Che Guevara 50 après

par Gérard Leclerc

jeudi 12 octobre 2017

Y a-t-il encore beaucoup d’adolescents ou de jeunes gens pour afficher le poster de Che Guevara dans leur chambre ? On peut se poser la question en ce cinquantième anniversaire de sa mort. Ils sont sans doute beaucoup moins nombreux chez nous que lorsque le mythe de la révolution castriste dominait l’imaginaire d’une foule de jeunes dans les années soixante. Mais il y en a encore certains, à l’instar d’Olivier Besancenot qui parlent de lui comme « une braise qui brûle encore ». Certes, le militant admet que le Che avait ses faiblesses, ses aveuglements, ses erreurs et ses maladresses. « Mais il avait cette qualité rare chez les acteurs de la scène politique : la cohérence entre les paroles et les actes. » En 2015, le même Besancenot conseillait au président François Hollande de visiter le musée Che Guevara, lors d’un voyage à Cuba.

L’aura romantique qui a entouré le compagnon de Fidel Castro s’est toutefois plutôt estompée, depuis que l’on sait comment l’homme pouvait être dur, impitoyable. Sa rigueur révolutionnaire ne faisait grâce de nulle indulgence aux complaisances libertaires. Sa vision manichéenne du monde n’admettait nul compromis, jusqu’à ce que le capitalisme disparaisse totalement de sa surface. Cela supposait une haine absolue de l’ennemi à détruire. Régis Debray, qui l’a accompagné jusqu’à la veille de sa mort en Colombie, a pu, par la suite, analyser en quoi la stratégie guévariste avait été prise en défaut, notamment du côté du peuple paysan qu’elle entendait rallier et qui se dérobait à son enrôlement.

Il n’empêche que, pendant longtemps, le Che s’est imposé comme recours contre un monde injuste. Notre pape François, lorsqu’il était provincial des jésuites en Argentine, eut fort à faire avec certains religieux qui s’étaient laissés prendre à cette dialectique et à l’espoir d’une révolution imminente. Mais le père Bergoglio ne se laissait pas abuser, préférant la proximité vraie avec son peuple argentin, avec les pauvres, pour s’engager en vue d’une justice concrète, loin du mythe de la violence et de la résignation au désordre établi.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 12 octobre 2017.

Messages

  • Tout d’abord le Che Guevara n’est pas mort en Colombie mais en Bolivie. Ensuite, sa rigueur révolutionnaire est justement la raison qui faisait de lui un homme fort et une figure appréciée. Il n’était pas du tout opposé à la liberté des hommes, mais luttait au contraire pour que les hommes s’affranchissent d’un esclavage impérialiste de facto des États-Unis. Connaissez-vous seulement la situation de Cuba avant la Révolution, lors du régime de Batista ? Un petit peu de contexte historique vous aiderait peut-être à comprendre pourquoi à Cuba la révolution a été portée par le peuple. Le Che croyait en une émancipation de l’homme par un travail digne et nécessaire, il refusait notamment, en tant que ministre, de manger autre chose que ce que l’on servait aux ouvriers ("s’il n’y a pas de café pour tous, il n’y aura de café pour personne", une de ses phrases qui ont forgé sa légende), n’hésitait pas à aller dans les usines et les champs, enlever sa veste militaire et travailler aux côtés des ouvriers. Voilà qui a forgé son aura. Ses discours à l’ONU ont été parmi les premiers et les plus virulents à dénoncer les agissements des États-Unis. C’était un homme incorruptible, il n’a pas hésité à attaquer ouvertement la politique de l’allié soviétique, ce qui lui a d’ailleurs valu d’être abandonné par le PCUS au moment d’aller se lancer dans une guérilla en Bolivie. Pour son franc-parler, sa fidélité à ses principes, son caractère incorruptible et sa capacité à être en première ligne pour défendre ses idéaux, il reste aujourd’hui encore une figure à l’aura marquante. Moi qui vous témoigne en étant d’origine cubaine et en ayant beaucoup creusé le personnage (y compris à travers des témoignages familiaux), je trouve qu’il est étonnamment présent aujourd’hui encore dans la culture populaire. Y compris chez beaucoup de jeunes qui ne saisissent que la superficie du personnage, et qui malgré leur peu d’approfondissement sur le Che Guevara, n’en ont pas moins une certaine fascination pour son aura, son style, son caractère, son discours. C’est d’autant plus intéressant et paradoxal que le Che était contre un culte de la personnalité, et y préférait un culte de l’homme nouveau, un culte des idées et de la lutte pour la liberté. Il faut avoir écouté ses discours et lu certains de ses écrits pour se rendre compte qu’il a beaucoup influencé le développement de l’Amérique latine bien après sa mort.

  • Je partage totalement ce qu a écrit Raphaël dans le message précédent. "Nous pouvons douter de tout sauf de notre devoir d être toujours aux côtés des opprimés qui luttent" puis "Il ne s agit pas de plaindre la victime mais de partager son sort" et enfin "Un révolutionnaire est habité par un grand sentiment d amour" : voilà ce qu a dit et fait le Che. Tous les catholiques en font ils autant ?

  • A cause de ses nombreux voyages dans différents pays, jusqu’au Congo et sa rencontre avec le Président égyptien, Abdel Nasser, sa volonté farouche de voir instaurée la révolution à l’échelle planétaire, certaines de ses phrases-choc, son souci affiché du sort des opprimés, son portrait imprimé sur les tee-shirts, carafes et autres objets, bref, on pourrait considérer qu’Ernesto Guevara dit le "Che" aura été une figure emblématique d’une ère elle-même agitée et en transformation, celle de la Conférence de Bandoeng des pays du Tiers Monde, les non-alignés et la neutralité positive... L’article du 12 octobre 2017, loin de prétendre fournir un document historique ne se présente que comme un bref aperçu de ce qui demeure aujourd’hui de la lutte d’Ernesto Guevara.

    Faire mourir le "Che" en Colombie alors qu’il a été exécuté en Bolivie relève d’une innocente "coquille", mais la rectification est bienvenue. Pour le reste libre à chacun de partager son sentiment - quel qu’il soit - sur l’action du personnage : les uns apprécieraient, par ex, l’humilité d’Ernesto Guevara trempant son pain dans l’assiette comme les ouvriers et au milieu d’eux, d’autres penseraient, peut-être, qu’au contraire, au lieu de descendre au niveau des travailleurs mal payés, il serait bien plus utile d’entreprendre les actions nécessaires et urgentes pour relever la qualité de leur existence et ainsi concrétiser la justice à leur égard.

    Dernier point : "... être toujours du côté des opprimés qui luttent... et au lieu de plaindre la victime partager son sort..." et après "le grand sentiment d’amour" que répondre à la question "Tous les catholiques en font-ils autant ?" Il est clair que si "tous les catholiques en faisaient autant" ce serait déjà peut-être le Royaume de Dieu sur terre. Mais il y a probablement parmi les catholiques des spécimens qui essayent à leur façon, et avec l’aide du Seigneur qu’ils demandent, d’agir pour un monde meilleur, plus équitable, plus fraternel.
    Un monde où la violence - sous toutes ses formes - serait éradiquée.

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