Traduit par Pierre

Accepter la souffrance comme un don

par Dr. Philip Hawley Jr

dimanche 28 janvier 2018

Il arrive que Dieu comble nos vies de l’exemple d’une personne déversant sur nous un flot de grâces. Emma fut dans ma vie une telle personne.

Le décès d’Emma après cinq années de lutte contre le cancer n’a pas été publié dans le journal local. Emma était une pauvre immigrée faisant le ménage chez nous et changeant le couches de nos petits. Son humilité était tellement profonde qu’elle pouvait échapper à la vue même si elle était la seule personne présente dans une pièce.

Et cependant — peut-être en raison de ses qualités — je suis persuadé qu’un chœur d’anges tonitruant a ébranlé les portes du paradis lors de ses derniers instants sur terre, car, dans la mort comme dans la vie elle offrait à Dieu un magnifique parcours indescriptible de souffrance et de grâce.

Emma a souffert émotionnellement et spirituellement au cours des derniers mois de sa vie, et mon expérience de médecin hospitalier n’apportait que peu d’aide pour soulager ses souffrances. Nous connaissons tous l’angoisse éprouvée dans la douleur d’un proche. Une profonde révulsion envers la douleur est bien dans la nature humaine, tout comme la compassion pour ceux qui souffrent.

Ces côtés de notre nature sont d’autant plus apparents de nos jours, alors que la technique médicale a éliminé une grande part de la douleur physique qui, pour nos ancêtres, était simplement un composant naturel de la vie et de la mort. Ces progrès — une bénédiction — nous font sentir la souffrance comme une anomalie à éradiquer, même lors de la mort.

La souffrance est le fil conducteur de tous les motifs invoqués par les patients songeant au suicide. Le principe du suicide médicalement assisté dérive finalement de l’idée que l’élimination de la souffrance — physique, psychologique, spirituelle ou existentielle — est moralement supérieure au maintien de la vie.

Certains de ces arguments sont contestables, par exemple prétendre qu’une douleur intense accompagne généralement la fin de vie (en réalité rare de nos jours, grâce aux soins palliatifs). Mais contester ces craintes bien compréhensibles n’est d’aucune aide pour ceux qui songent au suicide. Seul effet : ils se sentent encore plus isolés.

Un sondage effectué en 2014 par Pew Research révèle que 71% des Américains se disent Chrétiens — à peu près la même proportion que celle des Américains favorables au suicide assisté. Ce qui laisse entendre qu’une majorité de Chrétiens se dit favorable au suicide assisté. Alors j’interpelle les Chrétiens, et particulièrement mes frères Catholiques : Que nous dit Jésus-Christ à propos de la souffrance en fin de vie ? Après tout, les directives du Christ devraient compter pour ceux qui Le suivent.

Notre foi de Chrétiens repose en définitive sur la Passion du Christ. Si on comprend bien, le Christ est le premier, l’essentiel Dieu-homme qui a souffert pour le rachat de notre péché. La Passion n’est pas tout simplement ce qu’a fait le Christ, elle est le Christ.

Les partisans du suicide médicalement assisté soutiennent souvent qu’une longue agonie manque de dignité. Avant d’adopter un tel argument, réfléchissez un instant pour faire apparaître mentalement les détails de la Passion du Christ. Si la souffrance ôte sa dignité à la mort, alors, la mort du Christ était plus que toute autre dépourvue de dignité. Pourquoi le Christ ou Son Père n’a-t-il pas immédiatement mis fin à l’indignité ? Et en raison de la souffrance infligée par la longue agonie du Christ à ceux qui se tenaient au pied de la croix, peut-être aurait-Il dû mourir rapidement.

Mais la souffrance du Christ a duré jusqu’à Sa mort, ce qui nous amène à une autre vérité. Contrairement aux notions communes de dignité auxquelles nous sommes souvent attachés, la dignité authentique de l’homme provient d’une source : Imago Dei. La souffrance n’est pas un affront à notre dignité. Offerte à Dieu telle qu’Il nous le demande, elle est le reflet de notre dignité. Au cours de ses dernières années le Saint Père Jean-Paul II a vécu devant tous cette vérité.

La mort est un phénomène perturbant, parfois révoltant. J’imagine que le mort du Christ sur la croix était de loin plus affreuse que ce qu’en dit le récit biblique. Alors la mère du Christ se tenait au pied de la croix, et le voyait mourir d’une façon indiciblement horrifiante. Malgré l’agonie physique et morale, tous deux, la mère et son fils, acceptaient leurs croix. En cela le Christ semble s’adresser à ceux d’entre nous qui souffrent auprès d’un patient à l’agonie.

Au-delà de la Passion du Christ, l’histoire des débuts de l’Église Chrétienne est également, dans sa dimension humaine, un récit de souffrances. Les Apôtres, excepté Jean, furent tous martyrisés, et un nombre incalculable a subi la mort pour sa foi aux débuts de l’Église.

Je ne prétends pas comprendre une mort dans la souffrance — comment Dieu répand Sa grâce par un mal physique. Tout comme nombre d’autres choses, c’est pour moi un profond mystère, mais une vérité semble évidente : le Christ ne reste pas seul à souffrir. Il nous demande de partager la souffrance avec Lui, et cette invitation est au cœur de notre foi Chrétienne.

Emma était toujours souriante, même sous son intense douleur — ce dont je ne peux me croire capable. Elle acceptait l’invitation du Christ, et, dans sa reddition, je reçus la bénédiction de voir la souffrance du Christ et la lumière d’une grâce indicible. Elle m’a montré comment on peut choisir de souffrir simplement parce que le Christ nous le demande.

Jésus ne suggère jamais, ni en paroles, ni par Ses actes, que notre existence — don de Dieu — nous appartient en vue de sa destruction. Tout au long de Sa Révélation, on en a une preuve flagrante, bien plus que par d’autres vérités.

Le suicide n’est pas la suppression attendrie de la douleur. La mort n’est pas un point final. Je n’aurai pas la prétention de mesurer comment Dieu évaluera les choix de quiconque sous le fardeau d’une intense souffrance, mais ce qu’Il attend de nous à l’heure de notre mort me semble évident.

Dieu nous attend près de Lui au Paradis, et la souffrance en fin de vie est un appel dramatique et final à soumettre notre volonté à la sienne. Pour ceux qui, comme moi, sont des pécheurs impénitents, c’est le plus merveilleux don qu’Il puisse nous offrir. Je ne dis pas que ce sera facile, mais nous avons l’exemple d’Emma et de ses semblables.

24 septembre 2017.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2017/09/24/accepting-the-gift-of-suffering/

Photo : Jean-Paul II proche de sa fin, janvier 2005.

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