Traduit par Bernadette Cosyn

Comment des Églises commettent un suicide institutionnel

par David Carlin

mardi 7 mai 2019

A Newport (Rhode Island), ma ville de résidence, il y a une magnifique vieille église épiscopalienne, l’Eglise de la Trinité. La paroisse a été établie en 1698, une tête de pont anglicane dans la puritaine Nouvelle-Angleterre ; et le bâtiment lui-même, configuré sur le modèle des églises de Londres dues à Christopher Wren, a été construit en 1726.

C’était l’église de George Berkeley (plus tard évêque), le philosophe anglo-irlandais qui s’est arrêté une paire d’années à Newport alors qu’il se préparait pour partir aux Bermudes, où il projetait de construire une université pour former des missionnaires à œuvrer parmi les Amérindiens. Berkeley attendait du Premier ministre de l’argent pour construire son université, mais le Premier ministre décida finalement de dépenser cet argent pour des noces royales. Donc Berkeley dut renoncer aux Bermudes et à Newport. Il est rentré chez lui en Irlande, laissant derrière lui une maison (ironiquement nommée Whitehall, le nom de la principale résidence royale à Londres à l’époque) qui est toujours debout aujourd’hui, près de 300 ans plus tard.

Quoi qu’il en soit, je me promenais près de l’église l’autre jour, admirant sa beauté, quand j’ai remarqué une banderole attachée à des mâts. Sur la banderole, étaient écrits les mots suivants : « Nous sommes des gens croyant à la justice, venez croire avec nous. » D’autres banderoles sur d’autres mâts substituaient au mot « justice » les mots « espérance », « paix » et « grâce ».

Charmants sentiments et charmantes invitations. Il se trouve qu’elles ornaient une église épiscopalienne, mais, à l’exception du mot « grâce », ils auraient pu tout aussi bien orner la vitrine du siège du Parti Communiste. Qui ne croit pas à la justice, la paix et l’espérance ?

Quant à la grâce, c’est un mot ambigu, qui a parfois un sens chrétien mais pas toujours. Vous pourriez penser qu’une église portant le nom de la Trinité aurait une banderole disant : « Nous sommes des gens croyant au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Venez croire avec nous. »

Mais non. Des banderoles de ce genre ne seraient pas « inclusives » et dans la culture sécularisée (ou sécularisante) qui domine l’Amérique actuelle, la plus grande de toutes les valeurs est l’inclusion. Son opposé, l’exclusion, est un grand péché. Le racisme est un grand péché, de même que le sexisme, l’homophobie, la transphobie, la xénophobie et l’islamophobie.

Ces « isme » et « phobie » sont de grands péchés contre la valeur suprême d’inclusion. Cette valeur était habituellement dénommée tolérance, mais le mot « tolérance » a des associations négatives. C’est comme si la personne simplement tolérante disait : « vous avez tort mais je veux vous tolérer. »

Par contraste, la personne qui croit en une inclusion sans limite dit : « Vous avez raison et je vous veux dans mon cercle d’amis. Tout le monde a raison – à l’exception bien sûr de ces horribles personnes qui pratiquent l’exclusion. »

Le vieux comédien Flip Wilson avait l’habitude de jouer un personnage qui était ministre de « L’Eglise de ce qui se passe maintenant ». Je ne connais pas spécialement la femme-pasteur qui est recteur de l’Église de la Trinité de Newport, mais je suspecte fortement qu’elle aussi appartient à « l’Église de ce qui se passe maintenant ». Sinon, comment aurait-elle pu approuver les banderoles à peine chrétiennes justice-paix-espérance-grâce qui ornent maintenant son église ?

Un autre membre ecclésiastique de « l’Église de ce qui se passe maintenant » est le père James Martin S.J. qui, comme il l’a très clairement fait paraître dans son livre Building a Bridge (Bâtir un pont), veut que l’Eglise catholique soit « inclusive » pour les homosexuels.

Le problème est que le catholicisme n’est pas une religion inclusive. C’est vrai, elle est moralement inclusive. C’est-à-dire qu’elle veut absolument accepter pour membres des gens qui sont voleurs, fornicateurs, adultères, menteurs, homosexuels, membres de la Mafia, qui battent leur femmes, etc. Etre mauvais ne vous fait pas exclure de l’Eglise catholique. De fait, l’Église proclame qu’elle existe dans l’intérêt des gens mauvais.

Elle existe dans le but d’aider les gens mauvais à devenir bons – et plus que cela, à les aider, non à devenir juste bons, mais à devenir des saints.

Mais l’Église catholique n’est définitivement pas inclusive doctrinalement. Et elle ne l’a jamais été. Même dans le Nouveau Testament (écrit au cours du premier siècle), des hérésies sont condamnées. La religion catholique n’est pas celle qui aurait toujours dit : « Nous croyons ce que tout le monde croit : que l’eau est mouillée, que le feu est chaud et que la justice et la paix sont de bonnes choses. »

Non le catholicisme a toujours dit : « Nous sommes une religion avec des principes qui sont prévus pour inclure certains et exclure d’autres, et si vous n’êtes pas d’accord avec ces principes, vous ne pouvez pas être un véritable membre de notre Église. Nous devrons vous exclure. »

Parmi les doctrines de l’Église catholique, il y a des doctrines morales, par exemple que l’avortement est mauvais, que le comportement homosexuel est mauvais, que le mariage est indissoluble. D’un point de vue sécularisé contemporain, ces doctrines morales sont préhistoriques, pour ne pas dire cruelles. Et d’un point de vue chrétien-libéral (le christianisme libéral n’étant rien d’autre que le sécularisme saupoudré d’un peu de poudre magique religieuse), elles sont également démodées et cruelles.

Le christianisme libéral était d’habitude un monopole protestant. Ces derniers temps, il a envahi le catholicisme. Il tend à ruiner toute dénomination chrétienne qui l’adopte – par exemple l’Église épiscopalienne, qui est maintenant au stade de quasi effondrement. Il est actuellement en train de ruiner le catholicisme aux États-Unis (et ailleurs).

Méfiez-vous des Églises, qu’elles soient catholiques ou protestantes, qui font leur promotion comme « accueillantes ». Traduit en bon français, « accueillant » signifie « nous sommes dans un processus de suicide institutionnel. Rejoignez-nous pour sauter du pont. »


David Carlin est professeur de sociologie et de philosophie au Community College de Rhode Island.

Illustration : La banderole dit : ne sautez pas [du pont] nous nous sentons concernés.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2018/10/19/how-churches-commit-institutional-suicide/

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