L’espérance de Noël

De la crèche au combat

par Tugdual Derville*

mercredi 18 décembre 2019

Les anges
© Philippe Lissac / Godong

Un jour que j’avais été – paraît-il – particulièrement pénible, mes parents m’ont vu, à la fin de la prière familiale, prendre «  mon  » mouton, qui était encore assez loin dans son pèlerinage d’Avent, pour l’avancer au tout premier rang des santons de la crèche. Ma mère a tenté de me raisonner : «  Es-tu certain que… ?  » Mais c’est moi qui ai eu raison d’elle : «  Oh ! je viens de passer un si bon petit moment avec Jésus !  »

J’ai réfléchi depuis à la miséricorde absolue et instantanée de Dieu, qui s’incarne pour voir le jour à Noël dans l’Enfant-Jésus. J’en ai déduit un triptyque : conscience, puissance, grâce.

La conscience que j’ai de Dieu l’autorise à déployer sa puissance, appelée par ma liberté, et se traduit en pluie de grâces. Au pied de la crèche, la conscience accueillante de la présence de l’Enfant Dieu nous incite à nous faire creux, à arriver avec du vide plein les mains. C’est le meilleur appel d’air que nous puissions faire à l’Esprit Saint. Et nous ne serons pas déçus. Car l’Esprit Saint est le cadeau, illimité par essence, que nous adresse le Christ, non pas une fois pour toutes, mais en pluie continue. Il suffit, de se faire «  capacité  » pour qu’Il se fasse «  torrent  » selon la promesse faite par Jésus à sainte Catherine de Sienne.

Au contraire, la suffisance peut être diabolique. De part et d’autre de la Croix, les deux larrons nous situent toujours devant le choix entre autonomie absolutisée et dépendance vis-à-vis du Sauveur.

Dans un débat difficile…

Quand s’engage un débat difficile, où nous risquons d’être maltraités, quand il faut prendre la parole seul contre tous ou peut-être se taire, c’est le moment de se faire creux. La promesse du Seigneur tient toujours : «  Quand on vous livrera, ne vous inquiétez ni de la manière dont vous parlerez, ni de ce que vous direz : ce que vous aurez à dire vous sera donné à l’heure même  » (Mt 10, 19).

Oserais-je dire que je l’ai maintes fois vérifié ? Il n’y a aucun mérite à cela car, en situation – c’est-à-dire en situation difficile – la prière est le réflexe du chrétien. Même du chrétien tiède, si l’on en croit les murmures entendus dans les navires ou avions en perdition… Et même des non-chrétiens.
Les vocations qui nous plongent dans la permanence du combat spirituel ont cet avantage de nous attacher à la prière comme à une bouée de sauvetage, et de nous faire découvrir la puissance de Dieu, au cœur de nos vies. Et donc sa grâce !

Il faut toutefois prendre conscience, en même temps, de la puissance – certes bien moindre – du diable et des mauvais anges. Bien sûr, nous débattrons avec les talents qui nous sont donnés, renforcés par le travail de fond et la préparation spécifique nécessités par les circonstances. Mais nous devons aussi savoir que, dès que nous entrons dans le bras de fer qui oppose la vie à la mort, nous sautons dans un espace où s’affrontent les puissances surnaturelles.

Combat surnaturel

Nos adversaires le savent souvent, plus que nous ne l’imaginons ; certains de ces malheureux n’hésitent pas à utiliser occultisme, satanisme et sorcellerie pour étouffer notre voix et entraver nos projets. Mieux vaut le réaliser pour ne pas être surpris, pour ne pas se laisser anéantir par l’Ennemi sans comprendre d’où cela vient : embûches matérielles, divisions chroniques, épuisement, sourdes angoisses, certains cauchemars et bien d’autres manifestations maléfiques.

Une fois identifiées dans leurs conséquences, ces pratiques peuvent et doivent être contrées par des prières de libération. Le Décourageur attaque systématiquement ce qui est précieux et fragile : le mariage, la sexualité, les enfants dans une famille, une vocation, un projet d’évangélisation… Il exploite aussi nos faiblesses morales ou psychiques. Mieux vaut les connaître, travailler sur soi et exercer la vertu de force.

Dans la description faite par saint Paul de la panoplie de l’évangélisateur, sa tenue de combat va jusqu’à l’arme défensive : «  Prenez par-dessus tout cela le bouclier de la foi, avec lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du malin.  » La conscience de la puissance de Dieu est essentielle pour rendre les attaques spirituelles inopérantes.

Dès son élection en 2013, lors de sa toute première messe, le pape François affirmait : «  Celui qui ne prie pas le Seigneur, prie le diable.  » Il ajoutait : «  Quand on ne confesse pas Jésus-Christ, on confesse la mondanité du diable.  » Depuis, le pape François fait souvent référence au diable dans sa pastorale.

Armes appropriées

L’Église nous offre toujours des armes appropriées qu’il faut réhabiliter : le signe de la Croix, des prières spécifiques (petit exorcisme de Léon XIII, bref de saint Antoine, prières à saint Michel…), les sacramentaux (sel exorcisé et eau bénite) ; le recours aux groupes de prière ou, si nécessaire, à un prêtre spécialisé, auquel un évêque a délégué la charge d’exorciste, réservé aux cas exceptionnels de possession. Dans tous les cas, une fois nettoyée – ou régulièrement nettoyée – de ses infestations, notre maison devra être meublée par la prière, pour éviter le «  retour en force  » décrit par Jésus en Mt 12, 43-45, qui s’apparente à un retour de bâton.

Tout chrétien secoué par le combat spirituel sait qu’il doit s’adonner à une hygiène de vie spirituelle (prière personnelle, confession, eucharistie…) qui l’engagera dans un cœur à cœur avec le Christ vainqueur. Grâce à l’expérience de cette victoire avec Jésus et sa mère – dont l’humilité écrase la tête du dragon trop orgueilleux – les grandes peines ou frayeurs peuvent se retourner en plus grande joie : le prince des ténèbres s’évanouit toujours devant le Prince de la paix.

— 

* Délégué général d’Alliance Vita

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