Comprendre l’athéisme en 15 explications

par David Carlin (traduction de Claude)

jeudi 11 juillet 2019

Nietzsche (DR)

Tous les athées ne sont pas semblables, et tous les athées ne sont pas athées pour la même raison. Mais étant donné la montée de l’incroyance parmi nous, il est utile d’examiner certaines de ces raisons. Aussi voici une liste - sans ordre particulier, et sans doute incomplète - de certaines motivations actuellement notables pour l’athéisme. Il faut noter, aussi, qu’un individu peut avoir simultanément plusieurs de ces motivations.

Recherche infructueuse. Certains athées proclament honnêtement qu’ils ont examiné beaucoup des arguments faveur de l’existence de Dieu qui leur ont été présentés et qu’ils les ont trouvés peu convaincants.

Paresse intellectuelle. D’autres imitent de façon malhonnête les précédents. Ils clament avoir examiné les arguments de l’existence de Dieu et les avoir trouvé faibles. Mais ils mentent. Ils sont intellectuellement paresseux. Ils ont peu, ou pas, étudié les nombreux arguments. Mais ils sont embarrassés de l’admettre. Aussi ils se disent, et disent aux autres, que leur athéisme est une honnête conclusion.

Empirisme extrême. Certains, soutenant une épistémologie qui n’admet pas la possibilité d’une connaissance qui n’est pas basée solidement sur l’expérience des sens, concluent qu’il n’est pas plus possible de prouver l’existence de Dieu, que de prouver l’existence des elfes et des fées.

Le problème du mal. Beaucoup considèrent qu’il est impossible de réconcilier l’immense quantité de douleurs et souffrances trouvées dans le monde, avec l’idée que le monde est la création d’un être suprême qui est omniscient, tout-puissant et tout-bon.

L’indignation face au mal commis par des Chrétiens. Certains chrétiens sont toujours attentifs aux crimes commis par des Chrétiens pendant plus de 2.000 ans - une longue histoire d’anti-sémitisme culminant dans l’Holocauste, les Croisades, l’Inquisition en Espagne, l’Index de livres interdits, les procès de Galilée, l’exécution des sorcières, les guerres de religion Catholique-Protestante, et (pour nous mettre à jour) les abus sexuels sur mineurs infligés par des prêtres catholiques. Les athées de cette espèce infligent une espèce de justice rétroactive à ces chrétiens mauvais en refusant de croire en Dieu.

La haine du Christianisme. Assez similaires aux athées que nous avons juste évoqué, mais pas tout à fait les mêmes, sont les athées qui haïssent la Chrétienté même à part les nombreux crimes commis par des Chrétiens. Ces athées (Nietzsche en était un bon exemple) haïssent la chrétienté dans son essence même. Et ainsi ils nient l’existence de Dieu. Car si Dieu n’existe pas, la chrétienté n’a aucun fondement.

Le rejet de la "religion des faibles". Nietzsche soutenait que la meilleure vie humaine n’est pas, ainsi que les Anglais et les économistes le pensent, une vie de facilité, de confort, et de plaisir. Non, la meilleure vie est la « vie harassante ». Ce nom, bien entendu, n’est pas de Nietzsche mais de Théodore Roosevelt. Mais les deux partageaient un mépris pour une vie de facilité. Ils préféraient une vie de lutte, de défis, d’obstacles à surmonter. Nietzsche voyait le christianisme comme étant une religion de faibles qui n’aiment rien autant que le plaisir (même s’ils n’en ont que rarement en ce monde), et qui rêvent qu’au Paradis ils auront une vie de confort illimité.

Vivre dangereusement. Un monde sans Dieu est plus dangereux et difficile que un monde surveillé et - en dernière analyse - sauvegardé par Dieu. Mais un monde dangereux et difficile est (du point de vue de Nietzsche) un monde meilleur. Donc, Dieu n’existe pas.

L’individualisme comme absolu. Si Dieu existe, je ne suis pas la haute et la plus importante chose dans l’existence. Donc, Dieu n’existe pas.

La responsabilité humaine. Certains athées (des marxistes spécialement) maintiennent que la croyance en Dieu tend à réduire le sens de la responsabilité humaine. Si Dieu existe, laissons-le s’occuper du monde ; nous pouvons nous relaxer. Mais si il n’y a pas de Dieu, la responsabilité de rendre ce monde toujours meilleur repose sur nos épaules. Donc nous devons nous débarrasser de la croyance en Dieu.

Les idoles. Certains ont une dévotion « religieuse » à une personne’(par ex. Hitler, Staline, Mao) ou à un parti politique (communiste ou nazi) ou pour une cause sociale (féminisme, LGBTQ-ism) qui est si totalement absorbante qu’il n’y a pas de place psychologique pour la croyance en Dieu. Ainsi ils nient l’existence de Dieu.

La paix de l’esprit. Le plus célèbre athée de l’antiquité était Epicure ; son argument principal en faveur de l’athéisme était qu’il apporte la paix de l’esprit. L’athéisme est libre de superstition. Persuadé qu’il n’y a pas de puissance au-delà du monde de la nature, il ne craint pas qu’il puisse être puni par des puissances obscures et invisibles pour ses péchés (ou ses vertus), dans cette vie ou la suivante. De nos jours, naturellement, quand la religion la plus populaire dit que Dieu est bon et qu’il ne voudrait pas faire de mal à une mouche, la plupart des gens probablement sente peu de besoin pour le confort que donne l’athéisme épicurien. Mais si votre éducation impliquait un Dieu plus ou moins calviniste, même aujourd’hui, vous pourriez trouver du réconfort à croire que Dieu n’existe pas et que vous n’avez pas à envisager de passer l’éternité en Enfer.

Le non-conformisme apparent. De nombreuses personnes embrassent l ‘athéisme pour la même raison que d’autres se font tatouer - ils veulent être différents. C’est spécialement le cas avec les adolescents. Mais ces motifs quelquefois se manifestent dans des personnes qui sont, au moins chronologiquement parlant, des adultes. Par un examen plus approfondi, il devient évident, que certains adultes maintiennent, même à cinquante ans ou plus, leur désir d’adolescent de choquer les voisins. Naturellement, juste comme les tatouages perdent leur valeur choquante quand de plus en plus de personnes se font tatouer, et ainsi l’athéisme perd sa capacité à choquer dans une société où beaucoup sont athées (comme c’est le cas aujourd’hui dans la société américaine),

Le libertinage. Beaucoup sont athées parce que l’athéisme, pensent-ils, rend plus facile de vivre une vie de liberté sexuelle. S’il n’y a pas de Dieu, il n’y a pas de loi morale relative au sexe - ou ainsi raisonnent-ils.

La haine de Dieu. Certains ont simplement la haine de Dieu, et ils cherchent à le punir en déniant son existence.

David Carlin est professeur de sociologie et philosophie au « the Community College » de Rhode Island, and l’auteur de The Decline and Fall of the Catholic Church in America.

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