Au début du Carême

Saint Augustin d’Hippone, traduit par Bernadette Cosyn

mercredi 17 février 2021

Jésus tenté dans le désert
James Tissot, réserves du Brooklyn Museum à New-York

Aujourd’hui nous entrons dans l’observance du Carême, le temps qui se présente maintenant à nous dans le déroulement de l’année liturgique. Il vous est dû un sermon solennel approprié afin que la parole de Dieu, qui vous a été apportée par mon ministère, puisse soutenir votre esprit pendant que vous jeûnez de corps afin que l’homme intérieur, ainsi revigoré par une nourriture adaptée, soit capable d’œuvrer courageusement sans faiblir à discipliner l’homme extérieur.

Car, dans mon esprit de dévotion, il me semble adapté que nous, qui allons honorer la Passion de notre Seigneur crucifié dans un très proche futur, nous nous façonnions une croix des plaisirs charnels qui ont besoin de tempérance, ainsi que dit l’Apôtre : « Et ceux qui appartiennent au Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses désirs » (Galates 5:24)

En fait, le chrétien devrait être constamment suspendu à cette croix durant sa vie entière, étant donné qu’elle se déroule au milieu des tentations. Car il n’y a pas de moment dans cette vie où nous puissions arracher les clous dont parle le psalmiste en ces mots : « Perce ma chair de ta crainte. »

Les désirs charnels constituent la chair et les préceptes de la justice sont les clous avec lesquels la crainte du Seigneur percent notre chair et nous crucifient comme victimes agréables au Seigneur. D’où ces paroles du même Apôtre : « Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde du Seigneur, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu » (Romain 12:1).

De ce fait, il y a une croix au sujet de laquelle le serviteur de Dieu, loin d’être déconcerté, se réjouit, disant : « En ce qui me concerne, Dieu interdit que je me glorifie d’autre chose qu’être sauvé par la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, par laquelle le monde est crucifié pour moi, et moi crucifié pour le monde » (Galates 6:14).

C’est une croix, disais-je, non pas d’une durée de quarante jours, mais de toute une vie, qui est symbolisée par le nombre mystique de quarante jours, soit parce que l’homme, sur le point de venir au monde, est formé dans le sein maternel durant quarante jours, comme disent certains, soit parce que les quatre évangiles sont d’accord avec la Loi des dix commandements et que quatre fois dix font ce nombre, montrant que le Nouveau et l’Ancien Testament sont tous deux indispensables pour nous dans cette vie, ou que ce soit pour une autre raison plus probable qu’une intelligence supérieure pourrait comprendre.

Moïse, Élie et notre Seigneur Lui-même ont jeûné durant quarante jours, il pourrait donc nous être suggéré qu’en Moïse, Élie et le Christ Lui-même, c’est-à-dire dans la Loi, les Prophètes et l’Évangile, cette pénitence était accomplie comme nous le faisons et cela afin que, au lieu d’être vaincus et harponnés par le monde, nous puissions plutôt mettre à mort le vieil homme « vivant non en banquets et ivrognerie, ni en débauche et libertinage, ni en querelle et rivalité mais en revêtant le Seigneur Jésus, et quant à la chair, n’accordez aucune pensée à ses convoitises » (Romain 13:13-14).

Vis toujours de cette façon, ô chrétien, si tu ne veux pas sombrer dans le bourbier de cette terre, ne descend pas de la croix. Bien plus, si cela devrait être pratiqué tout au long de la vie combien plus cela devrait-il être fait durant ces quarante jours durant lesquels cette vie est symbolisée ?

Donc, les autres jours, ne laissez pas vos cœurs s’appesantir dans le contentement de soi et la beuverie, mais ces jours-là également, jeûnez. Les autres jours, ne commettez pas d’adultère, de fornication ou d’acte illégal de séduction, mais ces jours-là mettez un frein au plaisir conjugal licite.

Que ce dont vous vous privez par jeûne s’ajoute à vos aumônes ; que le temps autrefois pris par le devoir conjugal se passe en conversation avec Dieu ; que le corps qui était engagé dans l’amour charnel se prosterne dans une prière assidue ; que les mains qui étaient entrelacées se tendent en supplication. […]

Que tous aient un même esprit, que tous soient impeccablement fidèles durant ce voyage, soupirant de désir et brûlant d’amour pour leur propre pays. Que personne ne jalouse un autre ou ne minimise un don de Dieu qui lui fait défaut à lui-même. En ce qui concerne les bénédictions spirituelles, considérez plutôt comme vôtre ce que vous aimez dans votre frère et laissez-le, en retour, considérer comme sien ce qu’il aime en vous.

[…]

Par-dessus tout, frères, jeûnez de querelles et de discorde. Gardez à l’esprit les mots utilisés par le Prophète dans sa dénonciation véhémente de certaines personnes : « Dans vos jours de jeûne, c’est vos volontés que l’on trouve car vous tourmentez tous ceux qui sont sous votre pouvoir et vous les frappez de vos poings ; on entend votre voix en hurlements ». Poursuivant dans la même veine, il ajoute : « Ce n’est pas le jeûne que j’ai choisi, dit le Seigneur » (Isaïe 58:3-5).

Si vous désirez crier à plein gosier, alors ayez recours à cet appel de l’Écriture : « J’ai crié vers le Seigneur à pleine voix » (Psaume 142:1). Cette voix n’est certainement pas celle du conflit, mais de la charité ; non de la chair, mais du cœur. Ce n’est pas le cri dont Isaïe dit : « J’en attendais le droit, mais il a commis l’injustice, pas de justice mais le cri des malheureux » (Isaïe 5:7).

« Pardonnez et il vous sera pardonné ; donnez et il vous sera donné en retour » (Luc 37-38).

Voilà les deux ailes de la prière avec lesquelles on vole jusqu’à Dieu : si un péché est commis contre lui, il pardonne à l’offenseur et il donne l’aumône aux nécessiteux.

(sermon 205)


Voir en ligne : The Catholic Thing

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