Après le drame de Nice

par Gérard Leclerc

vendredi 30 octobre 2020

Basilique Notre-Dame de l’Assomption, Nice.
© Martino C. / CC by-sa

Le drame effroyable qui s’est produit à la basilique Notre-Dame de l’Assomption à Nice suscite en nous des sentiments d’effroi et de colère. De compassion aussi. Comment ne pas garder en soi ces trois chrétiens assassinés dans ce sanctuaire cher aux Niçois. Cette vieille dame en prière, ce sacristain si disponible, cette mère de famille qui meurt en disant son amour des siens. Ils seront gravés dans notre mémoire. Leur mort s’inscrit en nous avec une acuité qui nous oblige à réfléchir le plus profondément possible à ce mal qui s’est attaqué à nous, à la substance de notre nation, depuis plusieurs années. Et ce n’est pas parce que nous portons en nous ce désir de fraternité universelle exprimé par le pape dans sa récente encyclique que nous avons à éluder la question massive qui nous est posée. Oui, l’islamisme constitue un danger redoutable non seulement à l’échelle de notre pays mais à celle du monde. Oui, nous avons à nous en protéger. Et nous-mêmes chrétiens, avons le devoir de nous armer contre sa menace.

Trois chrétiens assassinés à Nice, c’est une abomination que l’on se doit de dénoncer. L’évêque du lieu les porte sur sa conscience, non comme coupable mais comme pasteur responsable de ses fidèles. Et il se doit de dénoncer les coupables, exiger des pouvoirs publics que non seulement les églises soient protégées, mais que le mal lui-même soit éradiqué après qu’il ait été identifié. Chacun agit, évidemment, selon son ordre. Celui des évêques n’est pas celui des politiques. Mais les évêques ont un point de vue particulier sur la pathologie qui est à l’origine du terrorisme. Ils sont à même de donner leur expertise sur son caractère religieux. Certes, il existe une retenue du côté de notre Église, dont beaucoup de responsables craignent que la vindicte n’atteigne les musulmans à travers une remise en cause de l’islam. Mais ce n’est pas rendre service aux intéressés, dont beaucoup sont désireux d’échapper au fondamentalisme, que de faire silence sur ce qui est au cœur de la menace actuelle. Dans son dialogue fameux avec le philosophe Jürgen Habermas, le cardinal Ratzinger n’avait pas hésité à affirmer : « Il y a des pathologies extrêmement dangereuses dans les religions. Elles rendent nécessaires de considérer la lumière divine de la raison comme une sorte d’organe de contrôle permanent de purification et de régulation [1]. »

Les chrétiens n’ont pas échappé à certaines périodes de l’histoire à ces pathologies, notamment lors des guerres de religion au XVIe siècle. Les massacres de la Saint-Barthélémy constituent la manifestation de cette pathologie, qui ne n’explique pas seulement pour des raisons psychologiques. C’est parce que la relation de la conscience au Dieu vivant et vrai s’est trouvé déréglée que l’abomination du meurtre au nom de Dieu a été rendue possible. Le frère Adrien Candiard a opéré à ce sujet une élucidation théologique qui devrait être utile à tous : « Le problème, avec Dieu, c’est qu’on ne peut pas le maîtriser ni l’utiliser ; s’il est le vrai Dieu, le Dieu vivant, on ne peut s’en saisir pour en faire un instrument de pouvoir [2]. »

L’élucidation propre à un théologien catholique peut être profitable à tous dans le cadre d’un dialogue interreligieux, et c’est d’autant plus nécessaire qu’en cette matière ce qu’on appelle la laïcité n’est d’aucun secours. Tout simplement, parce que, par principe, celle-ci est hors-jeu par rapport à tout message proprement religieux. Elle n’intervient que pour réguler pratiquement les relations des familles religieuses avec l’État.

Il n’en reste pas moins que l’islamisme, avec ses inclinations terroristes, est du ressort de la puissance publique, qui doit déterminer tous les facteurs propres à nous garantir de ses menaces. La loi qui doit parer au séparatisme a pour vocation de s’attaquer aux ravages des quartiers perdus de la République mais on ne peut éluder non plus les problèmes posés par une émigration incontrôlée, même s’ils ne peuvent être maîtrisés en dehors d’une négociation internationale.

Quoi qu’il en soit, le drame de Nice se doit d’être envisagé sans faux-fuyants, aussi bien à l’échelle de l’État que de notre propre Église.


[1Jürgen Habermas, Joseph Ratzinger, Raison et religion. La dialectique de la sécularisation, Salvator.

[2Adrien Candiard, Du fanatisme. Quand la religion est malade, Éditions du Cerf.

Messages

  • Bonjour. Vouloir convertir les autres, même à l’athéisme, provoque une résistance alors que le témoignage attire. Notre témoignage attire-t-il ? Comme disait Mère Térésa, "le problème c’est que vous et moi ne sommes pas assez saint". Qu’est-ce qui fait que les chrétiens de la 2ème vague se convertissaient alors qu’ils savaient qu’ils risquaient de finir martyr ? Tout simplement parce qu’ils étaient frappés par la force interieure des premiers chrétiens. Si nous sommes chrétiens en France, c’est justement du au faite que les chrétiens qui ont fuit les persécutions, ont évangélisé par leur témoignage les peuples où ils se sont réfugiés. Actuellement, sommes nous assez saint pour évangéliser les personnes qui viennent chez nous ? Ce n’est pas la république qui pourra le faire car elle n’a pas la transcendance qu’ils recherchent. Bien à vous.

  • Retenir : "Il y a des pathologies extrêmement dangereuses dans les religions..." (J. Ratzinger) ; "...le vrai Dieu, le Dieu vivant, on ne peut s’en saisir pour en faire un instrument de pouvoir (A. Candiard) et : "La laïcité ne constitue en rien une réponse aux défis des fanatismes parce qu’elle se place hors jeu par rapport à tout problématique théologique (G. Leclerc, Malaise de civilisation, 21/10/2020).

    L’assassinat de S. Paty ne visait pas la République mais les Français a rectifié à juste titre quelqu’un, tout comme les crimes perpétrés en la Basilique N.D. de l’Assomption, Nice, peuvent être justement interprétés comme visant des chrétiens, des "croisés" dans la vision erratique du tueur. Dans ce contexte, il devient urgent de cesser de jouer, comme on dit, sur les mots pour accuser, excuser ou exonérer : "le blasphème n’est pas un délit ; la liberté d’expression est un droit incontournable...." etc...etc... Il est urgent d’en appeler au discernement et au sens de la responsabilité pour fuir les comportements et actions relevant de l’obscurantisme qu’on prétend combattre.

    Et en évitant d’entrer dans les méandres de la jurisprudence relevant des seuls experts : "La liberté d’expression est en fait un droit en soi et un droit indispensable, mais aussi et en cas d’abus préjudiciable à la réalisation d’autres droits". (re : Constitution, Convention européenne...).

    L’injure et l’humiliation de l’autre ne sont pas des vertus, tout comme l’obstination n’est pas le courage. La noblesse ne se situe pas au seul niveau de titres, mais aussi en termes de respect de soi qui attire celui des autres. L’attribution de la Légion d’Honneur est, bien sûr, un grand signe de reconnaissance envers les héros. Mais nos trois proches tués en l’église N.D. de Nice ne sont pas des héros, ce sont des martyrs et leur récompense est déjà prévue. Enfin et pour reprendre les mots de personnalités officielles : "Il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu", phrase entrée dans la liste des proverbes alors qu’elle a été utilisée par Jésus qui ne l’a pas inventée mais puisée dans les Ecritures. Comme quoi mots et expressions, n’est-ce pas...

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