Une encyclique fraternelle

par Gérard Leclerc

lundi 5 octobre 2020

© Antoine Mekary / Godong

Pour avoir lu, hier après-midi, l’encyclique du pape François intitulée Tous frères, je puis garantir à ceux qui n’en ont pas encore pris connaissance qu’il s’agit d’un texte extrêmement dense, qu’il convient d’aborder avec la plus extrême attention, avant même d’énoncer un jugement de fond. Il est, en effet, plus que probable que les thèmes abordés par le Pape susciteront de vives discussions, voire même des polémiques. Et je dirais que c’est normal, parce que la complexité du monde contemporain, dont il est rendu compte, ne suscite pas forcément un consensus spontané. Par ailleurs, certaines positions idéologiques – telles que le populisme et le néo-libéralisme – sont dénoncées de façon directe, et beaucoup qui s’estimeront visés réagiront avec quelque vivacité.

Il serait dommage pourtant que cette encyclique provoque une sorte de tohu-bohu, avec des oppositions frontales qui empêcheraient une étude précise de la pensée du pape François. Car cette pensée, même si elle tranche avec netteté, à propos de choix fondamentaux dans la conduite des affaires du monde, se signale aussi par la complexité de ses analyses. Complexité qui correspond à la difficulté de certains problèmes. Ainsi celui de l’immigration. Rien ne se trouve dissimulé des enjeux des déplacements de population aujourd’hui. Certes, il y a un net parti-pris en faveur de ceux qui font le choix de quitter leur pays afin de trouver un sort meilleur pour eux-même et leurs familles. Mais le Pape fait place aussi à tous les arguments contraires, y compris celui qui concerne la perte de leurs meilleurs éléments pour les pays d’origine et celui qui concerne les trafics odieux auxquels donnent lieu les migrations.

Un des passages les plus discutés concernera très probablement la question de la guerre, avec le refus catégorique de prolonger aujourd’hui la doctrine dite de la juste guerre. L’interdiction de l’arme atomique est-elle seulement possible ? Mais le Pape, au nom de son idéal évangélique, n’a-t-il pas un certain droit à parier en faveur d’une espérance supérieure ?

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 5 octobre 2020.

Messages

  • Un point de vue éclairant sur la question : celui d’un jésuite, Marcel Remon, de la Revue Projet :
    « Cette encyclique est très politique. Le pape François se place en chef d’ Etat, traçant un « cap commun » pour l’humanité. Un horizon d’autant plus nécessaire qu’il déplore à plusieurs reprises que le monde ne soit plu lié par aucun « rêve collectif » vers lequel avancer ».
    Nous voici donc au cœur du sujet. Et on peut penser que l’auteur de cet avis peut être bien informé sur les collaborateurs du pape associés à la rédaction de l’encyclique.

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