Dans un monde où tout bouge…

par Gérard Leclerc

lundi 7 novembre 2016

Dans quelques heures nous aurons les résultats de l’élection présidentielle aux États-Unis. Mais quel que soit le verdict des citoyens américains, rien ne pourra effacer une campagne électorale qui aura mis en évidence la situation d’une société déstabilisée. De ce point de vue, il y a une parenté évidente avec l’Europe, elle aussi bouleversée par les effets de la mondialisation.

Comme l’écrit Natacha Polony dans Le Figaro du 5 novembre : «  Le phénomène Trump n’est que la traduction d’un mouvement de fond qui ébranle toutes les sociétés occidentales : la révolte des petites classes moyennes déstabilisées dans leur identité par la lame de fond d’une mondialisation qui avait déjà emporté les classes ouvrières.  » Est-il vrai qu’en contrepartie, l’économie du libre-échange aurait réduit la pauvreté du monde dans des proportions considérables ? C’est possible dans une certaine mesure, mais cela ne s’est pas fait sans effets dévastateurs, dont les pays occidentaux n’ont pas fini de payer le prix.

Cela se traduit sur le terrain politique par la montée de ce qu’on appelle péjorativement le populisme et le discrédit qui touche la classe dirigeante dans son ensemble. Hillary Clinton ne bénéficie pas de l’aura qui entourait Barack Obama lors de son avènement. Le parti démocrate lui-même a subi la contestation interne d’un Bernie Sanders, dont l’émergence a été contrée par des moyens discutables. Chez nous, l’évidente présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, avec l’élimination probable de la gauche offre une analogie directe avec le phénomène Trump. Que la question identitaire soit posée avec autant d’insistance de part et d’autre de l’Océan est significatif d’un trouble profond, attisé encore par la menace islamiste.

Les nouvelles générations sont directement affectées par ce bouleversement. Le livre d’Alexandre Devecchio (Les nouveaux enfants du siècle, Éditions du Cerf) nous fait plonger dans cette réalité bouillonnante d’un univers en révolte. Il est grand temps d’en prendre conscience au sein de l’Église de France, qui ne saurait se fier aux paramètres d’hier et aux idéologies qui leur correspondaient. Nos évêques, réunis comme chaque année à Lourdes, ont-ils reçu à leur juste mesure les objections dont leur document sur la politique a été l’objet ? Il faut ardemment le souhaiter, car dans un monde et une société en pleine transformation, le message de l’Évangile ne peut être reçu qu’en fonction des conditions concrètes vécues par tous ceux et toutes celles à qui il est destiné.

http://www.lci.fr/elections-americaines/elections-presidentielle-us-resultats-sondages-hillary-clinton-devance-a-nouveau-donald-trump-2011224.html


http://www.chaunu.fr/

http://www.ticketac.com/spectacles/chaunu-le-showman-dessinateur-le-chaunu-show.htm#decouvrir

http://www.billetreduc.com/173701/evt.htm

http://www.theatreonline.com/Spectacle/Emmanuel-Chaunu-Le-Chaunu-Show/56959?o=1

https://www.box.fr/representations/chaunu-le-dessinateur-showman

https://www.facebook.com/chaunushow/

Pour aller plus loin :

Messages

  • "Dans un monde où tout bouge..." en effet, et pour ne citer que "Le phénomène Trump" sans aller plus loin... Personne n’ignore que les Russes sont, dit-on, les plus forts au jeu d’Echecs. Dans le contexte
    mondial actuel, il ne serait peut-être pas excessif de se poser la question de savoir si Hillary Clinton n’a pas "gaffé" (une fois de plus) en accusant le Kremlin de s’immiscer dans l’élection présidentielle des Etats-Unis. Et si Donald devrait, non pas une fière chandelle, mais comme un petit cierge à saint Vladimir...

    D’autre part, la déclaration (mi-figue mi-raisin) de Poutine assurant que la Russie discutera avec le nouveau président américain quel qu’il soit pourrait laisser songeur.

    Quoiqu’il en soit, si le vainqueur était Trump c’est peut-être que Hillary se sera montrée l’antithèse de la "Lady is a tramp"...

    Sans jeu de mots.

  • La gifle, la grosse gifle…

    Reçue en premier lieu par Hillary Clinton, très largement distancée par son rival : le désaveu est sans réplique.

    Par le président Obama, ensuite, qui s’est lourdement investi - lui et tout son clan familial - dans le soutien de la précédente. Il n’a même pas eu l’élégance de se poser en arbitre - mais l’élégance existe-t-elle dans les cercles de la politique US ? Il est donc lui même très largement éclaboussé par la vague de désaveu anti-Clinton. Il est intéressant d’attendre la pirouette prochaine de cet habile équilibriste, habile phraseur, qui lui permettra de retomber sur ses pieds, devant son public, comme si de rien n’était.

    Gifle, pour les instituts de sondages dont les prédictions étaient la symétrique inverse des résultats constatés ce matin ! Beau professionnalisme d’une corporation arrogante qui se prend parfois pour faiseuse de rois (kingmaker) et qu’on peut (légitimement ?) soupçonner de biaiser, voire bidonner, certains résultats au gré de ses propres attentes.

    Gifle encore pour les médias étasuniens, cavalerie lourde qui s’était rangée, quasi à l’unanimité, sabre au clair, derrière Hillary Clinton et qui s’est fendue de quelques charges épiques.

    Mais il serait injuste de réserver les gifles à l’autre côté de l’Atlantique. Ce côté-ci n’a pas démérité non plus. D’ailleurs, ce matin, c’était assez jouissif de voir nos propres médias sonnés par la baffe colossale et inattendue qu’ils venaient de recevoir. Ils attendaient Hillary dans la morne plaine... ce fut Trump !

    Cependant, traces encore visible du soufflet sur la joue, les commentateurs tentaient - longue expérience de la chose, visiblement - de faire bonne figure, quand ils ne faisaient tout bonnement pas volte-face, et tentaient de justifier l’injustifiable : tout leur baratin récent, les “erreurs” de pronostics et l’attachement “aux valeurs” qui avait justifié de hisser madame Clinton sur un piédestal médiatique et de piétiner à satiété son concurrent.

    Les politiques n’étaient pas en reste. Celui qui s’en est le mieux sorti est encore Sarkozy (l’avait-il anticipé ?) qui a convoqué la presse à laquelle il a expliqué que « le message du peuple américain doit être entendu ; comme le choix du Brexit, il exprime une volonté du peuple » (sûrement une réminiscence du Congrès sarkozien étranglant le référendum de 2005...).
    Rebondissant sur sa propre campagne, il a assuré, visant l’hôte fantomatique de l’Élysée, qu’il n’y avait « pas de place pour l’impuissance, pour la faiblesse, pour le renoncement »

    Notre clairvoyant président normal n’avait très certainement pas, lui, anticipé la défaite de sa favorite. Après avoir il y a quelques semaines laissé filtrer, très élégamment et très diplomatiquement, que Trump suscitait un « sentiment de haut-le-cœur », il ne peut s’empêcher de s’enfoncer en déclarant ce matin que « cette élections ouvre une période d’incertitudes » (*)

    Juppé l’atlantiste n’avait pas non plus anticipé, mal réveillé, à peine sorti de son pyjama et de ses rêves clintoniens, s’est contenté d’un communiqué précipité mettant en garde contre le « populisme » : il « ne veu[t] pas que la France s’engage dans la voie de l’extrémisme et de la démagogie » (des fois que les Français soient fortement tentés, comme les Américains, d’envoyer en 2017 aux orties les vieux chevaux de retour du Système...)

    Notre gouvernement est désormais empêtré dans ses prises de position insultantes à l’égard de celui qui est le nouveau président des USA.

    Un Moscovici, Commissaire Européen et grand cacique de la Hollandie, n’hésitait-il pas à déclarer (lundi) : « L’Amérique a le choix entre le meilleur- une femme Présidente- et le pire- un populiste provocateur à la Maison Blanche » !

    Mais parmi le pire (**) de ce qu’on peut observer - symptomatique de la décrépitude lamentable qui gangrène les instances dirigeantes et représentatives qui se sont emparées de la France depuis bien trop longtemps -, on peut retenir deux messages sur twitter - vite effacés - de l’ambassadeur de France aux USA :
    « Après le Brexit et cette élection, tout est désormais possible. Un monde s’effondre devant nos yeux. Un vertige » et
    « C’est la fin d’une époque, celle du néolibéralisme. Reste à savoir ce qui lui succédera » (sic !!!)

    Oui, c’est « la fin d’une époque », celle des De Gaulle et des Talleyrand qui avaient une notion des relations internationales autrement plus fine et autrement plus profitable à la souveraineté française. (***)

    * Très certainement ses propres incertitudes...
    On peut le rassurer : s’il est une certitude absolue, c’est que, s’il avait jamais l’insolence de se représenter, l’électorat Français va le balayer sans la moindre pitié et sans la moindre hésitation !

    ** Les limites en sont à chaque fois repoussées - avec délectation morbide -, le pire est sur une asymptote...

    *** en dépit de l’amoralité prodigieuse et de l’avidité financière proverbiale de Charles-Maurice de Talleyrand...

    • Je ne pense pas que Trump ait autant distancé Clinton.

      En décompte de voix, c’est très serré et Hillary a recueilli plus de voix que Trump.

      Mais comme l’élection se joue dans un Etat fédéral par Etats, et par grands électeurs réunis dans chaque Etat, la répartition des voix et l’effet amplificateurs des "swing States" a joué.

      Les majorités républicaines tant au Congrès qu’à la Chambre des Représentants sont d’ailleurs maigres. il est fort possible que Trump perde sa ou ses majorités dans deux ans comme Obama l’a expérimenté.

      Donc l’Amérique sort de cette élection profondément divisée. La victoire de Trump n’est pas sans partage et les lendemains seront difficiles pour lui comme ils l’auraient été pour Clinton si elle avait gagné d’une courte marge...

      Donc wait and see...

      PS. Je ne suis pas loin de penser qu’on risquerait bien de se retrouver dans la même situation en 2017 soit si Le Pen gagnait en ralliant une partie de l’électorat dit républicain, soit si Juppé gagnait avec les voix de la gauche contre Le Pen, par exemple. En France aussi, le corps politique est profondément fissuré.

    • @ 10 novembre 21:38

      Sauf que ce n’est pas sur le nombre de voix que se font les élections présidentielles aux states. Il faut donc comparer ce qui est comparable.
      L’avance de Trump est très nette : 279 votes face à 228 pour Clinton (+ 22%) !

      Une fois encore, cela est remarquable eu égard au long matraquage propagandiste et aux prévisions plus qu’inverses opérées par l’ensemble des médias et par une bonne partie de l’establishment politique (notamment en Europe).

      N’oublions pas, en outre, que le Congrès est Républicain. Ce qui, en dépit de quelques divergences qui seront sûrement vite effacées, est un sérieux atout pour Trump alors que pour Clinton c’eut été un handicap certain.

      Pour ce qui est de la transposition de la situation américaine à l’électorat français, nous nageons en plein délire.

      Certes, il est de bonne guerre que Sarkozy, Le Pen et consorts fassent flèche d’une situation au profit de leur propre campagne.
      Les médias, toujours en manque d’imagination et en quête de sensationnel tirent jusqu’à l’usure la ficelle de la comparaison de deux systèmes totalement disparates.
      Même si l’on peut voir quelques analogies, celles-ci sont très limitées. Ainsi, comparer, comme certains commentateurs politiques, l’ont fait, Le Pen à Trump et Juppé à Clinton est totalement grotesque.

      Ce qui est remarquable dans nombre de commentaires et de débats médiatiques, c’est l’énervement, parfois la rage, de ceux qui, de ce côté-ci de l’Atlantique avaient tout misé sur une victoire facile de Clinton.

      Paradoxalement, les réactions américaines sont plus mesurées. Beaucoup donnent la priorité à la légalité démocratique. Ce qui n’a pas empêché quelques manifestations anti-trump (auxquelles, comme d’habitude, les médias français semblent accorder beaucoup plus d’attention et d’importance qu’elles n’en méritent sur le terrain).

      Reste à savoir ce qui va se tramer durant le délai qui court jusqu’à l’investiture. Les perdants vont sûrement chercher à mettre ce temps à profit.

      Reste également à savoir ce que Trump fera véritablement une fois installé à la Maison-Blanche. Quelles promesses tiendra-t-il ?
      Calmera-t-il les cinglés de l’Otan en les réintégrant progressivement à la niche ? Reviendra-t-il à une plus saine collaboration avec la Russie dans la traque des terroristes (de TOUS les terroristes) ?...

    • Déjà depuis cet après-midi le "ton" commence à quelque peu changer dans les JT. Le président Hollande se serait entretenu pendant 8 minutes avec le président élu des USA, tous deux souhaitant une collaboration bla-bla-bla... On fait parler des américains établis en France qui ont voté pour Trump. Il vaut mieux, en tous cas, dialoguer que discréditer et insulter.

      Quand donc cesserons-nous de nous laisser mener en bateau par les propagandistes médiatiques de tous poils et s’attacher à ce qui pourrait rassembler plutôt que diviser.

      On ne va pas chipoter sur des chiffres à 1 millième de voix près, le peuple américain a choisi. Le respect de ce choix s’impose. Et il serait souhaitable qu’enfin (et nous voilà bien en retard sur la simple diplomatie et la "politesse française) on fasse preuve de bonne volonté, de retenue et de respect. Oui, on sait que cela pourrait être traduit par "hypocrisie". Mais quand l’éthique (ou morale) sera de mise en politique on en reparlera. Pour l’instant il semble finalement clair que nous voilà amenés à "faire avec ce que l’on a", saisissons cette opportunité pour, au moins, si cela était possible, éviter de terribles affrontements autrement cruels que verbaux.

  • Oui, l’ "établissement religieux" en France notamment court le même risque que l’ "établissement politique" : perdre le contact avec sa base qui n’est plus vraiment "chrétienne-social-démocrate"...

    Ce forum en donne une bonne illustration.

    Mais je crains également que sur certains sujets, tels que notamment l’islam et les musulmans, Rome aussi ait perdu le contact avec la base européenne devenu catho-populiste, euro-sceptique, "islamo-allergique" et "natio-frileuse"...

    Ceci nécessite : 1° qu’on analyse pourquoi - et là, ce n’es pas la faute de la base - et 2° qu’on s’interroge sur la façon de répondre à ces inquiétudes de façon à ne pas les laisser instrumentaliser - et là, il y a loin de la coupe aux lèvres à lire le dernier texte des évêques...

  • Selon le Washington Post, journal très proche du gouvernement américain (comme le New York Times), la première grande décision prise par B. Obama avec D. Trump serait l’ordre donné aux forces armées des États-Unis de combattre sans délai les rebelles de Syrie alliés à Al Qaeda, comme le demande la Russie. Comme ces rebelles, soutenus par les pays du Golfe, dirigent les attaques à Alep, et comme ce sont les rebelles les plus puissants en Syrie (rebelles de l’État islamique mis à part), cet ordre au Pentagone marquerait un tournant dans la guerre en Syrie.

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