Colombey-les-deux-Eglises ou Colombey-les-deux-McDo : Quelle France voulons-nous ?

par Ferréol Delmas

mardi 29 janvier 2019

Tout le monde connaît, au moins de nom, Colombey-les-deux-Églises. Petite bourgade de 800 habitants, en Haute-Marne, elle est le fief de la Boisserie, demeure du Général de Gaulle. Colombey-les-deux-Églises est surtout l’image d’Épinal de cette France éternelle, cette France qui jusque dans son nom incarne « le blanc manteau d’églises » dépeinte par le moine chroniqueur Raoul Glaber. « Cette douce France » du chanteur Charles Trenet, « cette contrée, cette terre généreuse que les dieux complaisants formaient pour être heureuse  » décrite par le poète André Chénier. Mais aujourd’hui le développement frénétique de zones commerciales périphériques, incarné par la sacro-sainte enseigne McDonald’s grignote petit à petit les espaces naturels, notre paysage national. Ce fameux mitage, conséquence de l’étalement urbain, -qui désigne l’implantation d’édifices dispersés dans un paysage naturel- est insidieux. En effet, une maison apparaît, puis une autre et progressivement le paysage perd son caractère rural. Nous vivons désormais dans « une France des lotissements ». Ce phénomène a une conséquence : la perte d’une âme -celle de la France- au profit d’une société désincarnée et individualiste. Alors que l’équivalent d’un département est bétonné tous les 10 ans, s’impose un choix décisif : quelle France voulons-nous ? Colombey-les-deux-Églises doit-il devenir Colombey les deux McDo ?

On assiste à un double constat : d’un côté on assiste à la construction de nouveaux quartiers dans les zones périurbaines, de l’autre la destruction d’édifices marqués par l’Histoire, temples de notre mémoire collective. À titre d’exemple, 50 000 édifices religieux seraient ainsi en danger. Loin d’opposer une France des villes et une France des champs, il s’agit simplement de contester l’idée que l’Homme moderne n’a pas de racines ni d’attaches dans « une société liquide ». Ce concept mis en évidence par le sociologue Zygmunt Bauman, professeur émérite de l’Université de Leeds présente une société dans laquelle tous les domaines de la vie en société sont éphémères et volatiles. L’objectif ultime serait ainsi de S’acheter une vie –selon le titre d’un ouvrage de Zygmunt Bauman- en se plongeant dans tous les travers du consumérisme.

Les Français, et plus particulièrement nos décideurs politiques, doivent relire la philosophe Simone Weil, auteur de L’enracinement. Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain. Celle pour qui, « l’enracinement est le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine », pense que l’Homme ne peut vivre pleinement sans avoir de multiples racines, sans participer à une certaine vie sociale dans un espace défini. Mettre en doute ce besoin naturel d’enracinement, c’est condamner les Français à devenir des simples consommateurs, des individus apposés les uns à côté des autres à l’image de Supermarket Lady, cette œuvre de Duane Hanson représentant une femme poussant un caddie, dont le seul horizon est le parking de son supermarché.

Le déracinement est la plus dangereuse maladie des sociétés humaines. Comme le souligne Simone Weil, il conduit à « une inertie de l’âme presque équivalente à la mort comme les esclaves au temps de l’Empire romain ». Le devoir de l’élu mais aussi de l’intellectuel serait donc de poser des limites à un « certain sens de l’Histoire ». Cette pensée philosophique également défendue par l’Église catholique notamment depuis l’encyclique papale Laudato si’, cherchant à sauvegarder la « maison commune », présente un paradigme différent au modèle dominant, appelant à repenser les interactions entre l’être humain, la société et l’environnement.

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