Pendant le Carême

Créer le désert dans ma vie

par le Père Max Huot de Longchamp

vendredi 21 février 2020

{«  Que nous soyons n’importe où, Dieu y est aussi. L’espace pour le rejoindre, c’est la place de notre amour  »} (Madeleine Delbrêl).
© Amis de Madeleine Delbrêl – travaux sur photo J. Faujour.Luca Paolini

Pour rencontrer Dieu, inutile de nous retirer au désert. Il nous attend dans notre vie quotidienne.

« Je la conduirai au désert pour lui parler au cœur…  » (Os 2, 16) : la prière est une affaire qui ne regarde que Dieu et moi, on ne prie que «  seul avec le Seul  ». Mais le désert se fait rare : comment être seul au milieu des mille sollicitations de nos vies médiatisées, connectées et vidéosurveillées ? «  Que nous soyons n’importe où, Dieu y est aussi. L’espace nécessaire pour le rejoindre, c’est la place de notre amour qui ne veut pas être séparé de Dieu, qui veut rencontrer Dieu. C’est ce désir qui fait la prière et qui la fait n’importe où  » (Madeleine Delbrêl (1904-1964), La joie de croire, Le Seuil, 1968)

Un désir qui transperce la vie la plus dure

Pour Madeleine Delbrêl, l’apôtre des HLM surpeuplées des années 50, la question n’est pas d’abord de s’établir au Sahara : «  Aimer Dieu assez pour vouloir être avec lui, porter en soi le désir de cet amour, c’est avoir une force capable de transpercer la vie la plus dure, la plus dense, pour rejoindre dans la prière celui que nous aimons. Quelques minutes de cette prière nous donneront à Dieu et nous donneront Dieu plus que des heures, peut-être fort recueillies, mais qui n’auront pas été précédées par un désir vivant et volontaire.  »

Commençons par ces quelques minutes que nous avons tous : «  La retraite au désert, elle peut être cinq stations de métro à la fin d’un jour… Nos allées et venues – et pas seulement les grandes, celles qu’on fait d’une pièce à l’autre – les moments où nous sommes obligés d’attendre – que ce soit pour payer à une caisse ou pour que le téléphone soit libre, ou pour qu’il y ait de la place dans un autobus – sont des moments de prière préparés pour nous dans la mesure où nous sommes préparés pour eux.  »

Si nous sommes fidèles à ces quelques minutes, elles vont se multiplier comme par miracle : Dieu entrant dans notre vie, le reste en sortira. Comme tombent des feuilles mortes, nous verrons se libérer beaucoup d’autres minutes passées à regarder n’importe quoi à la télévision, à rêvasser sur un catalogue ou à se promener sur Internet.

Les mystiques parleraient ici de «  voie purgative  » : il s’agit bien d’une purge, d’une remise en forme spirituelle, et bientôt nous nous découvrirons dans un nouvel équilibre, où la prière ne sera pas «  en plus  » de notre vie quotidienne, mais au cœur. Tout le reste étant désormais ressenti comme «  en plus  » de la prière, même dans le métro, même au bureau.

Une piste de Carême

«  Ces petits creux de temps existent pour tout le monde  », nous dit encore Madeleine. Mis bout à bout, comme des pas sur le sable, ils tracent cette piste de Carême qui traverse le désert d’un monde sans Dieu. Et si notre prière n’est pas celle d’un ermite, c’est peut-être parce que Dieu la veut plus simple, toujours plus simple : «  On jeûnerait comme saint Siméon Stylite, on demeurerait des siècles sur une colonne, on passerait cent ans au désert comme saint Paul ermite… Que ne ferait-on point de merveilleux et digne d’être écrit, plutôt que de mener une vie banale, qui est une mort totale et continuelle dans ce simple délaissement au bon plaisir de Dieu !  » (Fénelon).

— 

Père Max Huot de Longchamp, Carême pour les cancres 2020, À l’école des saints, Centre Saint-Jean de la Croix, 3,90 €.

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