Des catholiques identitaires ?

par Gérard Leclerc

lundi 9 janvier 2017

Il fallait s’y attendre. L’évolution de notre pays, et plus généralement celle du monde, nous mettent en face de difficiles interrogations. Nous nous demandons de quoi demain sera fait, quels équilibres pourront s’établir entre les peuples et les continents. L’extrémisme islamiste poursuivra-t-il sa course infernale, en déstabilisant des régions entières et en apportant le trouble jusque chez nous ? La mondialisation de l’économie, avec ses flux incontrôlés, achèvera-t-elle ses processus de démantèlement de nos entreprises, en nous dépossédant de la maîtrise de notre destin ? Décidément, l’optimisme qui régnait durant les Trente Glorieuses a presque totalement disparu, même s’il a été brièvement relayé par l’euphorie de la chute du communisme. Face à ces incertitudes, on ne manque pas de stigmatiser l’émergence grandissante des populismes et la tentation du repli sur soi. Cette dernière se décline aussi souvent sous le mode de ce qu’on appelle la crispation identitaire. Celle qui fige une communauté dans le culte d’un passé fantasmé et d’un héritage menacé.

Ce sont les catholiques qui, aujourd’hui, seraient les plus atteints par ce syndrome identitaire. Erwan Le Morhedec, avocat bien connu, le blogueur réputé sous le nom de Koz, réagit à ce danger qu’il considère particulièrement aigu. Ce qui nous vaut un essai qui suscite d’ores et déjà la controverse [1]. Avec le réflexe identitaire nous serions en présence du « mauvais génie du christianisme », au sens où il dénaturerait la foi et le message évangélique. Il convient sans aucun doute de prendre en considération son diagnostic, tout en prenant garde à des débordements qui risqueraient d’empêcher une réflexion commune, si possible fraternelle, sur les tâches actuelles d’un christianisme authentique, vivant et fidèle. Le rappel des crises anciennes pour éclairer celles d’aujourd’hui n’est pas toujours le mieux à même de produire la paix nécessaire. Car peut se glisser sous les meilleures intentions la tentation de l’amalgame qui anathématise l’adversaire, réduit à ses traits les plus caricaturaux. Sans compter que ce qu’on glorifie en contraste n’a pas été indemne de déviations qui risquent aujourd’hui de se reproduire. « Rien n’est moins chrétien que de serrer sans fin dans ses bras le cadavre de la vieille chrétienté. » Sans doute, mais cette charge n’est pas nouvelle. Il est arrivé dans le passé que ceux qui dénonçaient feu la chrétienté se retrouvent avec un autre épouvantail dans les bras… agrémenté des moustaches de Joseph Staline. Pardon pour cette impertinence, qui ne fait que répondre à d’autres pas plus aimables. Mais il conviendrait de tenter une véritable discussion, en mettant tous les enjeux sur la table et en renonçant à disqualifier par avance les autres partenaires. 


[1Erwan Le Morhedec, Identitaire. Le mauvais génie du christianisme, Éditions du Cerf, 304 p., 19 €.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Bonne anlyse comme tourjous de Gérard leclerc.
    L’identité , c’est comme la langue d’Esope, cappable du meilleru et du pire ;
    Le meilleur « allez enseigner les Nations dit le Christ ( non pas le terrain vauge mondialisée) et aime ton prochain comme toi-même », si ce n’est un éloge de l’identité, je meurs.
    Maintenant le pire : l’idolâtrie de soi ou de sa communauté de destin la nation, le patriotisme dévoyé , j’en passe.
    La parole, c’est qui permet d’établir une relation à l’autre, qui nous reconnait devant Dieu, c’est aussi le perfide Iago qui rend fou Othello, et le conduit à la catastrophe. D’ailleurs, c’est bien connu que les gens pervers détruisent les couples, les relations humaines, les cités… pauvres possédés qui triomphent comme el’a montré Dostoeiveski.
    Pour revenir à Koz, qui n’aime pas le peuple de Dieu du passé la chrétienté du passé il n’est pas le seul dans l’Eglise et on peut se demander jusqu’à quel niveau ? On a l’impression que cette incarnation à travers les siècles des catholiques est un obstacle à la pastorale. Alors à Koz j’aimerais dire une chose, je n’ai aucune idolâtrie-non vraiment- pour mes parents- grands- parents et jusqu’à la nieme génération, mais sans leur foi tenace malgré les épreuves, je ne serais pas là , ni fils de Dieu. Leurs failles oui, ils en ont eu, ils les ont traversées . Mes failles à moi sont plus importantes, j’en ai peur .
    Que Koz n’oublie jamais que sans cette chrétienté qu’il réduit à un cadavre, qu’on serre sans fin, que cette fascination qui s erait le mauvais génie du christianisme c’est la communion des Saint, qu’il jette aux orties, c’est à dire les grâces que nous héritons sans mérite de tous les chrétiens, qui nos ont précédés et « du poids aussi des fautes que nous devons porter , même si nous ne les avons pas commises « ( Ultime Rencontre de Gertrud von le Fort ) Et cela n’a rien à voir avec la nostalgie de temps passés, puisque que pour un chrétien , il n’ya qu’une nostalgie qui tienne, celle du temps qui vient, qui commence, celle de sa conversion à venir, qu’il relise donc Dostoïevski, ni slavophile au sens étroit ni progressiste. Oh que non.. Et que Koz nous fasse grâce de ses insinuations insultantes.
    Que Koz n’oublie pas que c’est grâce à ce que j’appellerais cette identité du peuple de Dieu qui remonte aux Pères de l’Eglise que le Cardinal Newman s’est convertit, oui s’est convertit de l’anglicanisme au catholicisme et qu’ensuite il illumine notre vie. Newman a permis aux Allemands de la Rose Blanche de puiser des forces pour résister, leur combat identitaire pour la chrétienté et l’Allemagne, dévoyée par un nouveau paganisme post chrétien

    En toute charité chrétienne j’aimerais dire à Koz la chose suivante : A force de chercher comme le héros de Pouchkine dans « la dame de Pique » la combinaison gagnante du catholicisme qu’il prenne garde à ne pas se réveiller , lui aussi un jour, à aussi à étreindre le cadavre d’une vieille Comtesse …. Morte !

  • Staline ? Rien que cela ? Mazette, par les moustaches du grand Philippe, si l’on poursuivait cette escalade historique, nous finirions en évoquant la LVF. Cela tombe bien, certains de ceux que j’ai croisés dans ce parcours n’en dédaignent pas l’évocation. Sont-ils catholiques, ne le sont-ils pas ? Il paraît qu’il ne faut pas avoir d’avis à cet égard. Mais je ne suis pas sûr que, dénonçant les vieilles querelles, il fallait précisément enchaîner en mentionnant rien moins que Staline.

    [A toutes fins, je précise que cette formule, sur le cadavre de la vieille chrétienté, que certes j’aime beaucoup, n’est pas de moi. Vu la tournure du débat, je ne suis pas certain de vouloir impliquer ici l’auteur, qui ne s’était probablement pas imaginé en compagnon de route du parti communiste époque stal]

    • De qui est cette charmante expression : " cadavre de la vieille chrétienté", ce serait intéressant de le savoir...

    • Il me semble que le grand Georges avait utilisé cette expression lors d’une conférence à propos de la vision de l’Allemagne détruite, des cathédrales ensevelies : "c’est comme si je voyais le cadavre de la vieille chrétienté".je confonds peut-être mais Monsieur Cause Toujours pourrait peut-être nous éclairer, cela nous intéresserait...Si j’ai raison, la formule de Bernanos est détournée par Cause toujours, car il y avait chez le grand Georges une vision d’horreur post Monsieur OUINE. Il ne s’agissait bien évidemment pas de la nostalgie de la marine à voile ou de la dentelle de Calais ou d’une chrétienté en sucre d’orge.

      Laurelo

    • J’ai lu sur votre blog l’introduction à votre livre que j’ai trouvée stimulante.

      Vous faites bien d’ouvrir un débat qui doit avoir lieu, y compris dans les colonnes de FC. J’espère que votre essai, que je vais lire, y contribuera utilement.

      Je ne vous reprocherai pas de faire observer qu’un certain nombre de références considérées comme des tabous par les générations passées, notamment celles qui ont connu la guerre et la décolonisation, sont en train de tomber chez des catholiques en général assez marqués à droite ou très à droite de l’échiquier politique. Plus seulement des vieux, mais aussi, et de plus en plus, des jeunes pour qui le vote FN est largement dédiabolisé (il faudrait que l’épiscopat se demande pourquoi au lieu de radoter sur le sujet, d’ailleurs).

      Cela étant, je trouve dommage que vous réagissiez comme vous le faites à l’article de Gérard Leclerc qu’on ne peut pas suspecter de vouloir polémiquer.

      Vous appartenez à une génération peut-être moins attentive à ce qui s’est passé en France après-guerre, et après le concile, toute chose qu’on ne peut vous reprocher de n’avoir pas vécu...Mais justement, l’expérience d’un Gérard Leclerc nous est d’autant plus précieuse.

      Les catholiques qui rasaient les murs, les catho-marxistes, les chrétiens compagnons de route du parti communiste, les pratiquants du "casse-croûte mystique" dominical en guise d’eucharistie post-soixante-huitarde déstructurée, ça a existé. Et on ne peut comprendre le retour de la "soutane 33 boutons" chez certains jeunes prêtres que si on tient compte que trop de curés (et d’évêques) ont cédé au costume-cravate, et pas que dans la tenue...au point d’ être devenus évanescents et insignifiants dans la société post-chrétienne...J’en connais un qui se croit obligé de faire encore campagne pour l’avortement, le pauvre homme...

      Quoi qu’il en soit, j’apprécie que vous veniez sur ce forum. J’espère qu’on vous y retrouvera plus tard pour des échanges contradictoires mais sans anathèmes...

    • Mon cher Pouzoulet, vous mettez le doigt sur une réalité qu’une partie de notre épiscopat et de sa bureaucratie parisienne se refuse à voir : l’émergence d’une génération de jeunes catholiques intellectuellement solides, indifférents aux querelles d’après Concile et aux anathèmes qui les accompagnaient, observateurs attentifs d’une post-modernité dont ils ont mesuré autour d’eux les effets mortifères, et bien plus lucides que les générations passées sur le "dialogue avec le monde".....

    • Merci : oui ! ce sont ces jeunes-là qui sont notre espoir...et il faut les accompagner pour qu’ils ne se perdent pas dans des sentiers de traverse par erreur de jeunesse ou enthousiasme mal placé.

      Est-ce qu’on peut reprocher à un jeune de vouloir voter FN pour mettre un grand coup de pied dans cette fourmilière de médiocrité poilitique ? Non. Mais on peut en revanche se reprocher de ne pas avoir expliqué que ce n’est sans doute pas la meilleure façon de changer la politique une fois qu’on aura allumé une bonne guerre civile comme les Français les aiment...parce que Mme Le Pen peut toujours courir les tribunes pour trouver une majorité de gouvernement dans ce pays.

      Qu’ils soient un peu trop identitaires, ces jeunes, ça ne va pas m’empêcher de les fréquenter et de les apprécier après toutes ces années où l’on a donné dans l’effacement, même s’ils collent un Sacré-Coeur sur le drapeau de la République où une Croix de Lorraine aurait mieux sa place à mon goût parce qu’il s’agit de rallier le plus grand nombre de Français, de tous bords et de toute conviction, à l’oeuvre de renaissance du pays.

      Les plus âgés sont là pour éviter à ces jeunes d’envoyer le balancier trop loin dans un sens après qu’il soit parti trop loin dans l’autre : la grande "déconnitude" post-conciliaire doublée dans le pays de la grande déconnitude libertaire. Qu’on se rassure : la droite n’a pas moins sa part d’erreur que la gauche...

      Je compte beaucoup sur Gérard Leclerc pour s’occuper activement de ce débat sur FC. On aura besoin de son discernement rarement pris en défaut.

    • PS. Lu l’échange entre Laurent Dandrieu et Erwan Le Morhedec dans la Croix du 17 janvier en attendant d’aller plus loin par le livre...

      Je trouve le discours d’E. Le Morhedec courageux et perspicace.

      Quelques phrases bienvenues :

      - parler des sources chrétiennes de l’Europe plutôt que de racines chrétiennes : l’accent doit être mis sur ce que nous pouvons apporter, sans oublier notre contribution passée ;

      - préférer à l’ "identité chrétienne" la "culture chrétienne". Oui, d’autant plus qu’il peut être plus facile pour un converti d’approcher la culture chrétienne que de se fondre dans une identité chrétienne remontant aux temps anciens qui, pour des raisons ethniques, peut lui sembler un peu lointaine de ses bases...

      - faire valoir nos valeurs, non pas en nous opposant à l’islam mais aux convictions de certains musulmans en contradiction avec elles.

      E. Le Morhedec a un peu tendance toutefois à minorer l’impact de l’immigration non maîtrisée qui a profondément déstabilisé la société française. C’est le plat de résistance de L. Dandrieu que d’expliquer que l’Eglise et les évêques ont fait sur ce sujet un peu trop preuve d’irénisme. On ne peut lui donner tort...

      Qu’on veuille avec E. Le Morhedec éviter d’attiser la guerre civile, c’est très louable, mais il ne faut pas se dissimuler la réalité : d’ores et déjà, des pans entiers de nos banlieues sont retranchés de la république et transformés en ghettos islamiques. Aucun Français digne de ce nom ne peut admettre cette colonisation à rebours du territoire et il faudra bien traiter la question car ce sont les Français qui vont finir par se radicaliser contre les musulmans comme on l’a vu en Corse récemment...

  • Qui sont exactement les "identitaires" qui mobilisent contre eux tant de vigilance et, semble-t-il, d’inimitié ?

    • Il est faux de dire qu’il existe des "identitaires catholiques", ce mélange, savamment orchestré, entre les vrais identitaires et les catholiques qui, enfin défendent l’identité chrétienne de la France !!, est une supercherie voulue pour semer le trouble et refuser le débat.

      Un véritable identitaire défend au départ une Europe des peuples et non des Etats Nations, il se réfère à une Europe pré-chrétienne, c’est vrai, considérant comme nombre de néo-païens que le christianisme conduit à la mort de l’Europe (Vieux débat !!!).

      Il se trouve que les cathos "modernistes" ou "tradis" ont toujours été contre ces courants mais qui sont intéressants à lire : je tire toujours profit à la lecture d’Alain de Benoist par exemple même si je ne suis pas d’accord avec lui.

      L’islamisation et la déchristianisation de l’Europe et de la France font peut-être se rencontrer des groupes de pensée chrétiens et des groupes "identitaires" qui refusent tous le "suicide de l’Europe" et ont une même défense culturelle mais pourquoi cet "amalgame" ?.

      Pourquoi dire "identitaires catholiques" ? je ne me sens pas identitaire mais je suis catholique et française et je n’accepterai jamais que l’on me demande de choisir entre les deux parce que j’en serais incapable, les deux pour moi étant consubstantiels à ce que je suis.

      A lire et à entendre certains, je me demande si je dois brûler les livres de Bernanos parlant de la "vocation spirituelle de la France" et tous les textes écrits par lui. Je relis Peguy, doit-on lui aussi le mettre au bucher ?
      Qu’est-ce qui arrive aux chrétiens ? sommes-nous dans le christianisme ou dans un néo-christianisme ? en quoi l’amour de sa patrie devient anti-chrétien ou un crime contre la charité ? quel est ce christianisme hors sol que devient la religion de l’incarnation ?

      Je croyais que l’on devait enseigner à toutes les nations mais aujourd’hui, on me dit que les nations n’existent plus et que nous sommes tous des migrants non pas en quête du royaume de dieu mais d’un vaste no man’s land ou tout le monde pose sa tente pour le plus grand bonheur du libéralisme sans frein ?

      Comment peut-on dénoncer le mal et louer un de ses effets : “Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes.” Certains devraient relire Bossuet. Comment peut-on être contre le libéralisme absolu et accepter la marchandisation des hommes, la mort des cultures et des nations ? il va falloir que l’Eglise nous l’explique car je ne suis plus la seule à ne pas comprendre ?
      Comment comparer la charité qui ouvre sa porte à un visage si proche et si lointain au nom d’une amitié, à celle qui encourage l’arrivée de peuples entiers d’un continent à l’autre. on n’est plus là dans la charité mais dans la politique et malheureusement celle que défend toute la caste mondialiste.

      Les deux livres en cours sont donc les bienvenus s’ils ouvrent un débat sincère et honnête et si le christianisme retrouve un peu sa tête qui semble très embrouillée pour nous autres simples pèlerins ayant besoin dans ces temps incertains d’une Eglise un peu plus structurée. On a du mal à comprendre ce que veut réellement l’Eglise et où elle nous conduit : pense-t-elle vraiment qu’elle pourrait survivre dans l’ensevelissement de l’Europe et à sa mort programmée ? Alors relisons le livre sur l’identité de Jean-Paul II ou son discours à l’Unesco qui sont beaux et grands, nous n’avons pas le droit de ne pas accepter l’héritage qui nous a été transmis et n’en déplaise aux chrétiens, cet héritage appartient aux athées, aux agnostiques et même aux païens qui aiment ce pays et qui ne veulent pas qu’il meure.

    • Chère Laure,

      J’essaie de répondre à votre message parce que je pense qu’il réflète un désarroi assez répandu et à ce titre il est important de ne pas le laisser sans réaction.

      1° Nous ne sommes pas en train de traquer le "catholique identitaire" comme le loup des steppes...

      Retour en arrière : pendant pas mal de temps, il y a eu un effacement des catholiques dans la société. On assiste à une réaction qui présente des aspects positifs (les catholiques n’ont pas à s’excuser de l’être et de le manifester) et des aspects négatifs (quand cette réaffirmation de soi se veut trop exclusive ou sectaire, ce qui est en totale contradiction avec la foi catholique : je comprends que c’est l’objet du petit bouquin d’E. Le Morhedec et il a bien fait de l’écrire car il faut alerter contre cette dérive ).

      Je pense que vous avez tort de nier la réalité de ce phénomène qu’il faut analyser, critiquer, pour mettre en garde contre ses effets pervers sans pour autant renier ses effets positifs : les catholiques ont leur place à prendre dans la sphère publique.

      Et il ne s’agit pas là de faire un amalgame avec des formes plus ou moins païennes de réaffirmation identitaire qui ont souvent des connotations ethno-culturelles, par rejet de la pluralité ethnique européenne consécutive aux immigrations.

      2° On ne vous demande pas non plus de choisir entre la France et le catholicisme. C’est votre identité, très bien. Ce n’est pas pour autant que ça fait de vous une catholique identitaire sectaire prête à considérer les non-catholiques ou les non-Français de souche non catholiques comme des indésirables ou des illégitimes dans la société française.

      Et on ne vous demande pas de renier Bernanos ou Péguy : admettez seulement que d’autres Français puissent avoir d’autres références tout aussi respectables.

      Bref, arrêtons cet emballement contre lequel Gérard Leclerc nous a mis en garde...Et essayons de nous replacer le jour de la 1ère Pentecôte avec tous ces gens venus à Jérusalem de tous les pays du pourtour méditerranéen. Il faut aller à Rome ou à Jérusalem pour sentir presque physiquement à quel point notre foi catholique ou chrétienne transcende nos identités nationales qui font la richesse du monde.

      3° Je ne sais vraiment pas où vous avez pu lire que l’amour de sa patrie c’est anti-chrétien ou un crime contre la charité...L’Eglise ne condamne pas le patriotisme mais le nationalisme qui fait de la nation un amour exclusif de tous les autres et qui, en fait, idolâtre la nation au point dans certains cas d’affubler celle-ci d’une fonction messianique.
      C’est un peu le problème du nationalisme russe actuellement, par exemple. Et cela d’autant plus que l’église orthodoxe russe pour des raisons historiques est incapable de sortir la foi de l’enfermement national en raison de sa dépendance à l’Etat russe.

      Ne vous laissez pas enfumer par des discours qui prétendent que l’Eglise nous demande d’ouvrir nos pays comme des moulins. Ce qui est sûr en revanche, c’est que les évêques ont eu parfois un discours un peu trop irénique pouvant être instrumentalisé dans ce sens. Sur l’islam ils ont été beaucoup trop "bisounours". On en est revenu mais ça a laissé des traces durables.

      J’ai l’impression que vous vous laissez un peu trop chahuter par les vagues médiatiques autour du sujet qui nous occupe alors qu’il faudrait d’abord vous replonger dans la doctrine sociale de l’Eglise...mais je vous rejoins : que font les évêques ? C’est leur boulot d’enseigner ça...Il faudrait tout de même qu’ils s’y mettent !

      4° Il faut arrêter ce fantasme : l’Europe n’est pas en train de couler comme le Titanic, sous le coup d’un iceberg nommé Islam.

      L’Europe est en crise, oui. Crise économique et sociale et aussi crise de civilisation. Mais elle a d’énormes ressources intellectuelles pour y faire face, des sociétés libres pour en délibérer, une résilience qu’on sous-estime. Croyez-vous une seule seconde que les femmes européennes vous se soumettre aux archaïsmes de l’islam ? Bien sûr que non même si on trouvera toujours quelques illuminées pour passer au tchador.

      Ce n’est pas la civilisation islamique incapable de franchir le cap de la modernité autrement que dans la violence, la guerre civile et les convulsions religieuses qui nous menace ! C’est notre incapacité à mobiliser les ressources d’une renaissance...et d’abord l’incapacité de nos élites. On en a le spectacle affligeant avec les primaires de la gauche. La pensée de gauche est devenue une bouillie pour les chats. Si Macron arrive à émerger, c’est parce qu’il évolue avec sa silhouette jeune et high tech au milieu d’un champ de ruines idéologiques...

      5° Alors oui, je vous rejoins : relisons les grands discours de Jean-Paul II mais relisez aussi les grands textes de Benoît XVI qui a parfaitement décrypté la crise européenne. Mais que font nos évêques pour mobiliser cette ressource ? Une fois de plus, rien de vraiment utile et constructif, ou presque. Il se passe des choses aux Bernardins pour les "happy few". Mais qui met ces ressources à disposition des "catholiques d’en bas" comme vous et moi ? Personne...

      Conclusion. Je vous propose de vous resituer un jour de tempête sur la mer de Galilée...La barque ne va pas couler. Et bien la France ne va pas sombrer. L’Europe ne va pas s’effondrer. Nous allons nous prendre en main en arrêtant de nous faire peur avec un cinéma un peu excessif. Et je vois autour de moi suffisamment de jeunes cathos bien dans leur identité française et catholique sans pour autant tomber dans "l’identitaire sectaire" et capable de prendre les choses en main.

      Les temps de crise sont des temps où la créativité peut se déployer. On en a besoin. La France est un pays beaucoup trop engoncé dans ses vieilles habitudes, qui a beaucoup muté mais qui a oublié de mettre de l’ordre dans ses "fondamentaux" (principes pré-politiques de notre société). Il est temps de s’en occuper. Encore faudrait-il que les catholiques lisent des gens intelligents au lieu de se masturber intellectuellement dans le Salon beige ou d’autres trucs identito-catholiques du même genre...Et les catholiques ont une contribution importante à apporter à condition qu’ils ne restent pas assis sur leur trésor en train de se contempler le nombril identito-sectaire en vouant le reste du pays aux gémonies ("on vous l’avait bien dit que la France allait couler"...).

      Si les évêques mouillaient un peu plus la soutane, on se sentirait plus soutenu. Mais il y des catholiques qui ont choisi de ne pas attendre que ceux-ci donnent de la crosse pour faire avancer tout le monde et ils ont bien fait. Erwan Le Morhedec est un bon exemple de catho qui se prend en main et qui tâche que les autres cathos se prennent en main.
      C’est bien. Le temps presse,tout de même.

    • L’Union Européenne, cet arrogant Titanic fait eau de toute part. Pendant que sur la passerelle les dirigeants poursuivent leurs lubies ultralibérales, l’orchestre poursuit sa musique pour endormir les passagers embarqués malgré eux et masquer le bruit des cataractes en soute. Les Anglais ont déjà sauté dans une chaloupe pour fuir le naufrage. Logique pour un peuple insulaire qui a longtemps régné sur les mers.

      à Laure :

      Réveillez vous ! Vous nous citez Alain de Benoist. Savez vous bien de qui et de quoi vous nous parlez. Il y a un antagonisme irréconciliable entre le christianisme et les thèses d’A. de Benoist (une intelligence exceptionnelle au service d’une détestable cause ; le terrible mirage luciférien de l’intelligence dévoyée) et de tous ces gens issus de l’ancienne Nouvelle Droite qui ont tenté de subvertir les élites intellectuelles françaises dans les années septante.

      Le fait que vous mettiez sur un même plan Georges Bernanos démontre qu’il y a une très grave confusion dans vos analyses et dans votre perception. On peut faire quelques légers reproches à Bernanos. Il est cependant l’antithèse exacte de ce néo-paganisme élitaire et raciste qui, après avoir investi la socio-biologie et la génétique, prétend désormais cannibaliser le catholicisme et le vider de sa substance judéo-chrétienne.

      Vous croyez naïvement que ces "identitaires" néo-païens défendent la patrie (ou la nation, c’est la même chose n’en déplaise aux sophistes). "Régionalistes", ce sont des internationalistes à leur manière. Ils défendent la race blanche (est ce le message du Christ ?), la France n’est qu’un enclos provisoire !

      On nous parle de l’église orthodoxe russe comme si c’était l’ennemie des chrétiens d’Europe ! Savez vous que parmi les ultra-nationalistes ukrainiens, ceux qui ont pris le pouvoir voici 3 ans on trouve des groupes néo paganistes très structurés ? Ceci permet de mieux comprendre pourquoi une partie de l’Ukraine officielle est infestée de slogans et de doctrines dignes du 4ème Reich.

      Si vous croyez que vous allez conjurer "l’islamisation et la déchristianisation de l’Europe et de la France" en vous laissant séduire par les discours de cette micro frange catholique (sont ils vraiment catholiques ?) qui tient des discours identitaires (à surtout ne pas confondre avec l’identité) et parfois racialistes, vous risquez de vous égarer gravement (et de manquer votre objectif).

      De même vous vous exposez à des risques d’identité chrétienne en niant la réalité de ces courants identitaires néo paganistes qui ont investi depuis quelques temps (le pontificat Bergoglio ?) certains groupes catholiques (comme Academia Christiana et ses conférences ethno-différentialistes).

      Charles de Gaulle était un patriote (il a réhabilité la souveraineté de la France contre les Allemands et contre les appétits de l’impérialisme américain, ce n’est pas rien), il était chrétien. Même si le personnage avait de larges zones d’ombre il peut aider à comprendre ce que peut être un patriotisme raisonnable et apaisé pour un chrétien.

    • PS. J’ai été un peu injuste pour le collège des Bernardins et il faut réparer un oubli.

      Je vous signale en effet l’excellent site de "e-learning" Agapan.fr où vous pourrez trouver beaucoup de formations en ligne sur de nombreux sujets en rapport avec vos interrogations "identitaires".

    • Je pense que vous mythifiez De Gaulle.

      1° En arrivant au pouvoir, De Gaulle n’a nullement décidé la sortie du marché commun et l’arrêt du projet européen : il a d’ailleurs été achevé plus tôt que prévu sous sa présidence.

      En revanche, il s’est clairement démarqué du projet d’Europe fédérale qu’avait en vue Jean Monnet et l’histoire lui donne raison. L’Europe est une communauté de nations ayant choisi librement d’exercer en commun leurs pouvoirs souverains dans un certain nombre de domaines, ce qui n’est pas la même chose.

      2° De Gaulle a refusé l’entrée des Anglais dans l’Europe du traité de Rome et l’histoire lui a encore donné raison. Les Anglais comme les Russes sont des Européens mais leur histoire et leur position géopolitique les mettent irréductiblement en périphérie du projet continental. Ils alternent entre coopération et rejet par rapport à ce projet. L’un des défis est de trouver un mode d’arrimage adéquat et stable entre l’UE et ces deux puissances. L’UE ne peut pas se passer de la Russie et du Royaume-Uni et ces deux pays ne peuvent pas se passer du continent européen.

      3° De Gaulle a fait de la coopération franco-allemande le socle de sa politique européenne. Cela reste d’actualité. Il est impératif de redonner une nouvelle impulsion à cette coopération. Nous avons énormément en commun avec les Allemands, bien plus que nous le pensons. L’Europe carolingienne est une dimension essentielle de notre identité nationale. J’y ajoute l’Espagne et le Portugal bien sûr.

      Je ne vois guère de pays au monde qui puisse se targuer d’être aussi bien entourés. Il y a là un énorme atout pour l’avenir. Je ne vois aucune raison valable de "claquer la porte au nez" de voisins si proches de nous.

      4° Enfin De Gaulle n’a pas abrogé l’alliance transatlantique et, dans les heures de crise les plus graves, a serré les rangs avec les Etats-Unis. En revanche, il a développé la capacité militaire de la France et veillé à la souveraineté nucléaire de notre pays. Nous avons toujours besoin des deux et d’une coopération militaire entre Européens notamment avec les Allemands et les Anglais, sans doute aussi avec les Polonais en Europe centrale et de l’est. Je pense que Trump, quand il aura fini de tweeter et quand il aura enfin pris la mesure de ses responsabilités planétaires, comprendra que l’OTAN n’est pas à jeter.

      5° Merci de ne pas déposer de mauvais souverainisme franchouillard et aigrillard au pied de la Croix de Lorraine. Etre gaulliste aujourd’hui, comme hier, c’est avoir une vision contemporaine des enjeux politiques et stratégiques. Et pas plus qu’en 1958, les circonstances ne commandent de démolir le projet européen. Il faut au contraire la restructurer pour lui redonner la cohérence qu’il a perdue.

      Les Anglais sont les Anglais et nous, c’est nous. Je leur laisse le Brexit, sans aucune envie de suivre leur chemin. La France a une responsabilité historique en Europe qui consiste à rapprocher les nations de ce continent et à préparer une nouvelle renaissance. Un capitaine ne quitte pas le vaisseau au milieu de la tempête.

      Et je m’opposerai avec détermination à tous ceux qui voudraient nous faire croire que le salut est dans le canot de sauvetage souverainiste. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas très sérieusement réformer l’Europe de Maastricht que, pour ma part, je n’ai pas approuvée au référendum de 1992. Mais je dis aux souverainistes qu’il faudrait tout de même tenir compte du vote souverainement posé par les Français à ce moment-là et qui nous engage jusqu’à aujourd’hui...si la souveraineté du suffrage populaire a un sens. J’ai pour habitude de prendre les gens au vote plus qu’au mot ou au sondage. Cela aussi c’est du gaullisme qui est une culture politique éminemment républicaine et démocrate.

    • à Paul,

      Relisez ce que j’ai écrit : je ne partage en rien les idées d’Alain de Benoist, cela m’amuse car vraiment je suis très loin de cette pensée, mais cela ne m’empêche pas de lire les livres dont je ne partage aucune des idées.
      Je pensais que mes références à Bernanos et à Peguy témoignaient de mes attaches. Je m’élevais justement contre la confusion "malhonnête" établie par certains entre les "identitaires" et les catholiques finalement attachés à la tradition chrétienne de la France.
      De plus, nous avons si je vous lis bien des points communs : vous parlez du Général, je suis gaullienne (pas gaulliste) donc moi aussi anti-européiste. Je veux l’Europe de Goethe, Chateaubriand, Dante, etc ..avec des états nations souverains et fidèles à leurs vocations.

      Laure

    • à Laure,

      Dont acte.

    • à Ph. Pouzoulet

      Soit votre mémoire vous joue des tours, soit votre histoire de France commence en 1958.

      J’ai fait référence au combat de la France libre contre l’Allemagne qui prétendait anéantir la France et la dissoudre dans l’Europe allemande (déjà).

      J’ai également fait référence à l’AMGOT qui prétendait imposer en 1944 une monnaie de singe à cette France (pas seulement gaullienne) que l’Amérique rangeait de fait dans le clan des perdants, dans le camp d’Hitler. Un bon moyen de terrasser définitivement celle qui avait été une des premières puissances du vieux continent.

      Seule la volonté souverainiste inflexible de de Gaulle a permis d’échapper à cette monstrueuse sujétion.

      On ne peut pas faire de politique fiction avec Charles de Gaulle. Néanmoins tout laisse à penser qu’il n’aurait jamais laissé faire cette caricature d’Europe qu’est aujourd’hui l’union européenne à 28.
      Il n’aurait pas capitulé devant l’Allemagne (notre prétendu binôme), tout comme il ne se serait pas asservi à l’OTAN. Avez vous oublié que les américains ont dû quitter notre pays avec armes et bagages lorsque le président a décidé de sortir de la tutelle de l’OTAN ?

      Oui, armes et bagages ! Plus un seul militaire US dans aucune des bases françaises ! Si ce n’est pas du souverainisme on peut se demander comment il faut qualifier cet acte de souveraineté et d’indépendance.

      Peut être votre mémoire est elle selective mais je ne suis pas le seul à ne pas avoir oublié le "vote souverainement posé par les Français" ces Français qui ont dit NON au Traité en 2005.
      Très clairement "la souveraineté du suffrage populaire" n’a pas de sens.

      Enfin je ne saisis pas ce que vous avez en tête en m’accusant sans me connaitre de "souverainisme franchouillard et aigrillard".
      Je comprend encore moins ce qu’il peut y avoir d’égrillard dans mes propos.

  • Je viens de lire le livre d’E. Le Morhedec et je pense qu’il vaut la peine d’être parcouru notamment par les jeunes catholiques.

    Le paysage qu’il dresse d’un catholicisme identitaire ayant tendance à frayer avec des milieux bien peu catholiques ou même bien peu chrétiens généralement situés très à droite ou à l’extrême droite ouvre les yeux sur une véritable dérive dont on ressent les effets jusque sur ce forum.

    C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai beaucoup ferraillé ici à propos de Poutine : comme à l’époque des dictatures d’entre-deux-guerres ou du franquisme, l’aveuglement sur ce qu’est réellement le phénomène Poutine est révélateur chez certains catholiques d’une tentation identitaire qui favorise le vote populiste (FN) et qui finit tôt ou tard dans le rejet de la démocratie et des libertés politiques.

    Les catholiques français ont trop souvent, dans le passé, dérivé vers le mauvais camp en laissant s’exprimer leurs frustrations politiques pour qu’on ne se montre pas sur ses gardes...

    L’auteur prend soin de distinguer identité catholique et catholique identitaire. La différence entre une posture catholique ouverte sur le monde et les autres, et une posture au contraire repliée sur elle-même, qui a tendance à s’affirmer nationaliste, xénophobe et anti-romaine.

    Le rappel qu’il fait du catholicisme d’Action française promu par un Maurras agnostique et violemment hostile au "venin" du christianisme enté sur la racine juive est pertinent. C’est aussi pourquoi l’antisémitisme et la judéophobie restent un marqueur valable pour débusquer ce catholicisme identitaire malsain. Un catholicisme ouvert et fidèle à ses sources ne peut pas être anti-judaïque.

    J’espère que ce livre va stimuler, mieux qu’un débat, une réflexion que chaque catholique devrait avoir sur la façon de porter ses convictions dans la sphère publique et politique.

    Un bon indice qu’E. Le Morhedec a porté le fer là où le catholicisme est infecté est la recension de son livre mise en ligne par le Salon beige qui accuse l’auteur ...de pharisianisme ! On croit rêver : pas un mot d’auto-critique dont ce site aurait pourtant bien besoin...

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