Console-toi, ô mon peuple

par Robert Royal, traduit par Bernadette Cosyn

lundi 27 janvier 2020

L’adoration des bergers, Georges de La Tour

« Console-toi », écrivait le prophète Isaïe, un homme qui – pour le moins – avait à dénoncer l’immoralité et à dire beaucoup de choses désagréables aux Israélites à la nuque raide, c’est-à-dire à des gens fort semblables à nous. Un peuple qui, comme n’importe quel peuple à n’importe quelle époque, est en recherche de réconfort, d’un véritable réconfort, en raison des bouleversements qui l’environnent et qui se produisent même en son sein – et qui sont souvent le résultat de ses propres entêtements – et cela sans remède humain en vue.

Cela a dû être un message crucial, même à l’époque, parce que Isaïe le répète et – de façon étonnante – spécifie même d’où il vient : « console-toi, console-toi ô mon peuple, a dit ton Dieu. Donne des paroles de consolation à Jérusalem et annonce-lui que sa tribulation est accomplie, que son iniquité est pardonnée : car elle a reçue du Seigneur double rétribution pour tous ses péchés. » (Isaïe 40:1-2).

Naturellement, ce message a inspiré et encouragé le monde depuis presque 3 000 ans, durant lesquels certaines périodes ont été encore plus troublées que notre époque d’extrême confusion.Il y a quelques siècles, cela a donné à Georg Friedrich Haendel l’inspiration pour son Messie, une œuvre que nombre d’entre nous vont écouter en ce temps de Noël. Une domestique était tombée par hasard sur Haendel juste au moment où il venait de finir d’écrire son Alleluia et l’avait trouvé en larmes : « Il m’a semblé voir les Cieux devant moi, et Dieu Lui-même ». Si vous êtes enclin à douter de l’inspiration divine, considérez ceci : Haendel a écrit cette œuvre immortelle de 260 pages en seulement vingt-quatre jours.

L’esprit d’Isaïe est toujours présent parmi nous.

Être consolé ne doit pas être confondu avec être content de soi. Ceux qui sont du monde ont toujours accusé les chrétiens d’être des parangons de morale bien trop enclins à l’auto-satisfaction dans l’assurance d’obtenir le Ciel pendant que le monde irait en Enfer. Mais, ainsi qu’un vrai croyant le sait – et cela devient de jour en jour plus évident à notre époque – c’est dans le monde qu’on ne trouve pas de pardon et l’humanité trime en vue d’obtenir de multiples consolations illusoires.

Nous savons qu’il y a finalement une consolation parce que nous savons que le véritable Consolateur est venu parmi nous, avec le remède adéquat que nous ne pouvions pas nous procurer par nous-mêmes. Comme le relate le prophète lui-même, Israël va être consolée, non en devenant riche, ni même en profitant d’une période de paix. Elle est consolée parce que « son temps de tribulation est accompli », c’est-à-dire toutes les luttes, les victoires et les défaites, les abandons désastreux de la voie juste et les conversions sincères, la captivité à Babylone et le retour sur la Terre Promise.

Ces tribulations ne sont pas achevées. C’est impossible en ce bas-monde. Mais la bataille a, d’une façon divine qui n’était pas immédiatement perceptible même à l’époque d’Isaïe, atteint son but : l’iniquité est pardonnée et le pardon surabonde largement. Seul un Dieu, le vrai Dieu, était capable de cela.

Je reconnais que parfois à Noël – et parfois à Pâques également – je me réveille avec le sentiment de vivre ce que doit être la paix pour un soldat après quelque grande bataille. Je ne pense pas cela uniquement en raison de mon métier trépidant. Pour ma part, ces vacances sont comme le premier jour où vous vous sentez réellement bien après un combat contre la grippe. Il y aura d’autres maladies similaires et d’autres combats à l’horizon – comme vous le savez bien – mais pour le moment l’air est pur, le corps léger et l’esprit conforté.

Nous ne pouvons réellement nous sentir consolés au milieu de notre lutte terrestre que par une chose : le Christ a gagné la bataille, par avance dans Isaïe, ouvertement depuis qu’Il a marché parmi nous. Cette semaine, se souvenir de Sa naissance comme celle d’un enfant nouveau-né évoque tous les bons sentiments qu’une personne saine de corps et d’esprit doit ressentir quand une nouvelle vie humaine vient au monde. Mais il y a quelque chose de plus, d’infiniment plus, ce que j’ai décrit lors de vacances de Noël antérieures dans un autre billet comme étant la réalisation de « ce que le monde désire ».

C’est un lieu commun, pas seulement dans la pensée chrétienne d’ailleurs mais également dans celle des meilleurs païens, que davantage de possessions ne peut jamais nous satisfaire. Le désir de posséder des choses matérielles, s’il manque une claire compréhension de ce qu’est la finalité de ces choses, ne conduira pas à un plus grand bonheur ou à une libération définitive. Il ne peut pas conduire à notre consolation parce que notre détresse – même parmi ceux d’entre nous relativement pauvres – n’est pas en premier lieu le manque de choses matérielles.

Il nous est formellement prescrit de subvenir aux besoins des pauvres, bien sûr, même les pauvres qui, sur des critères historiques, sont plus riches que ce que pouvait rêver l’avarice d’une époque révolue. Cependant, il y a différentes sortes de pauvretés, et seule une époque matérialiste peut penser que c’est juste affaire de redistribution des biens – qu’une « justice sociale » pourra de quelque manière que ce soit nous apporter une véritable paix du cœur. Ce n’est qu’une illusion humaniste de plus, condamnée à la frustration perpétuelle.

Avoir du confort fait la paire avec une autre de nos grandes illusions : être « en sécurité ». Il n’y a pas de sécurité en cette vie. Du moins pas de sécurité dans le sens où nous l’entendons généralement, même dans la Foi. Nous ne devrions jamais oublier ce passage de C.S. Lewis (dans Le monde de Narnia) quand Susan demande si Aslan (le lion image du Christ) est inoffensif : « Inoffensif ? » s’exclama M. Beaver... « Qui a jamais rien dit de tel ? Naturellement qu’il ne l’est pas. Mais il est bon. Il est le Roi, je vous l’ai dit. »

L’essentiel, dans l’histoire d’être réconforté, c’est que le Roi vient à la rencontre de chacun de nous, parce que tous ont besoin de lui, les nantis qui ont perdu le sens de leurs vrais besoins tout autant que ceux qui manquent de tant de choses auxquelles nous ne pourrons jamais entièrement subvenir : les sans ressources, les abandonnés, les persécutés, les réfugiés de guerre, les cœurs vides, les pauvres d’esprit.

Alors, à Noël, nous ne nous autorisons pas un folklore réconfortant. Nous savons pourquoi l’humanité a besoin de réconfort et pourquoi ce réconfort ne peut venir que d’un endroit extérieur à nous-mêmes. Noël nous conduit au réalisme le plus fondamental. Et c’est pourquoi le 25 décembre sera toujours pour l’humanité un jour de gratitude mémorable.

— 

Robert Royal est rédacteur en chef de ’The Catholic Thing’ et président de l’institut ’Foi & Raison’ de Washington.


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