LE ROCHER - OASIS DES CITÉS

Culture de la rencontre

par Grégoire Coustenoble

lundi 18 juillet 2016

Fondateur de l’association Le Rocher-Oasis des cités, Cyril Tisserand agit et trouve un sens à sa vie dans des banlieues difficiles. Il raconte dans un livre à la fois émouvant et très intéressant, comment il a été amené à créer son association et quelles en sont ses grandes orientations éducatives et spirituelles.

C’est dans l’histoire personnelle de Cyril Tisserand que vient s’ancrer la création d’une œuvre, «  Le Rocher-Oasis des cités  », il y a maintenant 16 ans. Né en banlieue, à proximité de cités, laissé très libre de ses mouvements par ses parents, le caractère aventureux de Cyril et ses fréquentations le mèneront à faire, se rappelle-t-il, tout un tas de bêtises. Certaines «  de son âge  » mais d’autres qui l’amèneront à flirter avec la délinquance.

La conversion de son père suite à un accident de santé posera des jalons qui lui éviteront probablement de sortir trop des clous. Les cours de catéchisme que son père organise dorénavant avec ses copains de la rue, à la maison, lui permettent de renouer un peu avec un père auparavant trop absent. Mais surtout il met Dieu sur son chemin. La prière et la foi ne le quitteront plus et grandiront au fil des années et des événements.

C’est aussi le scoutisme qui intervient dans sa vie et qui lui permet d’étancher sa soif d’aventure dans le cadre structuré de la pédagogie scoute, avec des repères donnés par d’autres jeunes plus âgés. Ce sont des repères que le jeune homme va savoir trouver chez des adultes, des professeurs, notamment lors d’une année dans une pension pourtant difficile ou des animateurs sportifs qui vont lui permettre de revenir dans le droit chemin.

Mais ce qui va peut-être décider du parcours de Cyril Tisserand – hormis l’appel de l’Esprit Saint – c’est son inextinguible soif de relation. Cyril va toujours vers l’autre, quoi qu’il arrive. Dans l’atmosphère difficile des cités HLM, il ne se résout pas au communautarisme et encore moins au racisme. Fût-il du racisme «  anti-blanc  » auquel il doit parfois faire face.

Les germes de la mission sont en lui, il a vécu ce que vivent les jeunes des cités difficiles ou l’a côtoyé de près ; il est empli de l’envie d’aider l’autre, d’aller à sa rencontre et de combattre les injustices. Mais le véritable appel à cette mission il le ressent en 1997 lors des JMJ à Paris auquel il est venu avec un groupe de jeunes du Val Fourré (zone urbaine prioritaire dans la commune de Mantes-la-Jolie). Alors qu’il est présent avec des jeunes de son quartier d’origine si différentes et environné de catholiques du monde entier, il prie pour la banlieue et ce qu’il doit y faire. C’est alors qu’il entend le Saint-Père, qui deviendra patron de l’œuvre, appeler à «  bâtir la civilisation de l’amour  ». Ce sera son programme.

Trois ans plus tard, à l’appel de la Communauté de l’Emmanuel (Cyril a connu une nouvelle conversion à Paray-le-Monial), et de Fidesco qui veut envoyer des missionnaires en banlieue, il met en place son projet à Bondy (Seine-Saint-Denis). À l’époque ils sont deux (mais il sera vite rejoint par sa femme). Ils sont aujourd’hui plus de 300 bénévoles et 20 salariés répartis dans huit banlieues françaises.

Le cœur du Rocher consiste en la vie au milieu des cités, avec ses habitants. Il s’agit ensuite d’aller à leur rencontre, des enfants et des jeunes, dans la rue, mais aussi des parents (les premiers éducateurs), par le porte-à-porte et d’autres activités conviviales comme des repas. L’éducation des jeunes se fait par des activités sportives, d’abord dans la rue, au cœur de la cité où ils se trouvent, puis d’autres activités, notamment en dehors de la cité. Des activités qui peuvent être également culturelles, artistiques, de l’aide aux devoirs et des camps dans la nature basés sur la pédagogie scoute. Que ce soit des camps fixes pour les plus jeunes, itinérants pour ceux un peu plus âgés ou des camps chantiers pour les plus vieux.

Les moyens restent modestes surtout en regard d’autres actions pour les banlieues qui viennent parfois parasiter celles du Rocher. Cyril Tisserand pense qu’il est nécessaire d’allouer des moyens importants aux banlieues mais décrit volontiers l’aspect contre-productif de certaines actions. Il ne s’agit pas seulement de donner des choses aux enfants ou de les envoyer en colonie mais de les encadrer et de leur enseigner le goût de l’effort et la joie d’obtenir une récompense méritée.

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Cyril Tisserand, Bâtisseurs d’espérance, Artège, 240 p., 18 €.

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