la maçonnerie est souvent considérée comme une spiritualité parmi d’autres, voire comme une forme de religion. La confusion est entretenue au plus haut niveau, puisque les dignitaires maçonniques sont systématiquement invités avec les responsables religieux, chrétiens, juifs ou musulmans, lors des audiences devant les commissions parlementaires par exemple. Il est vrai que les hommes qui en sont à l’origine ont tous baigné dans un univers entièrement chrétien, même si ceux qui ont compté parmi eux étaient des occultistes, rejetant les enseignements du Christ.
Mystères des origines

De fait, les maçons ont toujours entouré de mystères leur naissance, qu’ils fixent au 24 juin 1717 en Angleterre, avec la création de la Grande Loge de Londres qui se prétendait l’héritière des anciennes confréries des bâtisseurs de cathédrales. Mais à la maçonnerie traditionnelle, dite «  opérative  », des constructeurs et tailleurs de pierre – tombée en décrépitude – se substitua alors la franc-maçonnerie «  spéculative  » – composée d’intellectuels, d’aristocrates, de commerçants. En outre, en 1720 et 1722, toutes les archives des loges furent volontairement détruites à Londres. Une disparition opportune, laissant libre cours à tous les fantasmes sur l’origine des loges, que certains font remonter jusqu’à la construction du temple de Salomon ou à l’Égypte Antique…

Mythe fondateur, rites occultes… De nombreux marqueurs semblent rattacher la maçonnerie à une forme de religiosité. Mais quid de la transcendance ? «  Toutes les loges veulent créer des hommes libres et remettre en question la vérité révélée. La vérité ne peut être construite que par l’expression d’une multiplicité initiatique  », explique Serge Abad-Gallardo. L’initié va donc devenir son propre roi et son propre prêtre. Il va s’émanciper jusqu’à se prétendre lui-même Dieu. «  La franc-maçonnerie, ajoute Serge Abad-Gallardo, vise à une sorte d’auto-proclamation humaine, s’apparentant au pélagianisme  » – une doctrine professant la liberté totale de l’homme face à Dieu. Pour le maçon, l’homme est le terme unique d’où il faut partir et auquel il faut tout ramener.

Une contre-Église ?

Une religion sans Dieu ? Une spiritualité ? Une philosophie ? Difficile de s’y retrouver, d’autant plus que la franc-maçonnerie emprunte beaucoup de ses références à la religion chrétienne ou à la Bible. Ainsi, pour ce dernier cas, les adeptes des loges vivent en 6021 et non en 2021. Ils ne prennent pas comme référence la naissance du Christ du calendrier grégorien, mais la construction de la tour de Babel, construite par les hommes pour atteindre Dieu, pour devenir comme lui, et in fine pour le détrôner… «  Les maçons ne disent jamais qu’ils sont une contre-église. Mais tous les rites le transpirent  », souligne Serge Abad-Gallardo.

En témoigne cette parodie de la Cène, qui trouve son origine dans des prescriptions maçonniques anciennes et qui se déroule dans certaines circonstances précises, notamment lors de l’admission d’un impétrant. Le vénérable y prononce les paroles «  Prenez et donnez à ceux qui ont faim  », «  Prenez et donnez à ceux qui ont soif  ». L’apprenti le plus récent et le maître le plus ancien prennent alors place chacun de part et d’autre d’un autel, et partagent le pain auxquels tous communient. La franc-maçonnerie honore aussi le serpent de la Genèse, en ce qu’il symbolise la vie initiatique et la transgression. La figure du Christ, dans bien des loges, est présentée sous un jour favorable. Jésus est un sage, un prophète, un porteur de message, mais il est en revanche dépouillé de tout ce que la tradition de l’Église a transmis de lui : sa dimension surnaturelle.

Ainsi, chez les francs-maçons, l’acronyme INRI rédigé sur le petit écriteau placé sur la Croix, qui pour le chrétien signifie Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum, «  Jésus le Nazaréen, roi des Juifs  », renverrait plutôt à la formule ésotérique : Igne Natura Renovatur Integra, qui signifie «  C’est par le feu que la nature se renouvelle  ».

Et si, au-delà des manipulations symboliques, la maçonnerie semble respecter la figure du Christ, il n’en est pas de même pour l’Église, niée et combattue, objet des haines les plus farouches que l’on attise à dessein, en particulier chez les hauts gradés. Dans certains rites, la tiare pontificale symbolise ainsi l’ennemi à abattre et pour progresser dans l’initiation, il convient de piétiner sa reproduction ou même d’y planter un poignard ! Tout un programme

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